Paracha Vayélekh – Chabat Chouva 5782 09.Sep.2021

Paracha Vayélekh – Chabat Chouva 5782

בס''ד   

Paracha Vayélekh – Chabat Chouva

Petit retour en arrière sur un évènement survenu il y a 20 ans (déjà…) !

Car ce Chabat tombe à la date du calendrier solaire du 11 septembre où nombre de nos frères za"l (que leur mémoire soit source de bénédiction) tombèrent sous les coups des avions suicides.

Chaque année, à Roch Hachana et Yom Kippour c'est avec anxiété que nous affrontons les décisions de Hachem pour l'année qui vient. Et tout au long de l'année nous redoutons les décisions.

Toutefois, à quelques jours de la fin du parcours décrété il y a un an, lorsque nous nous sentons dans "la dernière ligne droite", nous respirons avec soulagement en constatant que cette année ne s'est somme toute pas si mal déroulée, et se termine plutôt bien ...

Il est probable que plus d'un dans les "Twin Towers" pensait la même chose, quelques instants avant que le décret de Tichri de l'année précédente ne s'accomplisse sur eux. Les Grands de notre génération soulignèrent à propos de cet attentat que cet évènement marquait la limite du "règne" que l'Homme croit posséder sur le Monde.

Depuis un an et demi, nous vivons une répétition significative de cette leçon !

Sans basculer dans la dépression ou l'angoisse stérile, il est évident que nous ne sommes pas maîtres des évènements et que la seule chose qui nous appartient, c'est l'orientation que nous choisissons de donner à notre existence, instant par instant …

Mais revenons à notre Paracha… et particulièrement au passage (Devarim 31,16-18) où Hachem annonce à Moché Rabénou qu'après sa mort, les Bené Israël en arriveront jusqu'à pratiquer l'idolâtrie, déclenchant ainsi la colère Divine et les affres de Son abandon apparent.

(Notons toutefois, que l'idolâtrie mentionnée dans la Torah ne se limite pas aux pratiques inconsistantes inventées par les peuples.

Rav Ye'hezkel Sarna (Dalyot Ye'hezkel, V, p.176) souligne que le moindre éloignement d'avec Hachem est qualifié d'infidélité à Hachem pour s'attacher à une autre "autorité" et constitue de ce fait une idolâtrie. Cette explication est indispensable pour nous qui regardons avec condescendance les pratiques "barbares" des peuplades dites attardées, mais ne repérons pas toujours comme idolâtre l'adhésion à toutes sortes de croyances (comme la science, la technique, la civilisation le progrès, etc…).

Quel est donc l'objectif de Hachem lorsqu'il fait cette annonce à Moché Rabénou qui n'a pas apparemment d'utilité, et n'aurait d'autre effet que de déclencher un certain découragement chez Moché alors qu'il s'apprête à quitter ce monde ci ?

Le 'Hatam Sofer (commentaire sur la Guemara Youma 52b) explique que Hachem informe Moché quant à son propre avenir.

Tout comme un Maître continue à s'élever dans sa dimension spirituelle après sa mort, grâce au mérite des Mitsvot et l'étude de la Torah de ses Talmidim, de même il peut être affecté dans cette croissance spirituelle s'ils se détournent de leur devoir.

C'est le sens du mot "vekam" au milieu du verset (31,16) que le 'Hatam Sofer justifie comme s'appliquant à Moché. Il lui annonce une période où il sera "Kam", c’est-à-dire immobile, "stoppé" dans son évolution spirituelle après sa mort du fait des fautes de ses Talmidim, le Peuple Juif.

Le Kli Yakar (Devarim 31,16) applique le terme "Kam" au peuple, et en l'interprétant différemment. Il le traduit par "se dressera" et explique que par son comportement le Peuple se "dressera" comme un ennemi contre son Maître Moché, ébranlant sa sérénité dans la tombe.

Le Kli Yakar rapporte que nos 'Hakhamim voient dans ce verset une allusion à la Te'hiyat hamétim (la résurrection des morts). Car si les morts n'étaient pas destinés à revivre, en quoi le corps de Moché Rabénou dans la tombe pourrait-il être affecté par les actions des Bené Israël ?

Ces explications constituent un premier regard sur la continuité de l'existence, certes au niveau individuel de Moché Rabénou, mais liée au comportement des générations à venir.

Rav Mordekhaï HaCohen, parmi les Talmidim (disciples) du Ari Zal explique (Sifté Cohen p.156) que Moché Rabénou lui-même avait vu par prophétie et annoncera aux Bené Israël à la fin de la Paracha (31,29) qu'ils dévieront. Aussi, Moché Rabénou s'interrogeait quant au but de son existence si, après son départ les Bené Israël ne conservaient pas leur niveau. Hachem lui répond qu'à travers le message de la "Chira" (le Cantique) de la Paracha Haazinou, qui décrit tout le parcours de l'histoire du Peuple Juif avec ses hauts et ses bas, Moché Rabénou lui-même continuera à les guider et les ramènera à leur racine.

C'est là en quelque sorte le plan du Monde, suite à la faute de Adam Harichon que définissent nos Parachiot au seuil de l'entrée en Erets Israël. La mission d'Israël, à la suite des Avot (Patriarches) consiste à réparer la faute d'Adam Harichon et retrouver l'état initial de l'Homme dans un contact intime avec Hachem. Les Bené Israël qui étaient sortis d'Egypte insuffisamment préparés ont "trébuché" dans la faute du Eguel (le Veau d'or), puis dans celle des Meraglim (les explorateurs), ainsi que dans d'autres circonstances.

Dès lors, la probabilité est considérable que le mouvement de chute aille en s'accentuant jusqu'à la Galout (l'exil) qui suivra la destruction du Beth HaMikdach (le Temple) au niveau duquel les Bené Israël ne seront plus compatibles. Mais le "mouvement" ne s'arrête pas à cet échec, l'histoire, comme nous le verrons dans la Paracha suivante, dans la "Chira" aboutit à la Gueoula (Délivrance) que nous attendons tous avec grand espoir !

C'est donc tout l'avenir du Peuple Juif que Hachem dévoile à notre Maître Moché car il est concerné dans la mesure où il doit faire le maximum pour prévenir cette avalanche !

Nous lisons cette année la Paracha Vayélekh le Chabat "Chouva", entre Roch Hachana et Yom Kippour.

La notion de Techouva est attachée particulièrement à cette période de l'année, et particulièrement à ce Chabat qui porte l'appellation "Chouva" au titre de la Haftara (le texte issu des Neviim - Prophètes que nous lisons en complément de la lecture de la Torah du Chabat).

Que signifie en fait la "Techouva", et en quoi elle se singularise dans le cadre du respect global de la Torah ?! En fait, qu'est ce que cette obligation vient ajouter au niveau de l'accomplissement des Mitsvot ?! Pourrait-on concevoir que, du fait qu'on a transgressé une ou des Mitsvot, ou-même l'ensemble de la Torah, notre devoir de nous soumettre à ses règles aurait diminué ?!

La Techouva ne serait-elle donc rien d'autre que le retour à la normale ?

Pour comparer : sur un plan "physique", est-ce que le fait d'avoir commis quelque abus que ce soit dans le domaine de la santé nous dispense d'être attentifs à une hygiène de vie raisonnable à l'avenir ?!

S'il en était ainsi, le retour au respect des Mitsvot ne serait que le retour au respect de la Torah et ne devrait donc pas mériter un "label" spécifique.

Rabbi Yerou'ham Levovitz (Daat 'Hochma OuMoussar, II, p.304) développe que la Techouva n'est pas comme il nous semble la réparation des fautes. Nos 'Hakhamim enseignent (Guemara Nedarim 39b) que la Techouva fait partie des choses qui ont été créées avant même la Création du Monde. Ainsi, avant la moindre faute, il y a déjà place à la notion de Techouva. Rabbi Yerou'ham explique qu'elle consiste dans le retour à notre état de proximité totale à Hachem. C'est un accès distinct à la Torah. La faute met un écran entre nous et Hachem, et même l'attachement le plus fort à la Torah ne pourrait plus le renverser. Seule cette possibilité offerte par la Techouva a le pouvoir de nous régénérer. Il s'agit de créer un contact nouveau avec Hachem sur une nouvelle base. Une nouvelle acceptation de la Torah entière.

La Guemara (Roch Hachana 17b) analyse le verset que nous répétons tout au long des Tefilot de Tichri particulièrement là où le Nom de Hachem est reproduit deux fois (Chemot 34,6), et nous révèle que Hachem est accessible avant la faute, mais aussi après la faute. Comme si nous trouvions un "nouvel interlocuteur" face à nous ! Et pourtant, bien sûr, Hachem est Unique ! C'est donc notre contact qui est nouveau.

Le message de Chir Hachirim (Cantique des Cantiques) de Chlomo HaMélekh, qui est défini par nos 'Hakhamim comme le sommet de la Kedoucha ("Sainteté") des écrits, "chante" en vérité les regrets de la "Fiancée" Israël de la distance d'avec Hachem au sein de la Galout.

Depuis la faute d'Adam Harichone, nos efforts tendent vers le retour à notre identité profonde et à notre lien inaltérable avec Hachem.

Prions que ce mois de Tichri, début d'une nouvelle année de Chemita et de contact intensifié avec Hachem nous ramène enfin complètement à Hachem comme le dit le premier verset de la Haftara : "Reviens Israël Jusqu'à Hachem ton Dieu !".

שבת שלום !

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