Paracha Ekèv - 5781 30.Jul.2021

Paracha Ekèv - 5781

Paracha Ekèv - 5781

La Paracha Ekèv développe abondamment les "avantages" du respect des Mitsvot de Hachem.

Au début de la Paracha, le texte dit : "…Ce sera si vous gardez ces lois…" (Devarim 7, 12-16). Puis : "Toute la Mitsva … afin que vous viviez …" (8, 1). Et ensuite : "Et tu garderas les Mitsvot de Hachem … car Hachem t'amène vers un bon pays …" (8, 6-10).

Et ainsi tout au long de la Paracha, jusqu'au second paragraphe du Chema (11, 13-21) : "…Ce sera, si vous écoutez Mes Commandements (Mitsvot) … Je donnerai (la pluie pour votre terre…) … prenez garde à vous de peur que votre cœur ne soit séduit … Et vous placerez Mes paroles que voici sur votre cœur et sur votre âme… et vous les enseignerez à vos fils, pour en parler, lorsque tu résideras dans ta maison, et lorsque tu iras en chemin, et à ton coucher et à ton lever … afin qu'augmentent vos jours et les jours de vos fils…".

L'enchaînement des versets de ce passage de la Torah que nous récitons matin et soir dans le Chema est curieux :

- Pour commencer, dans le premier paragraphe du Chema (Devarim 6, 4-9), Hachem nous demande de L'aimer "de tout notre cœur (avec nos deux penchants), de toute notre âme (notre vie), de toutes nos ressources (au prix de tout "sacrifice" financier …).

Par contre, dans le second paragraphe, seuls les deux premiers termes sont repris, mais l'élément "financier" n'est pas répété. Comment comprendre cette différence ?

Nos Maitres expliquent que le premier paragraphe du Chema qui est exprimé au singulier, s'adresse aux individus d'exception, aptes à se reposer intégralement sur Hachem pour leur subsistance, tandis que le second, exprimé au pluriel, concerne l'ensemble du Peuple de Hachem, au sein duquel de nombreux individus ne sont au niveau de ne pas être soucieux quant à leurs moyens d'existence. (Voir Guemara Berakhot, 35b, où sont développés les deux chemins, l'un présenté par Rabbi Chimon Ben Yo'haï, qui l'a illustré dans sa propre démarche, l'autre expliqué par Rabbi Yichmaël, comme approprié au minimum à chaque Juif).

- Une question plus complexe concerne le sens général de ce passage : Le texte commence (11,13) en s'adressant à nous en tant que juifs qui "écoutent" les Mitsvot. Puis il nous promet, à ce titre, les moyens de subsistance (14-15). Ensuite, le verset nous met en garde contre la tentation de faire un "écart", qui nous mènerait jusqu'à l'idolâtrie (16). La conséquence serait la "colère "de Hachem qui se manifesterait par la perte de nos moyens, jusqu'à notre disparition de la Terre d'Israël (17).

Le verset suivant nous enjoint de "placer" les paroles de Hachem sur notre cœur, et de les attacher dans les Tefilin (18).

Puis vient la Mitsva de les enseigner (les Mitsvot) à nos fils afin qu'ils "en" parlent, dans tous les moments de notre existence (19). Et enfin, après le rappel de la Mitsva de fixer la Mezouza à nos portes (20), la Torah nous promet par "ce" mérite la "longévité" (21).

Comment comprendre cet enchainement de versets hétéroclites, entre notre dévouement à Hachem, la garantie de notre subsistance, la tentation menant à "l'idolâtrie", l'enseignement aux enfants et pour finir la promesse de jours nombreux ?!

Ce paragraphe, s'adresse, comme nous l'avons vu, à l'ensemble de la population et prend en compte les préoccupations matérielles. L'essentiel des soucis et des réflexions de l'homme tournent autour de ses besoins et satisfactions matériels, et non sur des questions "philosophiques". C'est ce qui explique que le "dérapage" mentionné dans le verset (16), susceptible de déboucher jusqu'à l'idolâtrie, a sa place au sein des préoccupations du quotidien, et non dans un contexte spécialement consacré au monde des "idées" !

Toutes les idéologies au monde ne viennent, en vérité, que conforter un choix d'existence. C'est en fonction des "goûts" et choix de vie que s'élaborent les systèmes philosophiques, sociaux, ou politiques ! C'est pourquoi il est commun que les générations se succèdent avec des options politiques ou socio-idéologiques très différentes, sinon même opposées.

Un père ne se formalise pas de ce que son fils ne partage pas ses passions, de même personne ne s'étonne de ce que les courants de pensées varient d'époque en époque.

Notre héritage, la Torah, est aux antipodes d'une telle approche de la vie !

Dès la première révélation de Hachem à Avraham (Paracha Vayéra - Beréchit 18, 1-21), après que Avraham a accompli la Brit Mila (Circoncision), Hachem souligne ce qui justifie Son amour pour Avraham. Lorsque Hachem annonce Son intention d'informer Avraham de la condamnation des villes Sedom et Amora (Sodome et Gomorrhe) en raison de leur système social inique, Hachem définit la grandeur qu'Il apprécie chez Avraham (Beréchit 18, 17-19) : "…car Je l'aime pour ce qu'il ordonnera à ses fils et à sa maison après lui, qu'ils gardent le chemin de Hachem …".

La dimension particulière d'Avraham est de ne pas concevoir son attachement à Hachem comme une conception philosophique, mais avec la conscience du lien réel de créature à son Créateur.

De même que les parents s'évertuent à préparer la carrière de leurs enfants, Hachem souligne chez Avraham la reconnaissance de la vraie réussite dans la vie.

Tout comme les parents orientent énergiquement leurs enfants vers les filières qui leur semblent les plus prometteuses, mettant tout le poids de leur influence dans la balance, Hachem attend de chacun de nous, héritiers d'Avraham que nous suivions la voie de notre glorieux ancêtre.

Nous comprenons ainsi le lien entre les versets successifs de notre passage. Même si la Torah s'adresse ici à la population "moyenne" qui n'est pas (encore) prête à s'en remettre totalement à Hachem, telle la génération du désert nourrie par la Manne, chacun doit toutefois rester conscient que la nature et les mécanismes socio-économiques cachent en réalité la Main de Hachem.

Le Navi (Prophète) Yirmia (2, 31) le dit à ses contemporains "voyez la Parole de Hachem", en leur produisant le flacon de Manne du Beth HaMikdach pour leur montrer que c'est Hachem qui nous nourrit, et non nos efforts démesurés, et leur rappeler que leur fonction essentielle sur terre est d'étudier la Torah (Midrach Mekhilta Bechala'h sur le verset Chemot 16,33).

Ainsi, après la mise en garde contre les pièges menant à l'idolâtrie, à savoir les préoccupations matérielles exagérées, le verset nous engage à mettre ces paroles sur notre cœur, puis à les enseigner à nos fils afin de mériter ainsi qu'eux une "abondance de jours" sur terre.

Rav Its'hak Zeèv Yadler (Tiférèt Tsion sur le 'Houmach, 11, 19) souligne que le premier paragraphe du Chema s'adresse à celui qui se consacre intégralement à l'étude de la Torah et doit donc parler, lui-même, uniquement de Torah : "…et tu parleras d'elles (les paroles de la Torah) lorsque tu es assis dans ta maison, et lorsque tu vas en chemin …") (6,7).

Par contre, le second paragraphe concerne ceux qui sont "actifs", (et c'est pourquoi le mot "méodekhèm" (vos moyens) est absent de ce passage…), et l'obligation de ne parler que de Torah ne s'applique qu'aux fils, qui n'ont pas encore le poids d'une famille à entretenir.

Le père a cependant la responsabilité de guider son fils dès son plus jeune âge sur la bonne voie. A ce titre, nos 'Hakhamim nous enseignent (Midrach Sifré sur le verset Devarim 11,19) : "…afin de parler d'elles…" (les paroles de la Torah) : nos Sages en déduisent : lorsque le petit enfant commence à parler, son père parle avec lui en Lachone Hakodèch (la "langue sainte", à ne pas confondre avec l'ivrit moderne, avatar de mélanges d'influences étrangères …), et lui enseigne "Torah"; et s'il ne le fait pas, c'est comme s'il l'enterrait, comme les versets disent "…vous enseignerez …afin qu'augmentent vos jours et les jours de vos fils …".

Rav Ye'hézkel Sarna (Dalyot Ye'hézkel sur la Torah, p.213) dit qu'il ne s'agit pas encore ici d'une véritable étude, mais des premiers balbutiements de l'enfant. Le début est le pas décisif par lequel le reste de l'existence est orienté. Pareillement, dit-il, pour un adulte, c'est le démarrage de la journée qui doit être réservé dès l'éveil à la Torah et à la Kedoucha exprimée par notre Lachone Hakodèch.

Sachons échapper aux séductions du monde étranger à nos valeurs, et accomplir pleinement, tant pour nous-mêmes que pour nos enfants, la prescription de la Torah que nous répétons chaque jour, matin et soir dans le Chema.

שבת שלום !

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