Paracha Haazinou - 5782 13.Sep.2021

Paracha Haazinou - 5782

Paracha Haazinou

La Paracha Haazinou est l'avant-dernière Paracha de la Torah et se définit comme celle de l'Histoire.

Dans la Paracha précédente, Vayélekh, Hachem annonce à Moché Rabénou les péripéties de l'avenir de son Peuple, qui commencera par se détourner de Hachem après sa mort.

Hachem annonce qu'Il voilera alors Sa présence, et abandonnera Son Peuple qui sera persécuté par les nations.

Hachem ordonne ensuite à Moché d'écrire la "Chira" (le Cantique) et de la rendre familière aux Bené Israël afin qu'elle serve de témoignage à Hachem face aux Bené Israël (Devarim 31, 19-21).

Cette "Chira" est la Paracha Haazinou, écrite dans le Sefer Torah en "pavés" décalés comme la Chira de la Paracha Bechala'h, le cantique déclamé par Moché Rabénou et les Bené Israël après le passage de la Mer Rouge (Chemot 15, 1-19).

La Paracha décrit donc tous les développements de l'Histoire, depuis les bienfaits que Hachem nous prodigués, jusqu'à l'aboutissement ultime de l'Histoire du monde lorsque les évènements nous auront ramenés à Hachem, et qu'Il nous sauvera de nos ennemis, et que les nations feront la louange du Peuple de Hachem lorsqu'Il "vengera" le sang de Ses serviteurs massacrés au fil des siècles et fera payer Ses ennemis (32, 43).

Le sens du mot "Nekama" (32, 14), habituellement traduit de façon inexacte par "vengeance", est totalement différent de la perception courante.

Rav Chimchon Raphaël Hirsch (Beréchit 4, 15) relie ce terme à la racine "Koum" (se lever), et explique que la "Nekama" n'a pas un but vindicatif, mais uniquement la restauration du Droit, et le rétablissement de celui qui a été lésé.

Dès le début de la Paracha, le verset (32, 7) nous engage à nous pencher sur le passé : "Souviens-toi des jours du monde, comprenez les années de génération en génération… !". Rav Rottenberg, zatsal, notre Rav, traduisait "chenot" (années) par les "changements" …)    

La Torah conclut clairement sur cette recommandation : étudier l'Histoire !

Analysons donc le sens de cette étude.

L'Humanité consacre, en vérité, beaucoup d'énergie à ce sujet, mais dans quel intérêt ?

Dans un monde où règne la négation de la Création et l'affirmation que tout est "accidentel", quel sens y a-t-il à se pencher sur les faits du passé qui ne sont plus d'actualité ?!

Pourquoi accorder tant de soins à analyser les comportements des divers peuples, les conflits et invasions de toutes sortes, les "progrès" ou "régressions" variés dans les civilisations disparues, qu'ils aient ou non laissé des traces dans les mœurs de leurs successeurs (comme, par exemple les grecs et les romains, considérés comme les prédécesseurs de la "civilisation" occidentale actuelle) ?!

Certains "penseurs" comme les précurseurs du nazisme, prolongèrent les théories fumeuses des "évolutionnistes" en développant une conception "élitiste" de l'Histoire humaine, où règnerait la "loi de la jungle", et où seuls les plus forts devraient subsister ! Tel est l'aboutissement d'un regard "aléatoire" sur le monde.

En réalité, l'Histoire ne peut s'étudier sérieusement qu'à l'éclairage de la Présence du Créateur, comme l'a compris le plus grand philosophe de tous les temps, Avraham Avinou. Nos 'Hakhamim (Beréchit Rabah 39, 1) nous expliquent que la démarche initiale d'Avraham a consisté à observer le monde et à en voir l'harmonie profonde. Il en a déduit l'existence d'un "Maître du palais", Qui détenait certainement le contrôle sur le fonctionnement de Son œuvre. Qui dit contrôle dit objectif, donc un suivi du début à la fin. C'est le principe fondamental de notre approche de l'existence découverte par Avraham puis révélée lors de Matane Torah (le Don de la Torah) au Sinaï.

Rav Dessler explique ainsi (Mikhtav MéEliahou, vol. I, p.103; vol. II, p.21) au nom de son maître, Rav Tsvi Hirsch Broydé, que le temps n'est pas le simple déroulement des évènements. C'est une réalité dans laquelle l'homme évolue, passant successivement par les "stations" établies au fil des moments de la Création. On atteint ainsi chaque semaine la station Chabat, chaque mois la station Roch 'Hodèch, et chaque année on repasse par les stations des "Moadim" (les "rendez-vous") que sont la Sortie d'Egypte à Pessa'h, le Don de la Torah à Chavouot, etc…

L'ensemble de l'Histoire du Monde, ne peut donc pas se résumer à un regard de Hachem au début, puis à la fin, comme pour "constater" comment les choses ont abouti finalement, comme "malgré Lui" (comme un chercheur dans son laboratoire). 'Hass veChalom d'imaginer le monde "à l'abandon" !

Rabbi Moché 'Haïm Luzzato (Maamar Ha'Hochma) explique le texte de la Berakha de "Zikhronot" ("souvenir") qui est intercalée dans la Tefila de Moussaf de Roch Hachana : "Tu te "souviens" …" comme représentant le Jugement. Il dit que ce jugement comprend un regard sur tout le passé, le présent et l'avenir. Tout le déroulement passé, présent et à venir de la Création est pris en compte à chaque Roch Hachana pour définir l'intervention Divine.

Hachem suit le parcours du monde avec précision, pas à pas pour le mener à son épanouissement. L'Histoire des évènements passés n'a donc de sens qu'au regard de l'objectif final que Hachem "accompagne" tout au long des générations.

Rabbi Yerou'ham Levovitz (Daat Torah Devarim p.127; Chemot p.55-65) développe la notion que le regard sur le passé est indispensable pour accéder à la perception du but à venir lors de la venue du Machia'h et du "Olam Haba" (le Monde à venir).

Il souligne que Yaacov Avinou a réuni ses fils en leur annonçant son intention de leur dévoiler l'aboutissement de l'Histoire. (Même s'il a été empêché de révéler à ses fils pour une raison connue de Hachem seul, la véracité de cette visée reste entière…).

Rabbi Yerou'ham explique ainsi au début de la mission de Moché Rabénou pour la Sortie d'Egypte la différence des termes désignant la conduite du Monde par Hachem.

Le "Nom" "Chadaï" révélé aux Avot (nos Patriarches) s'applique au cours de l'Histoire, tandis que le "Nom" en quatre lettres que nous lisons "Adonaï" manifeste la réalisation manifeste.

Sans visée vers l'avenir, l'étude du passé ne présente aucun intérêt, et la vie elle-même perd tout son sens.

C'est ce qui se manifeste de plus en plus à nos yeux dans un monde qui perd progressivement tous les repères qu'il croyait détenir, et où la consommation et l'instant présent occupent la place de tous les projets qui animaient les générations antérieures.

Rav Chalom Noa'h Bérézovski (Netivot Chalom, p.213) explique que l'importance centrale de la "Chira" de notre Paracha dans la Torah tient dans le fait qu'elle établit la dimension d'éternité du Peuple Juif, le Peuple de Hachem. Elle couvre le passé, le présent et l'avenir, car notre lien à Hachem garantit notre pérennité.

Rav Chimchon Raphaël Hirsch remarque (Chemot 12, 3-6) qu'à la différence des nations qui se constituent sur la base d'intérêts matériels communs, sous forme d'assistance mutuelle, Israël est construit exclusivement sur les structures familiales centrées sur le lien avec Hachem. Il souligne de même (Chemot 6, 8) que nous sommes devenus une nation encore avant d'accéder à un pays nous appartenant.

Tous les peuples qui se sont succédés au sommet de l'histoire humaine, fiers de leurs conquêtes, de leurs réalisations techniques, architecturales, culturelles, ont disparu les uns après les autres.

Notre Peuple est habilité à s'occuper d'Histoire (avec un "H" majuscule !) car il est le seul Peuple qui sait que l'Histoire s'étudie au futur plus encore qu'au passé, et que la vraie fierté doit être dans notre réalisation à venir et non des conquêtes périmées comme celles du quotidien des grandes nations d'aujourd'hui.

L'existence de notre Peuple ne réside pas dans sa terre, mais dans notre lien éternel avec la Torah. La Chira de Haazinou témoigne de sa pérennité jusqu'à la Gueoula que nous attendons, qu'elle vienne bientôt.

שבת שלום !

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