ROCH HACHANA 01.Sep.2021

ROCH HACHANA

Chaque année, Roch Hachana suscite en nous des sentiments divers, suivant la conscience que nous avons du sérieux des enjeux.

Pour certains, Roch Hachana est l'occasion d'un jour de fête familiale, où ils s'attableront en famille, en récitant plus ou moins des textes accompagnant les "Simanim" (les aliments que nous consommons le soir de Roch Hachana en allusion aux Berakhot que nous souhaitons que Hachem déverse sur nous).

D'autres focaliseront sur les prières et leurs mélodies traditionnelles, et, bien sûr, la sonnerie émouvante du Chofar.

Certains sont conscient des "risques", et c'est avec une certaine inquiétude qu'ils feront une introspection sur leurs actes au long de l'année, en essayant de "faire Techouva" pour mériter une année de plus sur Terre, remplie de satisfactions.

Or, nos 'Hakhamim définissent la sonnerie du Chofar et les versets des "Malkhouyot" récités dans la Tefila de Moussaf comme une proclamation de la Royauté de Hachem ?!

En quoi nos petites inquiétudes pour notre confort sur terre exprimeraient-elles la reconnaissance de Hachem comme Roi de la Création ?!

Comment pouvons-nous accéder à la compréhension de l'infinitude de la Royauté de Hachem sans avoir préalablement le moindre discernement de ce que représente un roi "humain" ?!

Pour nous, héritiers bien malgré nous de la révolution française, un roi est quelqu'un qui abuse de ses sujets, au nom de droits héréditaires qui se perdent dans la nuit des temps. Et lorsqu'on creuse dans l'histoire, on est encore plus déçu lorsqu'on découvre que les dynasties se sont établies sur de sombres accords entre "chefs de bandes armées" exerçant leur "talents" sur des territoires grandissant au fil de leurs conquêtes. Face à cela, rien d'étonnant que l'humanité se soit laissée séduire par les "qualités" supposées de la démocratie.

(Constatons, au passage, que la démocratie a abondamment fait la preuve de son échec !

La désaffection généralisée des peuples pour leurs gouvernants en est la manifestation flagrante. Les sondages peu flatteurs pour les "grands de ce monde" sont éloquents !

La publicité faite par les médias à leurs divers travers de comportement, la désillusion qui suit tôt ou tard chaque changement sont sans appel.

Et pourtant, alors qu'au gré des gouvernants variés qui se succèdent à la tête des états, les peuples tombent de déception en déception quant à leur bienveillance et à leur générosité désintéressée pour la cause publique, l'option "royaliste" reste toujours écartée définitivement des souhaits publics.)

Alors comment pouvons-nous vivre Roch Hachana honnêtement, sans nous "voiler la face", et proclamer avec conviction et enthousiasme que Hachem est Roi ?!

Car c'est ce que nous faisons tout au long des Tefilot (Prières) en répétant : "Hachem Mélekh, Hachem Malakh, Hachem Yimlokh le'Olam Vaèd !" (Hachem est Roi ; Hachem régnait ; Hachem Règnera éternellement !"

Notre vision de la Royauté est faussée car elle est inspirée par les kyrielles de tyrans, d'usurpateurs ou de fantoches qui se sont succédés sur terre.

Dans la Torah, le Roi est aussi appelé "Nassi" – issu du verbe "porter" ou "élever", car il est élevé au-dessus de son peuple, qu'il porte et élève.

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (Beréchit 10, 10) décrypte les 3 lettres qui composent le mot "Mélekh" comme suit :

-"Mèm" (de) pour dire que tout vient de lui.

-"Lamed" (vers) tout revient à lui.

-"Kaf" (comme) car le roi est un exemple et un idéal.

Nous sommes loin des "échantillons" qui ont précipité le monde moderne dans "les bras" de la démocratie…

Mais revenons à ce Roch Hachana qui approche et mérite un meilleur traitement que les précédents.

Pourquoi meilleur ?! Parce que même si, d'aventure, nous avons déjà lu précédemment des explications sur ce que Hachem attend de nous tout au long de l'année, et à Roch Hachana en particulier, à savoir reconnaître l'Autorité de Hachem, nous avons toujours la possibilité et le devoir de mieux faire. Si nous ne progressons pas, alors, forcément nous régressons.

Il est rapporté (entre autres dans Daliot Ye'hézkel III, p.125, de Rav Ye'hézkel Sarna) que le Gaon de Vilna manifestait une joie profonde au moment de la sonnerie du Chofar, et préconisait ainsi le comportement approprié. Et que c'est ainsi que cela doit être lorsque nous appelons tous les peuples de la Terre à reconnaître la Toute Puissance de Hachem.

Il ne s'agit donc pas ici de "négocier" avec Hachem des points de confort en plus pour l'année nouvelle, mais de "remettre les pendules à l'heure", c’est-à-dire rajuster notre système de valeurs.

Nous sommes accoutumés à dissocier vie matérielle et vie spirituelle, et à considérer les deux comme antagonistes. Aussi, toute amélioration spirituelle passerait, selon nous, par des renonciations plus ou moins douloureuses à notre confort d'existence.

Il n'en est rien !

Rabbi Israël Salanter, initiateur du mouvement de "Moussar" ("l'éthique de vie") au siècle dernier a énergiquement combattu cette erreur.

Hachem ne nous met pas au monde pour souffrir !

Au contraire, Hachem veut que nous tirions le maximum de satisfactions de l'existence comme l'enseignent nos 'Hakhamim (voir la conclusion de la Guemara Kiddouchin dans le Talmud Yerouchalmi) : "L'homme est destiné à rendre compte sur tout ce que ses yeux ont vu et dont il n'a pas mangé !".

Rav Ye'hézkel Sarna (Dalyot Ye'hézkel, I, p.28-32) explique la frontière entre la consommation "déconseillée" par la Torah et celle qui est, au contraire, non seulement permise mais même obligatoire. Lorsque l'envie est "dictée" par les appétits physiques, il faut la restreindre. Lorsqu'elle est totalement "sous contrôle" de l'homme, c'est alors une Mitsva au point que s'en abstenir signifie "bafouer" la volonté de Hachem qui nous a préparé un monde plein de satisfactions.

De même, Rav Chimchon Pinkus (Sidour Néfech Chimchon, p.118) souligne que bien que nous ne devions certainement pas "courir" après les satisfactions matérielles, y compris le spectacle du monde splendide que Hachem nous offre, cependant, lorsque ce plaisir vient à nous, nous devons y voir la bienveillance de Hachem à notre égard.

Vivre en permanence cette conscience des choses transforme pour nous le monde en un vaste Beth HaMikdach (Temple) où nous vivons en résonnance avec Hachem.

Roch Hachana est le moment particulier de prendre conscience plus fortement de cette réalité.

Rav Its'hak Hutner (Pa'had Its'hak, Roch Hachana, Maamar I) développe que le Brit (l'Alliance) d'Avraham ne se limite pas seulement à la Mila (circoncision), mais comprend aussi le 'Héssed (la bonté gratuite), comme le mentionne la Guemara (Ketouvot, 8b). L'essentiel de notre Avoda (Service) face à Hachem passe par "Vehalakhta biderakhav" (Et tu iras dans Ses Chemins). C’est-à-dire que nous devons ajuster notre comportement aux modèles que Hachem nous donne à travers le fonctionnement de la Création.

La première des "Midot" (attributs) que Hachem nous manifeste est le 'Héssed (la bonté gratuite).

La Création elle-même, dont Roch Hachana est "l'anniversaire", est le sommet du 'Héssed de Hachem, et là réside la dimension de Roi qu'Il nous manifeste.

Telle doit donc être notre aspiration à Roch Hachana : atteindre au plus haut dans cette qualité de 'Héssed qui caractérise la Présence de notre Roi, Hachem !

Par la sonnerie du Chofar nous rappelons la "Akédat Its'hak" (le "sacrifice" d'Its'hak) qui eut lieu à Roch Hachana.

Rav Arié Zeèv Gouréwitz (Meoré Chearim, p.91) souligne la dimension particulière de cette épreuve qu'a surmontée Avraham Avinou : Nimrod avait jeté Avraham dans la fournaise parce qu'il avait refusé de se soumettre à l'idolâtrie. Pour Avraham, l'épreuve consistait à rester fidèle à sa compréhension de la Création et du lien à Hachem.

Par contre, dans l'épreuve de la Akéda, Avraham a dû abdiquer tous les principes qu'il prônait face à l'humanité relativement à la Avoda que Hachem attend de l'Homme.

En accomplissant la Akéda, il réduisait à néant tout son combat contre les sacrifices humains qui caractérisaient l'idolâtrie. Hachem l'a ainsi confronté à la difficulté de soumettre son intellect même à la Volonté Divine !

Dans notre existence, il n'existe pas d'équivalent réel de cette épreuve.

Toutefois nous portons l'héritage des qualités acquises par nos Avot, et, entre autres, cette aptitude à soumettre notre compréhension humaine à la Volonté Divine.

Chaque fois que nous devons choisir d'obéir à la Halakha (règles de la Torah), et renoncer au nom d'un principe de la Torah à une Mitsva que nous nous préparions à accomplir, c'est, à un moindre niveau, comparable à la Akéda.

Par exemple, pour un malade, le fait de devoir manger à Yom Kippour. Ou encore de devoir choisir entre rester au Beth HaMidrach (la maison d'étude) pour nous consacrer à la Torah, ou aller à un mariage ? Tout dépend du degré d'obligation que nous ressentons envers l'autre, et donc du 'Héssed à accomplir, et non de notre souhait de "festoyer" …Les exemples sont innombrables, et dans chacun de ces choix réside l'acceptation de la Royauté de Hachem.

Est-ce pour Hachem que nous accomplissons la Mitsva, ou pour "nos" principes ?!

Notre 'Héssed est-il celui de Hachem, ou le résultat de "notre" éducation, de "nos" habitudes, ou de "nos" principes humains ?!

Roch Hachana est le moment par excellence de la "remise à jour" de nos orientations dans la vie.

Prions Hachem de nous aider à vivre ce Roch Hachana de manière réellement "Royale".

שנה טובה ומתוקה

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