Yom Kippour : un jour particulièrement énigmatique ! - 5782 13.Sep.2021

Yom Kippour : un jour particulièrement énigmatique ! - 5782

Yom Kippour : un jour particulièrement énigmatique !

Comment comprendre que Hachem nous accorde régulièrement Son Pardon en ce jour-là ?

*Si les bonnes intentions avec lesquelles nous nous engageons à Yom Kipour ne sont pas suivies d'effet après ce jour, peut-on croire que Hachem se laisse 'has Ve Chalom "berner" ?!

S'agirait-il d'une illusion sans réalité, comme sont enclins à le penser ceux qui ont tourné le dos à la Torah à des degrés divers ?

Notre Torah ne serait-elle alors qu'une "religion" parmi tant d'autres, dont le but commun est de rassurer l'humanité sans comporter la moindre trace de vérité ?

Depuis le Corona et l'avalanche de conflits, de bouleversements sociaux et politiques divers dans le Monde, après les bouleversements climatiques divers sans précédents, etc., nous vivons clairement l'effondrement des "religions" modernes que sont la science, la technique, la finance, accompagnées dans leur chute par les idéologies variées destinées à donner au "monde moderne" un semblant de valeurs humaines.

Après tous les échecs dans le monde, après tous les scandales (comme celui de l'attitude de la "Croix Rouge" pendant la Choa…), qui peut encore accorder le moindre crédit aux "valeurs" de la civilisation ?! Comment regarder encore les générations passées avec suffisance ou même indulgence pour leurs idées "primitives" et "incultes" ?!

*Reste à comprendre le véritable sens de la vie, et en quoi un jour comme Yom Kippour peut réaliser un "reset" (une réinitialisation, comme pour un ordinateur …) ?

*Une autre question relative à Yom Kippour est la Mitsva exprimée avec insistance dans la Guemara de manger la veille de Yom Kippour !

- Dans la Guemara (Pessa'him 68b) la veille de Yom Kippour est citée parmi les quatre jours qui comportent une Mitsva de manger : Chabat, Pourim, Chavouot, et la veille de Yom Kippour.

- Dans la même Guemara il est dit, de plus, que celui qui mange la veille de Yom Kippour est considéré comme s'il avait jeûné ce jour-là et le lendemain (Yom Kippour même …).

A première vue, il semble que le fait de s'alimenter constitue une action purement physique, aux antipodes des valeurs de l'âme ! En quoi réside l'impact de manger la veille de Yom Kippour, allant jusqu'à être comparé à celui de jeûner le lendemain à Yom Kippour ?!

*Nos 'Hakhamim soulignent avec une insistance particulière le fait que Yom Kippour ne répare que les fautes envers Hachem, mais que pour les fautes envers autrui, Yom Kippour n'a pas d'effet jusqu'à ce qu'on apaise celui à qui on a causé le moindre tort.

*Et pourquoi la phrase "Baroukh Chem Kevod Malkhouto le'Olam Va'èd" (Bénit soit le Nom de Gloire de Sa Royauté à tout jamais), que nous prononçons à voix basse toute l'année après le verset "Chema Israël", doit-elle être proclamée à voix haute à Yom Kippour ?!

Commençons par analyser la valorisation surprenante des repas de la veille de Yom Kippour.

Rabénou Yona explique (Chaaré Techouva, IV,8-9) que le fait de manger au seuil de ce jour manifeste notre joie de la venue de ce jour de réparation des fautes, ce qui montre notre conscience de leur gravité. De plus, Yom Kippour étant un jour de proximité particulière avec Hachem comme les autres jours de fête, il doit être accompagné de la réjouissance appropriée, et puisqu'il est interdit de manger le jour de Yom Kippour, nous manifestons la joie de la Mitsva par la festivité de la veille.

Mais comment comprendre que le fait de manger la veille de Yom Kippour a la même valeur que de jeûner le 9 et le dix Tichri (la veille et le jour de Yom Kippour) ?!

Les Tossefot (les Commentateurs des générations suivant l'époque de Rachi) sur la Guemara (Berakhot 8b) qui rapporte cet enseignement expliquent : "comme s'il avait jeûné … c'est à dire comme s'il avait été ordonné de jeûner le 9 (Tichri)".

Il ne s'agit pas de jeûner "de sa propre initiative" ! cela n'aurait aucune valeur particulière ! tout le mérite dépendrait de la Mitsva commandée par Hachem.

Il s'agit là d'une notion fondamentale de notre existence, et plus spécialement de la Techouva de Yom Kippour. Nous comprenons que nous devons revenir sur nos fautes, et accomplir un réel mouvement de Techouva pour changer de voie. Mais jusqu'à quel point réalisons-nous que nous ne devons pas moins "faire Techouva" sur nos Mitsvot ?! Cette affirmation peut paraître surprenante ! précisons : la Mitsva que nous accomplissons n'a de valeur que parce qu'elle a été ordonnée par Hachem. Aucune action ne porte de valeur intrinsèque indépendamment de la volonté de Hachem.

Rav Nathan Tsvi Finkel (le "Saba" - Directeur spirituel de la Yechiva de Slobodka il y un siècle, fondateur de la Yechiva de 'Hevron en Erets Israël) souligne (Or Hatsafoun, III, p.76) qu'il y a deux cadres au comportement humain : celui qui est qualifié de "Dérekh Erets", le "chemin de la Terre", comprenant tout ce que les hommes sont habitués à faire et respecter pour un chemin de vie individuel et collectif.

Et celui de la Torah qui est défini comme le "Chemin Céleste", outil de proximité avec Hachem.

La faute crée un écran entre l'homme et Hachem et l'éloigne du bonheur naturel inné de ce contact. Hachem nous a donné Yom Kippour pour nous purifier de la faute et restaurer notre lien avec Lui.

Toutefois Yom Kippour est un jour totalement spirituel, où les actions ordinaires du quotidien telles que manger et boire n'ont pas leur place. Aussi, Hachem nous a ordonné de manger et boire la veille de Yom Kippour pour élever les actions du "Dérekh Erets" au niveau de "Chemin Céleste".

En confrontant ce développement de Rav Nathan Tsvi Finkel aux paroles des Tossefot, nous pouvons prendre conscience qu'inversement nous sommes susceptibles de transformer dramatiquement même les "Chemins Célestes" des Mitsvot en chemins tortueux qui nous éloignent de Hachem au lieu de nous rapprocher de Lui. En "accaparant" les Mitsvot et autres "bonnes actions" ou Minhaguim (coutumes) et en en faisant des outils de valorisation personnelle, on en vient vite à dénigrer ouvertement ou ne serait-ce que dans les profondeurs de son subconscient quiconque est tant soit peu différent. On en arrive à oublier la globalité de notre Torah qui se diversifie en une foule de sensibilités toutes aussi valables et même indispensables à la plénitude de notre Peuple, étant toutes attachées scrupuleusement au respect sans concessions des règles du Choul'han Aroukh (Précis des lois de la Torah de Rabbi Yossef Karo, avec les annotations de Rabbi Moché Issarlès).

Pour revenir à la phrase "Baroukh Chem Kevod Malkhouto le'olam vaèd", le Midrach (Beréchit Rabah 98,3) explique que lorsque Yaacov Avinou s'apprêtait à quitter ce monde, et voulut révéler l'aboutissement de l'Histoire à ses fils, cette révélation lui fut occultée. Craignant que ce soit à cause d'un manque de Emouna chez ses fils, ils lui répondirent par la phrase :"Chema Israël Hachem Elokénou Hachem E'had" (Ecoute Israël, Hachem notre Dieu Hachem est Un). Ils lui réaffirmaient ainsi leur convergence parfaite dans le lien à Hachem. Yaacov répondit alors par la phrase "Baroukh Chem …" qui exprime la prière que le Nom de Hachem soit enfin reconnu universellement.

Toute l'année, nous ne prononçons cette phrase après "Chema" qu'à voix basse, car nous ne sommes pas réellement au niveau de ressentir cette unité de la Création pleinement.

A Yom Kippour où nous devons annuler toutes nos revendications identitaires individuelles, et nous fondre dans l'ensemble du Peuple de Hachem, nous proclamons cette grandeur de Hachem ouvertement.

Pour ce qui est de la question fondamentale du pardon "répétitif" annuel que Hachem nous octroie à chaque Yom Kippour : Rav Chimchon Raphaël Hirsch commente le Mizmor de Tehilim (130) qui chante notre appel à Hachem des profondeurs (au pluriel !) de la détresse. Il explique qu'à la détresse des tribulations de notre existence individuelle et collective, s'ajoute en nous la détresse plus profonde issue des fautes elles-mêmes.

Il souligne le verset (3) : "Si Tu conserves les fautes, Hachem, mon Maître qui tiendra ?!" : Hachem Lui-même a créé l'Homme doué du libre arbitre qui le rend apte (et non autorisé, évidemment !) à fauter.

Si la possibilité de réparation n'existait pas, alors le but de la Création serait irréalisable. Hachem mène l'Histoire (comme les bouleversements de toutes sortes nous le montrent dans le quotidien …) vers son aboutissement qui doit être l'épanouissement universel de la Emouna (comme nous y appelons les nations dans le Mizmor (47,2) que nous lisons avant la sonnerie du Chofar. Ce cheminement passe par les fautes dues au libre arbitre de l'Homme. Mais il est corrigé régulièrement par la réparation de la Techouva, et particulièrement à Yom Kippour où nous faisons abstraction de notre individualité pour accepter pleinement la Volonté Divine, en reconnaissant que jeûner ou manger ne sont pas en soi des valeurs opposées.

C'est pour obéir à Hachem que nous mangeons la veille de Kippour, tout comme nous jeûnons également pour Lui obéir (et non pour nous donner "bonne conscience" …).

Prions en cette veille de Yom Kippour que ce soit enfin le Yom Kippour qui nous amènera à la perfection de la Emouna qui nous apportera la Gueoula (Délivrance) complète.

שבת שלום !

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