Paracha Nitsavim - 5781 01.Sep.2021

Paracha Nitsavim - 5781

Paracha Nitsavim - 5781

Après la Paracha Ki Tavo, où Hachem nous présente le contraste entre la Berakha qui accompagne une vie guidée par la Torah (Devarim 28, 1-14) et la catastrophe liée à l'abandon de la Torah (28, 15-68), la Paracha Nitsavim étend la portée de cette mise en garde.

- D'une part la Torah nous souligne l'unité fondamentale de notre Peuple qui entraîne que la faute de l'individu affecte l'ensemble de la collectivité (29, 9-12).

C'est ce que nos 'Hakhamim appellent le "Brit de Arvout" (l'alliance de responsabilité collective).

Il ne suffit pas de respecter soi-même les Mitsvot. Notre lien avec Hachem implique d'être concerné par le comportement de nos frères. De même qu'il est inconcevable que les divers éléments de notre corps se "désolidarisent" les uns des autres, et ne convergent pas dans une harmonie totale, ainsi les membres de notre Peuple forment une entité dont aucun d'entre eux ne peut se désintéresser.

Les Mitsvot de chacun concourent au bien de tous, comme les éléments qui parcourent l'organisme grâce à la circulation sanguine. Et de même que dès qu'un organe est atteint, d'une infection microbienne ou virale, tout l'organisme de la personne est affecté, ainsi le moindre manquement d'un d'entre nous affaiblit l'ensemble du Peuple.

Le Midrach dit (Vayikra Raba 4,6) : "Israël est comparé à l'agneau : tout comme cet agneau est frappé à sa tête ou à l'un de ses membres, et tous ses membres le ressentent, ainsi Israël, un parmi eux commet une faute, et tous le ressentent."

Rav Chimchon Pinkus (Tiférèt Chimchon, p.293-294)) souligne la dualité de notre épanouissement.

D'un côté chacun doit viser au plus haut de ses capacités, sans être bridé par l'appartenance à la collectivité. D'un autre point de vue, chacun ne peut se réaliser pleinement qu'au sein du groupe.

En réalité, ce n'est pas une dualité, mais une complémentarité.

Tout comme chaque organe est solidaire de l'ensemble du corps, mais a ses fonctions spécifiques à assumer, il en est de même pour chacun de nous !

Rav Moché Ye'hiel Epstein (Beèr Moché, p. 863) développe que chacun doit assumer la Avoda (Service de Hachem) individuellement comme s'il était seul au monde et que la totalité de la Avoda repose sur lui.

C'est là le sens de la Guemara (Sanhédrin 37 a) où nos 'Hakhamim nous enseignent : "Chacun dans Israël doit se dire : "pour moi le Monde a été créé". Rachi explique : " c’est-à-dire "je suis important comme un monde entier, et je ne dois pas m'abimer du monde (car la faute porte atteinte à toute l'existence de l'homme …) pour une faute". Et ainsi il se retiendra de commettre la faute".

C'est pourquoi la Torah dit ici (29,9) : "Vous vous tenez devant Hachem, vous-tous... tout homme d'Israël". Après avoir dit "vous-tous", la Torah ajoute "tout homme d'Israël". Cependant, chacun doit s'inclure dans la collectivité, comme nos 'Hakhamim le disent (Michna Avot, 1,14) : "si je n'agis pas pour moi-même, qui agira pour moi ?! et lorsque je suis pour moi (seul), que suis-je ?!"

Le Midrach (Tan'houma, ici) compare Israël à un fagot de roseaux. Lorsque tous les roseaux sont liés ensemble, il est impossible de les casser, mais chaque roseau séparément peut être brisé même par un petit enfant.

- D'autre part, la responsabilité commune s'étend dans le temps de telle sorte que l'alliance conclue par Hachem avec les Bené Israël dans le désert engage toutes les générations à venir (29,13-14).

- Enfin le verset (29,17) : "… de peur qu'il n'y ait parmi vous une racine qui produira des herbes amères …" nous met en garde contre les conséquences à long terme d'un égarement si léger soit-il de la pensée qui aurait un retentissement hors de proportion dans les générations à venir.

Le Ramban explique que le père constitue la racine, et le fils ce qui en pousse.

Il ajoute que si un ancêtre n'avait pas eu ne serait-ce qu'une pensée infime vers l'idolâtrie, il n'y aurait pas un descendant qui adhère à l'idolâtrie.

Rabbi Yerou'ham Levovitz (Daat Torah, p.67) commente les propos du Ramban que la pensée à laquelle Moché Rabénou fait allusion est celle citée dans les versets précédents (15-16) qui mentionnent les confrontations des Bené Israël avec les peuples d'Egypte et autres sur leur chemin après la sortie d'Egypte. Les Bené Israël ont constaté les abominations commises par les peuples ainsi que leurs pratiques répugnantes. Il conclut que même d'une rencontre "fortuite" et inspirant sur le moment le dégout, peut découler avec le temps un intérêt puis même un engouement pour ce mode de vie. C'est d'ailleurs ce qui se voit au fil des siècles, et particulièrement dans les générations récentes. Les mœurs "évoluent", et même très rapidement, de telle sorte que les comportements dissolus qui éveillaient "hier" la réprobation de tous sont devenus la norme au point que l'ensemble de la société regarde avec étonnement sinon avec une critique ouverte les défenseurs de l'ordre ancien. Plus de place à la moindre retenue ou décence élémentaire ! Plus de place à la révolte contre l'avortement ou l'euthanasie ! Ce sont devenus des attitudes "rétrogrades" hautement condamnables ! C'est là le résultat des germes insensibles de nombre de générations en amont. Il en est ainsi même chez les nations, mais encore plus gravement chez nous !

Rav Moché Ye'hiel Epstein (Beèr Moché, p.866) s'interroge sur la mention dans l'énumération des catégories du Peuple Juif dans notre Paracha (29,10) : "depuis le coupeur de ton bois, jusqu'au puiseur de ton eau" ? (Bien que Rachi rapporte à ce sujet l'exemple des Cananéens qui ont conclu alliance par ruse avec les Bené Israël, et ont été affectés au service du Michkan (Tabernacle) en tant que coupeurs de bois et puiseurs d'eau, Rav Epstein ne voit pas de raison de les citer, et encore moins de les considérer comme des "extrêmes" "depuis…jusqu'à…").

Rav Epstein explique que le verset fait en réalité allusion à deux personnages très "particuliers" de notre histoire : Avraham Avinou au sujet duquel la Torah dit (Beréchit 22,3) lors des préparatifs à la "Akéda" ("sacrifice" d'Its'hak) : "il fendit les bois du Korbane (l'Holocauste)". Et Eliahou HaNavi qui, lors de la manifestation au Mont Carmel destinée à ramener les Bené Israël à Hachem, en montrant l'inanité de l'idolâtrie (Melakhim I, 18,34) dit : "remplissez quatre cruches d'eau" (pour inonder l'autel avant d'implorer Hachem d'envoyer un feu Céleste pour consumer l'offrande).

De plus, lors de la Akéda, il est fait allusion au nom d'Eliahou avec l'emploi du terme mot "Ayil" (le bélier qui "remplaça" Its'hak), dont les lettres sont (dans le désordre) celle de "Eliah".

Rav Epstein montre ainsi que la Paracha fait allusion à la continuité de notre histoire qui commence avec Avraham Avinou, et dont la finalité est d'aboutir à la Gueoula (la Délivrance) qui sera annoncée par Eliahou HaNavi (Mal'akhi, 3,23-24).

La Paracha Nitsavim scelle donc toute notre histoire dans cette alliance où chacun est un maillon du Clal Israël.

C'est ce que nous avons déjà mentionné au nom de Rav Dessler (Mikhtav MeEliahou I, p.15) que chacun est au minimum un maillon de la longue chaîne qui va des Avot (Patriarches) à la Gueoula.

Notre approche du Monde diffère ainsi fondamentalement de celle des nations qui, tout en prétendant au progrès de l'humanité et de la civilisation, ne font que fragmenter en permanence l'existence individuelle ou collective. Chaque évènement est soigneusement expliqué comme "accidentel" et dissocié de la continuité de l'Histoire, dès lors qu'il ne présente pas les "qualités" permettant de s'en vanter comme d'une réussite.

Ainsi, les conflits (et surtout des défaites…) sont bien sûr, censurées des livres d'histoire des nations …), comme les massacres et autre faits honteux perpétrés par les peuples.

La Torah conclut la Paracha en nous engageant, au contraire, à affronter notre responsabilité envers les générations à venir (30,19) : "… et tu choisiras la vie, afin que tu vives, toi et ta descendance !".

Rav Moché Feinstein (Darach Moché, p.164) explique qu'il s'agit ici de montrer aux générations qui nous suivent une démarche vivante dans la Torah, apte à emporter leur adhésion, et non une démarche de "sacrifice" où nous "renoncerions" aux joies de la vie pour obéir à Hachem.

Sachons prendre place dans l'orchestre des générations en vivant avec vigueur et enthousiasme notre part dans l'Histoire du Monde.

שבת שלום !

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