Paracha Reéh - 5781 06.Aug.2021

Paracha Reéh - 5781

Paracha Reéh - 5781 

La Paracha Reéh commence en définissant la Berakha (Bénédiction) et la Kelala (malédiction).

La Berakha réside dans le contact constant avec Hachem.

La Kelala résulte de l'abandon des Mitsvot, qui mène directement à l'attachement à des divinités "étrangères". Les divinités sont désignées comme étrangères car elles sont, en réalité, étrangères même à ceux qui leur dédient un culte, dans la mesure où aucune "divinité" ne peut réellement apporter satisfaction à ceux qui l'implorent. La divinité est donc "étrangère", comme "indifférente" aux préoccupations.

Moché Rabénou dicte ensuite (11, 29-30) la Mitsva de présenter la Berakha et la Kelala dans une "manifestation" aux deux montagnes, Har Guerizim et Har Eival (voir la définition précise de cette Mitsva plus loin, chap.27, 11-26).

Moché Rabénou nous transmet maintenant les Commandements de Hachem que le Clal Israël doit accomplir dès son entrée en Erets Israël.

L'essentiel du texte qui suit porte sur le choix par Hachem d'un endroit où résidera particulièrement Sa Présence. C'est là, à l'endroit désigné pour le Beth HaMikdach (Temple) que nous devons concentrer toute notre disponibilité au contact avec Hachem. Que ce soient les Olot (Holocauste, entièrement consumé sur le Mizbéa'h – l'Autel), manifestant notre dévouement sans réserve à Hachem, ou les Chelamim (les offrandes dont une partie est consommée par celui qui l'apporte avec ses invités), tous les Korbanot participent du même élan de nous en remettre totalement à Hachem pour l'existence-même, et pour le "confort" dans le quotidien.

Toute notre approche de la vie tient dans cette compréhension de la Berakha.

A l'opposé des peuples de la Terre qui luttent sans relâche pour leur existence et leur bonheur, et se mesurent constamment aux "forces" de la nature qu'ils parent de toutes sortes de pouvoirs autonomes.

Le Rambam (Hilkhot Avoda Zara, 1, 1-2) nous explique le mécanisme par lequel s'est opérée cette chute vertigineuse des descendants de Adam Harichone, qui avait été créé par Hachem, et dont la conscience de son lien avec son Créateur ne comportait pas la moindre zone d'ombre.

Les tous premiers hommes à dévier du lien exclusif à Hachem (la génération d'Enoch, petit-fils d'Adam Harichone) pensaient honorer Hachem en manifestant de la considération à Ses "serviteurs", les astres et les constellations qui participent à l'équilibre et au fonctionnement du monde.

Le culte qu'ils leur dédiaient visait à trouver grâce aux yeux de Hachem.

Au fil des générations, des représentations produites par des faux-prophètes apparurent dans les lieux de culte, qui détournèrent progressivement l'élan des personnes de faible compréhension de Hachem vers les puissances supposées.

Puis vint le temps des "prophètes" qui prétendaient que telle ou telle puissance s'était adressée à eux pour dicter une forme de culte et les actions à bannir.

Arriva le moment où l'ensemble de la population oublia Hachem, et ne vénérait plus que la représentation en bois ou en pierre dans le temple idolâtre où ils étaient habitués à se prosterner depuis leur plus jeune âge.

Seuls des êtres d'exception subsistèrent, conscients de la présence de Hachem.

C'est sur ce "terrain" que se dressa Avraham, le "révolutionnaire" qui s'engagea dans une campagne de sensibilisation généralisée de l'humanité.

Ces prémisses sont nécessaires, dans un monde où est répandue l'idée d'une humanité en progrès, évoluant depuis les peuplades "primitives" vers une compréhension "meilleure" du monde.

Rav Avigdor Miller (Am Segoula, I, paragraphes 17, 18, 27, 30 et autres), démontre que la vérité est toute autre, l'humanité ayant progressivement glissé jusqu'à la barbarie que nous connaissons.

Les mœurs sauvages, y compris la pratique des sacrifices humains ne sont pas des manifestations de peuplades "primitives", mais de groupes humains "dégénérés", ayant perdu tout souvenir de nos ancêtres communs Adam puis Noa'h, et du lien à Hachem.

Photo : Rav Avigdor Miller

Nous pouvons maintenant aborder la lecture des versets (12, 1-3) qui introduisent la Mitsva de se tourner vers Hachem dans l'endroit privilégié choisi par Lui, Yerouchalaïm et le Beth Hamikdach (le Temple) : "Voici les décrets et les lois que vous garderez pour les accomplir dans le pays que Hachem, le Dieu de tes ancêtres t'a donné pour en prendre possession, tous les jours que vous vivez sur la terre. Vous détruirez complètement tous les lieux où les peuples ont servi leurs divinités, les peuples que vous remplacez… et vous démolirez leurs autels, et vous briserez leurs stèles, et vous brûlerez par le feu leurs arbres sacrés, et vous mettrez en morceaux leurs idoles ; et vous effacerez leur nom (souvenir) de cet endroit".

Cette sorte de recommandation est loin d'être exceptionnelle, et revient plus d'une fois dans la Torah. Pourquoi un tel "acharnement" ?!

Nous baignons dans une atmosphère globale de respect de la culture humaine. La "civilisation" dominante dans le monde, celle du "monde occidental" a imposé ses normes, avec, entre autres, la préservation du "capital culturel" de l'humanité. A ce titre sont conservés "religieusement" tous les vestiges des "civilisations antiques, entre autres les temples où se pratiquaient les sacrifices humains …

Il est vrai que cette considération ne s'applique qu'une fois anéantie ou, au moins, dominée et réduite, la culture différente.

Toutefois ce message de "tolérance" et "d'apitoiement" n'est que mascarade et voile les conflits d'intérêts permanents inhérents au monde de l'idolâtrie, c’est-à-dire de la négation de la Présence Divine.

Les sacrifices humains n'existent certes plus sous leur forme "primitive", mais la démarche individuelle de "concours" effréné, de "loi de la jungle" continue à prévaloir au niveau individuel et au niveau collectif.

Face à cela, il ne peut être question de "tolérance", de respect des cultures !

Pourrions-nous concevoir qu'un musée conserve, à titre culturel uniquement (bien sûr !!...), des souvenirs de l'épopée nazi ?! Ou encore des horreurs des croisades, des lieux de torture et des buchers de l'inquisition, des pogromes avec leur cortège d'atrocités ?!

Pourquoi, alors, devrions-nous être complaisants envers toutes ces "civilisations" (en particulier celle que nous côtoyons encore au présent …) qui ont terni la conscience de Créateur dans l'humanité ? Tout ce que nous avons souffert au fil des siècles n'est dû qu'à cette obscurité qui aveugle et porte ses effets jusqu'à chacun de nous par extension.

Rav Mordekhaï Cohen, un des Talmidim du Ari Zal, explique (Sifté Cohen p.78) que l'idolâtrie imprègne les endroits où elle est pratiquée d'une Toum'a (impureté) qui contamine ceux qui y viennent ensuite. Il est donc impossible de construire une démarche saine dans un tel endroit.

Rav Tsvi Hirsch Ferber (Kerem Hatsvi, p.62) rapporte les paroles de Rav Mordekhaï Cohen, et critique à ce titre ceux qui, au lieu de construire intégralement un Beth Haknésset (Synagogue), se contentent de "réhabiliter" un lieu de culte étranger en le transformant en Beth Haknésset (fait qui était couramment pratiqué à son époque en Amérique).

Rav Yossef Salant (Beèr Yossef, p.178) explique ainsi le dialogue entre Moché Rabénou et les deux tribus (Reouven et Gad) qui avaient demandé à s'installer dans les territoires conquis à l'est du Yarden. Ils avaient sollicité l'autorisation de construire des enclos pour leur bétail, et d'installer leurs enfants dans les villes, avant de se joindre à leurs frères pour la conquête d'Erets Israël. Moché Rabénou leur répondit en inversant l'ordre de leur programme, pour privilégier l'installation de leurs enfants avant la construction des enclos pour le bétail.

Comment comprendre une erreur aussi grossière de privilégier les troupeaux au détriment des enfants, de la part d'hommes qui avaient vécu quarante ans aux côtés de Moché Rabénou ?!

Rav Yossef Salant explique qu'en réalité ils ne négligeaient pas leurs enfants, mais qu'ils pensaient que leurs besoins étaient déjà satisfaits par les villes qui avaient été conquises sans coup férir, et qui étaient intégralement intactes et habitables. C'est cette erreur que Moché Rabénou corrigea, en leur exprimant qu'il était inenvisageable que leurs familles s'installent dans des villes qui avaient été conçues pour la vie dévoyée des cananéens.

Rav 'Haïm Zaytchik (Or 'Hadach, p.141) souligne cette même notion en développant que la construction du Beth HaMikdach (Temple) mentionnée dans notre Paracha ne peut venir qu'après l'éradication des traces de l'idolâtrie.

Rav Ye'hézkel Sarna (Daliot Ye'hézkel al HaTorah, p.215) remarque qu'on ne peut se contenter d'une destruction matérielle. La Torah nous prescrit d'effacer jusqu'à leur nom (souvenir), car il est source de pollution. Il cite les paroles du Rambam qui explique que l'obligation de brûler les livres des mécréants a pour but d'effacer jusqu'au nom des Rechaïm. Leur souvenir est encore plus néfaste que l'impact direct de leurs écrits.

C'est le sens de la Mitsva d'effacer jusqu'au nom d'Amalek de sur la Terre.

De même, en Europe centrale, où les villes avaient fréquemment des noms liés à la religion locale, les Juifs avaient coutume de nommer chaque ville par un nom différent afin de ne pas mentionner la croyance des nations. Cette pratique perpétuait donc l'enseignement de la Torah relatif aux villes à l'est du Yarden dont les Bené Gad et Bené Reouven changèrent les noms (Bamidbar 32, 38-42).

Nous voyons donc que pour se rapprocher de Hachem, il ne suffit pas de faire un pas "timide" et circonstanciel vers le Beth Haknésset. Il faut avant tout tourner le dos aux concepts étrangers, sans complaisance, et revenir à un regard Juif sur l'existence.

Au seuil du mois de Elloul, dédié à la préparation des jours grandioses de Tichri, Roch Hachana, Yom Kippour et Soucot, "nettoyons" nos conceptions de l'existence pour construire un véritable Beth HaMikdach où recevoir la Présence De Hachem.

שבת שלום !

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