Paracha Devarim - 5781 16.Jul.2021

Paracha Devarim - 5781

Paracha Devarim - 5781 

Ce Chabat, nous entamons la lecture du Séfer Devarim, cinquième et dernier livre de la Torah.

Ce Séfer soulève une question complexe :

- d'un côté ce Séfer semble avoir été intégralement produit par Moché Rabénou, essentiellement rédigé à "la première personne" en tant que discours de Moché Rabénou lui-même.

De plus la Guemara (Meguila 31b) dit que les remontrances de la Paracha Ki Tavo (Devarim 28, 15-69) ont été prononcées par Moché Rabénou, à la différence de celles de la Paracha Be'houkotaï (Vayikra 26,14-43) qui ont été exprimées directement par Hachem.

- d'un autre côté, la Torah est une entité reçue de Hachem. Aussi, comment envisager qu'un des cinq Sefarim ne soit pas l'expression exacte du message de Hachem ?!

En réalité, cette question dépasse le cas particulier du Séfer Devarim. La Torah relate abondamment divers événements, et rapporte littéralement les propos et les actes de personnages variés, Tsadikim et autres. Là aussi, nous pouvons nous interroger sur la dimension "Divine" de la Torah ?!

Rav Guedaliahou Schorr (Or Guedaliahou, p. 170) cite les Commentateurs, et en particulier le Keli 'Hemda (Devarim 4, 1-2) qui explique que certainement la Torah entière a été écrite sous la dictée de Hachem. Il cite à l'appui la Guemara Bava Batra 15a) qui souligne que même les derniers versets à partir de "vayamot Moché" - Moché est mort. "Hachem dictait et Moché Rabénou écrivait avec des larmes".

La Michna (Sanhédrin 90a) dit : "… et voici ceux qui n'ont n'auront pas part au Monde Futur … et celui qui dit que la Torah n'est pas "min haChamaïm" (issue du Ciel) …". La Guemara (99a) explique que les paroles de cette Michna s'appliquent jusqu'à celui qui dit que toute la Torah est "min haChamaïm" sauf ce verset que Hakadoch Baroukh Hou n'a pas dit mais que Moché a écrit de sa propre initiative… et même …sauf cette déduction, ce "Kal va'homer" (raisonnement "a fortiori"), cette "Guezéra chava" (lien entre deux versets par un mot semblable).

Il ressort donc clairement que la Guemara (Meguila 31b) citée plus haut ne peut pas être comprise au sens strictement littéral. Le commentaire de Tossefot ('Hakhamim suivant Rachi) explique que cette Guemara enseigne que Moché Rabénou a exprimé lui-même ces paroles par "Roua'h HaKodèch" (inspiration Divine proche de la Nevoua - Prophétie).

Le Midrach Tan'houma (Beréchit 1) dit que Hachem a créé le Monde sur la base de la Torah. Il ajoute : "et comment la Torah était -elle écrite ? sur un feu blanc avec un "feu noir" !". Nous ne comprenons évidemment pas en quoi consistent ces "feux" ?! Mais il est clair que la Torah existait intégralement, non seulement avant la Sortie d'Egypte et Matane Torah (Don de la Torah), mais avant-même la Création.

Le Maguid MiDouvno (Ohel Yaacov Devarim) cite le Gaon de Vilna qui explique que la différence entre le Séfer Devarim et les autres Sefarim est que les quatre Sefarim (Beréchit, Chemot, Vayikra et Bamidbar) avaient été entendus "de la bouche de Hachem Lui-même" par le biais de la gorge de Moché. Quant au Séfer Devarim, les Bené Israël l'ont entendu comme chaque Nevoua (Prophétie), c’est-à-dire de la bouche de Moché Rabénou.

Le Ramban (Vayikra 26,16) explique la différence entre la Tokha'ha (la Remontrance) de la Paracha Be'houkotaï qui est exprimée à la première personne (Je), et celle de la Paracha Ki Tavo dite à la troisième personne (Hachem fera…). Il reprend les termes de la Guemara Meguila (citée plus haut) que la Tokha'ha du Séfer Devarim (KI Tavo) a été exprimée par Moché. Le Ramban souligne que Hachem a fait de Moché Rabénou son "Mandataire" pour l'exprimer.

Rav Chavel (commentaire imprimé dans l'édition Mossad H.R.K du Ramban) rapporte le Zohar HaKadoch (Vaèt'hanan, 265,1) pour clarifier ces paroles du Ramban. Le Zohar s'étonne sur l'enseignement que Moché a prononcé les versets de Ki Tavo "de lui-même" ?!

Or, même la plus petite lettre dans la Torah n'a pas été dite par Moché lui-même !

Le Zohar répond qu'il n'a pas été dit "de lui-même", mais "de sa bouche", c’est-à-dire du niveau particulier de Nevoua qui caractérise Moché Rabénou (à la différence des autres Neviim (Prophètes).

Le Ramban développe cette notion dans son introduction à son commentaire sur la Torah. Il souligne que la Torah s'exprime à la troisième personne, y compris lorsqu'elle arrive à l'époque de Moché Rabénou, comme si elle était écrite par un tiers. Il s'appuie sur le Midrach (cité plus haut) que la Torah était écrite en "feu noir" sur feu blanc.

La Torah entière est donc parvenue de la "Bouche de Hachem" à l'oreille de Moché Rabénou.

Plus loin dans cette introduction le Ramban explique que la Torah entière est les "Noms de Hachem". (Rav Chavel cite la source dans le Zohar HaKadoch (Yitro, 87,1), et rapporte les paroles du Ramban lui-même qui développe dans une Dracha que ces "noms de Hachem" consistent en les racines de chaque réalisation dans la Création).

Le Ramban précise que le texte de la Torah précédant la Création était écrit d'un seul tenant, sans découpage en mots. Aussi elle peut être lue en "Noms de Hachem" selon un partage, et selon la manière dont elle nous a été transmise en directives et Mitsvot. Moché l'a reçue à écrire sous la forme qu'il nous a remise, et en Torah orale la lecture en "noms de Hachem".

Le Ramban conclut en précisant que ses explications profondes au long de son commentaire sont réservées à ceux qui ont reçu les "clés" par un Maître détenteur de la transmission habilité à la transmettre à un disciple approprié.

Quiconque chercherait à comprendre par sa propre logique s'expose au danger de déviances graves. Le Ramban nous a gratifiés en plus dans son commentaire d'explications accessibles à chacun, et c'est de cela que nous devons nous satisfaire.

Rabbi Moché 'Haïm Luzzato (Maamar HaHagadot) explique que nos 'Hakhamim ont délibérément "codé" les enseignements profonds de la Torah afin qu'ils soient réservés à ceux qui en sont dignes, et aptes à les comprendre convenablement.

Notre époque est caractérisée par un engouement particulier pour tout ce qui est "ésotérique", et n'importe qui, jusqu'aux personnages les moins remarquables dans leurs mœurs, se targue d'étudier la "Kabale" (du mot "Kabala"- enseignement reçu). Il va de soi qu'une telle démarche est à l'opposé du respect fondamental de la Volonté Divine.

Le Séfer Devarim est une source précieuse d'enseignements fondamentaux pour notre quotidien, que les Grands de la Torah de toutes les générations étudiaient assidument. Profitons pleinement de ce trésor à la mesure de nos capacités pour nous rapprocher autant que possible de la perfection que Hachem nous assigne.

שבת שלום !

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