Paracha Ki Tavo -5781 24.Aug.2021

Paracha Ki Tavo -5781

Paracha Ki Tavo

La Paracha Ki Tavo s'ouvre sur la Mitsva des "Bikourim" - les prémices (Devarim 26,1-11).

Chaque Juif propriétaire d'un terrain si petit soit-il où a poussé l'un des sept "fruits" caractéristiques d'Erets Israël : blé, orge, vigne, figue, grenade, olive ou datte, doit en apporter les premiers fruits au Beth HaMikdach (Temple). Toutefois, il ne s'agit pas uniquement de "livrer" les fruits au Beth HaMikdach. Cette Mitsva est accompagnée de tout un cérémonial : tout d'abord, le propriétaire présente les fruits au Cohen, en lui disant : "J'ai déclaré ce jour à Hachem ton Dieu que je suis venu au Pays que Hachem a promis à nos ancêtres de nous donner !" (26, 3).

Quel est le sens de la "déclaration" dont parle ce verset ?

Rav Zalman Sorotskin (Oznaïm LaTorah, 26,3) répond que le fait d'apporter en grand cérémonial les Bikourim jusqu'au Beth HaMikdach témoigne de la conscience du propriétaire que son champ lui est accordé à nouveau année après année par Hachem.

Mais la Mitsva ne s'arrête pas là !

Après que le Cohen a pris le panier de fruits des mains du propriétaire et les a déposés devant l'Autel de Hachem, le propriétaire reprend la parole et fait une autre déclaration rappelant les bienfaits de Hachem, depuis le moment où Yaacov Avinou a échappé aux desseins malveillants de Lavan, puis est descendu en Egypte où sa famille a "séjourné" et est passée d'un petit nombre à la dimension d'un peuple grand, puissant et nombreux.

Il mentionne ensuite les persécutions des égyptiens, et la Gueoula (délivrance) que Hachem nous apportée jusqu'à nous amener à cet endroit, pour nous donner ce Pays où coulent le lait et le miel.

Le propriétaire conclut en disant : "et maintenant, voici que j'ai apporté les prémices du fruit de la Terre que Tu m'as donnée, Hachem !" ; puis il dépose le panier de Bikourim devant Hachem et se prosterne devant Hachem.

Aucune autre Mitsva, même celles qui ont trait aux diverses offrandes qu'on doit apporter au Beth HaMikdach ou remettre au Cohen n'est accompagnée d'un tel cérémonial !?!

Notre Paracha décrit ensuite une déclaration qu'on doit faire en rapport, cette fois, avec les divers prélèvements qui s'appliquent aux productions agricoles (26, 12-15).

Après chaque période de trois ans, représentant un cycle complet de prélèvements, au seuil de Pessa'h de l'année suivante, chacun doit achever de disposer des prélèvements selon leurs attributions, puis s'adresser à Hachem et déclarer qu'il a accompli les Mitsvot relatives aux prélèvements comme il se doit, en ne transgressant aucune interdiction, et en n'omettant aucun détail d'application. Puis il conclut en demandant à Hachem d'accorder Sa Berakha (Bénédiction) à Son Peuple et à la Terre qu'Il lui a donnée conformément à Sa promesse aux Avot (Patriarches).

Là également apparaît une déclaration étonnante : affirmer avoir accompli au mieux la volonté de Hachem dans Ses Mitsvot. Il faut un haut niveau spirituel pour pouvoir faire une telle proclamation face à Hachem !

Un sujet d'étonnement supplémentaire : nos 'Hakhamim appellent ces deux proclamations "Vidouï" (confession), terme généralement réservé à reconnaitre nos fautes, alors qu'elles n'en ont apparemment aucune caractéristique !

Rav Chalom Chapira (HaMaor ChebaTorah, p.119) met en parallèle deux textes du Séfer Ha'Hinoukh (364 et 246) où il souligne que la parole réveille la conscience des choses. Toutefois cette explication n'explique pas l'emploi du terme "Vidouï" qui évoque pour nous l'aveu de fautes ?

Rav Moché Ye'hiel Epstein (Beèr Moché, 26,13) pose cette question en soulignant qu'alors que dans le "Vidouï" nous reconnaissons nos fautes, dans la proclamation accompagnant les Bikourim nous n'exprimons que la louange de Hachem pour Ses bienfaits ?!

Il répond en s'appuyant sur le Midrach (Cho'har Tov, 92) qui explique le Mizmor (Chapitre de Tehilim) 92 : "Mizmor Chir le Yom ha Chabat …" (Cantique du jour du Chabat) dont le second verset est : "Tov lehodot l' Hachem" (il est bon de manifester la reconnaissance à Hachem). Le Midrach explique que ce Mizmor a été exprimé par Adam Harichon pour enseigner à toutes les générations à venir les bienfaits de la Techouva.

Le verset suivant du Mizmor dit : "…pour exprimer le matin Ta bonté, et Ta Emouna les nuits…" Rav Epstein s'étonne du rapport fait par le Midrach entre la Techouva de Adam Harichon et la louange de Hachem qui suit ?!

Il en déduit que les termes de "Vidouï" et de "Hodaa" (reconnaissance) participent d'une même racine. Il le prouve à partir du Midrach (Beréchit Rabah, 71,5) qui relie la qualité de notre Mère Léa qui a appelé son quatrième fils "Yehouda" (de la racine "Hodaa") pour manifester sa reconnaissance à Hachem, à la qualité de ses descendants qui ont fait preuve de la même grandeur.

Or, les exemples cités par le Midrach sont Yehouda lui-même qui a "reconnu" sa responsabilité face à sa bru Tamar, et David HaMélekh qui a appelé à faire la louange de Hachem !

Le Midrach met donc ainsi sur un même plan la "reconnaissance" des erreurs et la "reconnaissance" pour les bienfaits !

Rav Epstein conclut qu'en réalité les deux aspects de la reconnaissance ne font qu'un, car la conscience des bienfaits de Hachem réveille l'homme à reconnaitre son manque de mérite face aux cadeaux permanents que Hachem lui octroie.

C'est également le sens de la Berakha que l'on récite suite à un sauvetage miraculeux : "Qui accorde aux "fautifs" des bienfaits …".

Rav Its'hak Hutner (Pa'had Its'hak, 'Hanouka, Maamar II, Chap.2) développe le lien en Lachone HaKodèch (la Langue Sainte) entre les deux racines "reconnaitre", l'une dans le sens "avouer", et l'autre dans le sens "remercier"…

Il souligne cette dualité dans la Berakha de la Tefila, "Modim" où nous répétons ce terme deux fois : une première pour reconnaitre l'autorité de Hachem, et une seconde pour Lui manifester notre reconnaissance pour Ses bienfaits permanents.

Ce mouvement de reconnaissance est "alternatif" :

- pour faire Techouva, nous devons reconnaitre les bienfaits dont Hachem nous "gâte" …

- pour reconnaitre ces cadeaux, il nous faut toutefois d'abord prendre conscience que c'est de Hachem qu'ils nous proviennent …

Mais pourquoi l'action même d'apporter les Bikourim ne suffit-elle pas à manifester notre prise de conscience et notre reconnaissance ?!

Rabbi Yerou'ham Levovitz (Daat Torah, p.32) cite les paroles du Ramban dans son commentaire de la Torah, à la fin de la Paracha Bo (Chemot 13, 16). Le Ramban explique que l'ensemble des Mitsvot a pour objectif de manifester notre conscience de l'Autorité de Hachem (la Création, l'intérêt pour les faits du Monde, et l'Intervention de Hachem dans la vie terrestre …). De plus, on montre par là la reconnaissance des bienfaits prodigués à ceux qui accomplissent Sa Volonté, comme en témoigne la Sortie d'Egypte liée aux mérites des Avot (Patriarches).

Tel est le sens de la Tefila que l'on récite à voix haute, et de l'existence des Baté Knesset (les Synagogues) où nous exprimons collectivement que nous sommes Ses créatures … (Ramban).

Rabbi Yerou'ham conclut qu'il ne suffit pas de dire "à la sauvette" quelques paroles comme c'est l'habitude. Il faut formuler clairement notre reconnaissance à quiconque nous a fait du bien, car la parole est une part de notre devoir autant que l'action !

Rabbi Yerou'ham se réfère ici au verset (Beréchit 2, 7) : "et l'Homme fut une âme vivante" que Onkelos traduit par : "un souffle parlant". La dimension essentielle de l'Homme tient dans la parole.

Rav Chalom Noa'h Bérézovski (Netivot Chalom, p. 154) remarque que la Mitsva des Bikourim, qui manifeste notre soumission totale à Hachem (en reconnaissant que notre production ne nous appartient pas réellement, mais qu'elle est en fait une gratification de Hachem), débouche sur une "Hichta'havaa" (le fait de se prosterner de tout son long, en signe de soumission absolue …) après notre déclaration de reconnaissance à Hachem. Le sommet d'acceptation de l'Autorité de Hachem n'est atteint qu'après l'avoir exprimé par la parole !

Notre Paracha vient donc nous hisser au plus haut niveau de la Avoda (le Service de Hachem), illustré par la Hichta'havaa (le fait se prosterner) comme nous le faisons à Yom Kippour dans la Tefila.

La Paracha Ki Tavo nous conduit donc vers les Yamim Noraïm (les jours "redoutables") Roch Hachana et Yom Kippour destinés à accéder au lien le plus puissant avec Hachem !

Rav Eliézer RISSMAK  –  Yechiva OHALE YAACOV                            Tel. France : 01 77 47 24 71  –  Israël : 05 33 12 24 36