SOUCOT - 5782 16.Sep.2021

SOUCOT - 5782

SOUCOT - 5782

La fête de Soucot est marquée particulièrement du sceau de la Sim'ha (la Joie) (Vayikra 23,40 ; Devarim 16,14

A Soucot, nous quittons nos demeures douillettes et confortables pour nous abriter dans une cabane précaire, au toit fait de branches et feuillages tout juste aptes à projeter de l'ombre, mais n'interceptant pas la pluie.

Nous vivons dans un monde toujours plus matérialiste et consumériste, d'où tout idéal a été banni, et dans lequel les maigres traces de don se réduisent aux appels de la lutte contre le cancer, le sauvetage des koalas ou autres espèces en voie de disparition, ou autres organismes "désintéressés" du même genre. Plongés dans une telle atmosphère, il est dur de garder ses repères !

D'un côté devoir se "réjouir", d'un autre, le faire dans une telle précarité !

Nous essayons de faire "bonne figure", certaines fois en devant fuir précipitamment hors de la Souca, chassés par la pluie, et notre sentiment de cette fête ressort beaucoup plus de l'héroïsme que de ce qu'on appelle aujourd'hui le "kif" !

Le mot "kif" traduit-il réellement la notion de Sim'ha ?! Le "kif" génère-t-il un sentiment de satisfaction profonde, ou, au contraire, une nouvelle faim du prochain "kif" à trouver ?! Là est en vérité la frontière entre ces deux notions assimilées par erreur !

Rav Galinski (Vehigadta, Soucot, p.232) rapporte la remarque émise par un homme de la génération précédente : Avant, la famille entière résidait dans une demeure d'une seule pièce, et il y avait assez de place pour les parents, les enfants, et les hôtes de passage.

Quand on est passé à des habitations plus spacieuses de deux pièces, il n'y avait plus de place pour les hôtes... A trois pièces, la place manquait pour les enfants, il fallait donc passer à un logement de quatre pièces : une chambre pour les garçons et une pour les filles. Lorsque les logements comportèrent à cinq pièces, il n'y avait plus de place pour les parents, qui étaient contraints de partir en vacances et manger au restaurant…

Rav Galinski souligne qu'ici réside la différence entre notre situation à Pessa'h et Soucot : certains se comportent comme des "fils de roi" qui éprouvent le besoin de prendre leurs aises, le monde entier n'est jamais assez vaste pour eux.

A Soucot, nous nous voyons dans ce monde dans une demeure provisoire, et bien que l'on se serre, il y a place pour tous …).

Le terme "'Hag" (fête) est associé aux trois rendez-vous de Pessa'h, Chavouot, et Soucot.

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (Chemot 10, 9) souligne que la racine de "'Hag" signifie : "ronde", faire un "cercle" en famille autour de Hachem.

Là se situe notre perception de la Sim'ha, non pas tournée vers l'hédonisme, mais, en apportant les Bikourim (les prémices des fruits d'Erets Israël) au Beth Hamikdach pour témoigner notre reconnaissance à Hachem (Rachi, Devarim 26,3), centrée sur la conscience des bienfaits illimités que nous avons déjà reçus de Hachem.

La Torah définit (Vayikra, 23, 43) ainsi l'objectif de la Souca : "afin que vos générations sachent que dans des Soucot J'ai fait résider les Bené Israël lorsque Je les ai sortis du pays d'Egypte.".

Nos 'Hakhamim discutent (Guemara Souca, 11b) sur l'identité de ces "Soucot" : Il s'agit soit des Anané Kavod (les "nuées" par lesquelles Hachem entourait le campement des Bené Israël dans le désert), soit de véritables soucot que les Bené Israël se construisaient à chaque étape de leurs pérégrinations dans le désert.

S'il s'agit des Anané Kavod, nous pouvons comprendre que Hachem nous dicte une Mitsva pour nous rappeler Ses bienfaits. Par contre, s'il s'agit des soucot que les Bené Israël devaient se confectionner pour y demeurer, quel est le sens de cette Mitsva ?

Rav Ye'hézkel Sarna (Dalyot Ye'hézkel, III, p.199) explique qu'alors que les Anané Kavod manifestaient l'amour de Hachem pour les Bené Israël, les Soucot qu'ils durent confectionner soulignent l'élan des Bené Israël qui n'hésitèrent pas à suivre Hachem dans le désert, avec toutes les difficultés que cela entraînait.

Rav Its'hak Ayzik Scherr (Leket Si'hot Moussar, II, p.133) souligne que le bienfait des Anané Kavod était destiné à l'ensemble du Peuple, tandis que les Soucot avaient une dimension individuelle. Le fait que Hachem ait donné la possibilité à chacun de trouver les matériaux nécessaires à la confection de sa souca est un plus grand bienfait encore, car il montre l'amour et l'attention que Hachem dédie à chaque Juif. Cette leçon est encore plus précieuse pour nous dans le quotidien de chacun.

Rav Chalom Noa'h Bérézovski (Netivot Chalom, Soucot, p.192) souligne le lien que la Torah fait (Vayikra 23, 40) entre la Mitsva du Loulav et la Sim'ha qui caractérise cette fête. De même il recherche le fil conducteur entre les diverses Mitsvot de la fête : résider dans la Souca, tenir dans ses mains les quatre espèces du Loulav, et la libation d'eau sur l'Autel dans le Beth HaMikdach (le Temple) ? I

Rav Bérézovski explique qu'un Juif ne peut atteindre la Sim'ha (la joie) que lorsqu'il s'affranchit totalement des satisfactions de ce monde. Lorsqu'un homme est plongé dans les plaisirs matériels, il n'atteint jamais la satiété, comme nos 'Hakhamim le disent dans le Midrach (Kohélet Rabah 1,34) : "l'homme ne sort pas de ce monde ayant satisfait la moitié de ses appétits !". Tel est le sens de quitter sa maison pour aller dans la Souca, afin de prendre le recul nécessaire pour accéder à la Sim'ha.

Les quatre espèces du Loulav représente les principaux organes par lesquels l'homme est asservi à ce monde.

Enfin la libation d'eau sur l'Autel dédie tout notre amour à Hachem exclusivement (car l'eau (essentielle à la vie) est symbole de 'Hessed-don gratuit et d'amour).

En nous confiant totalement à la protection Divine, qui plus est, après la saison de l'engrangement de toutes les récoltes des champs, nous montrons que nous tournons le dos à l'idée obsessionnelle de la réussite matérielle. Fini le mythe du "self-made man" !

Expliquons encore les versets relatifs aux Korbanot (Offrandes) dans le Beth HaMikdach à Soucot (Bamidbar 29,13-34). Chaque jour les offrandes comportent des taureaux, mais le nombre diminue d'un animal chaque jour. La somme des sept jours arrive à soixante-dix, qui correspond au nombre des nations issues des fils de Noa'h (Beréchit chapitre 10). Rachi (Bamidbar 29,18) explique qu'on apporte ces Korbanot pour protéger les nations des difficultés, mais que leur nombre va en diminuant comme celui des nations.

Or nous voyons la population mondiale aller en augmentant. Ce n'est donc pas (le nombre d'individus qui va en diminuant, mais les "entités nationales" fondamentales. Même si dans les instances internationales plus de soixante-dix nations sont représentées, cependant elles correspondent en tout à soixante-dix "racines". Ce sont les mouvement "culturels" essentiels qui divergent de la reconnaissance de Hachem.

Le Gaon de Vilna affirmait que ces soixante-dix "nations "se répartissent en trente-cinq rattachées à Essav, et trente-cinq rattachées à Yichmaël, qui représentent deux orientations fondamentalement différentes de rejet de l'autorité de Hachem.

Ce sont donc les dérives qui éloignent l'humanité de la conscience de la Présence de Hachem qui vont en diminuant au fil des générations.

L'humanité s'avance progressivement vers l'effondrement de toutes les idéologies apparentées à l'idolâtrie, c’est-à-dire au culte de toute "échappatoire" à la reconnaissance du Créateur présent et intervenant dans le quotidien.

Tel est le sens particulier de la fête de Soucot : la Sim'ha d'échapper aux affres d'un monde géré par la lutte permanente sous la "loi de la jungle" …

La fête de Soucot s'achève sur un jour supplémentaire appelé "Chemini Atsérèt", totalement dédié par Hachem au contact intime avec Son Peuple.

Les 'Hakhamim ont découpé la lecture de la Torah de manière à conclure un cycle complet à Chemini Atsérèt (en dehors d'Erets Israël, le second jour nommé spécialement "Sim'hat Torah").

La dernière Paracha de la Torah que nous lisons ce jour-là, Vezot Haberakha, est le dernier message de Moché Rabénou aux Bené Israël avant sa mort. Il dédie une Berakha spécifique à chaque Chévet (Tribu). Toutefois ces Berakhot sont introduites par le verset (Devarim 33, 1) : "Vezot Haberakha … " (et voici la Berakha …), et s'achèvent par le verset (33,29) : "Achrèkha Israël …" (Heureux es-tu Israël …). Le Midrach (Tehilim 1) souligne que Its'hak bénit Yaacov par le mot "netina" (don) et conclut par le mot "kriya" (appel).

Yaacov réunit ses fils avant sa mort par le mot "Kriya" (reprenant ainsi pour sa Berakha au point où Its'hak avait conclu la sienne), et conclut par le mot "vezot".

Moché Rabénou introduit ses Berakhot aux Bené Israël avant de les quitter par le mot de conclusion de Yaacov "vezot", et termine par "Achrèkha".

David HaMelekh introduit le Séfer Tehilim par le mot "Achré" (reprenant ainsi au point où Moché Rabénou avait terminé ses Berakhot).

Ce Midrach nous enseigne que la véritable Berakha réside dans la chaîne ininterrompue des générations jusqu'à la venue du Machia'h bientôt, avec nos mérites.

C'est ainsi que la fête de Soucot donne le "coup d'envoi" de l'année. Le Sfat Emet (année 5737) dit que la Souca est le correspondant à l'intérieur de la maison de ce que la Mezouza représente au seuil de l'entrée. Tout comme la Mezouza nous rappelle à chaque entrée ou sortie la présence permanente de Hachem à nos côtés, ainsi la Souca des sept jours doit accompagner nos pas toute l'année. Et le Sfat Emet (année 5734) qualifie également Sim'hat Torah d'équivalent de Birkat HaTorah (la Berakha avant l'étude quotidienne …) au seuil de l'hiver où nous devons vivre à la lumière constante de l'étude de la Torah.

Prions Hachem que ce Soucot du début de l'année de Chemita (Chabat de la Terre) soit celui qui nous rapprochera de façon décisive de la Gueoula (la Délivrance) complète.

שבת שלום !

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