N° 9  Sof ‘Horef 5766 - Fin de l’Hiver 2006 27.Mar.2006

N° 9 Sof ‘Horef 5766 - Fin de l’Hiver 2006

 

Ce n°9 est dédié LeIllouye Nishmath à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de Morénou HaGaon HaRav Rephaël Yaakov ben Yakoth ISRAEL zatsal  

rappelé auprès de ses pères le Rosh ‘Hodesh Adar 5766. Qu’il soit Mélitz Yosher –qu’il plaide favorablement- et que sa mémoire soit source de bénédictions pour tous les siens et pour le Klal Israël, Amen.   

 

MiShe Nikhnass Adar”, “lorsque rentre le mois de Adar”, le mois de Pourim, “Marbim BeSim’ha”, “on augmente dans la joie”. Or la joie, la vraie, l’authentique, celle qui nous relie aux fondements de l’existence, est une affaire extrêmement sérieuse. Au point que pour y parvenir il est parfois indispensable de défricher le chemin, d’en enlever ronces et cactus. Seulement alors il devient possible d’avancer sur la voie royale de la vie. “OuShmartèm Me’od LeNafshotékhèm” “et vous veillerez avec grande attention sur vous-mêmes pour être en bonne santé”. Un commandement fondamental, qui a priorité, spécialement en cas d’urgence. En ces temps tourmentés qui annoncent la venue de Mashia’h, il est des plus urgent de débarrasser toutes les épines de souffrance qui nous empêchent d’atteindre la Sim’ha, la vraie joie. 

 

La souffrance se manifeste par une douleur, d’intensité plus ou moins grande, continue, intermittente ou temporaire. Elle touche l’être au plan physique et/ou psychique. Elle est parfois très circonscrite et limitée.  Parfois elle s’étend et évolue. Elle peut changer de nature et migrer d’un domaine à l’autre : du psyché vers le physique et inversement. Une atteinte des capacités physiques affecte très souvent le moral, l’état d’esprit et, en définitive, le psyché de la personne en cause. L’inverse est aussi vrai. La souffrance s’installe parfois tellement bien qu’on ne sait comment la déloger et l’éliminer. La douleur n’est pas neutre. Elle existe pour dire un mal être, que quelque chose ne va pas. Il arrive qu’on ne la ressente que très peu, du moins au tout début. Puis, si rien n’est fait au niveau du symptôme ou pour en corriger la source, la douleur croît parfois très progressivement et insidieusement. Il en découle souvent et une accoutumance à la douleur et un recul du seuil maxima de sa tolérance. La souffrance peut aussi hélas devenir intolérable. Il faut alors d’urgence soulager et soigner autant qu’on le peut. L’homme a aussi le pouvoir de développer une carapace de résistance à la douleur.  

 

Qui ne connaît le cas du soldat qui durant une période de classes difficiles va peu à peu apprendre à supporter des efforts, des pressions, des contraintes, qu’il n’imaginait peut être même pas tant ils étaient étrangers à son univers mental. Les limites de son possible vont ainsi s’élargir. Etait-il douillet, sensible, peureux ?  Il sera, de plein gré ou non, en mesure de se jeter sur des barbelés et faire de son corps un tremplin pour que son groupe y prenne appui et franchisse l’obstacle. La douleur des pointes de barbelés pénétrant son corps sera atténuée, voire compensée, par le bonheur plus ou moins évident d’avoir accompli son devoir.  Un devoir provenant soit d’un ordre donné, soit dicté par l’urgence de sauver son groupe du danger.  

 

L’esprit, animé par la volonté, peut dominer la douleur (nous reviendrons sur ce dernier point en page 4). Néanmoins le corps enregistre tout. Il a une mémoire interne qui, d’abord très consciente, finit par se loger le plus souvent dans l’inconscient, domaine du psyché. La mémoire vive, que nous gardons consciemment à l’esprit n’est donc pas immuable. Il arrive qu’on oublie certains faits, qui disparaissent, ou migrent, vers l’inconscient. Le conscient nous permet de tirer parti de l’expérience. Il est source d’enseignement. C’est en refoulant le moment présent, le vécu, vers l’inconscient, que l’on se prive de l’enseignement qu’il porte et qui nous permet d’avancer. Au contraire, plus on met à jour l’inconscient, plus on l’éclaircit et on le comprend, plus on tire parti de l’enseignement qu’il contient et qui, jusqu’alors, était resté bloqué, inaccessible. Il nous est alors donné de grandir.  

 

Tout décalage entre le vécu du moment présent et ce que nous en percevons consciemment, donne lieu à un mal être. A la longue, s’il persistait et même s’amplifiait, ce mal être se traduirait par une déprime, voire une dépression, avec pour conséquence immédiate un affaiblissement de notre volonté et de notre capacité à décider et à agir. L’énergie manque alors terriblement. D’autant que les aspirations à agir, elles, existent et sont nombreuses. Il y a la réalité et il y a le rêve. Et ce décalage entre les capacités faibles, voire inexistantes, et les nombreuses aspirations, révèle le sentiment d’impuissance. Apparaît alors un nouveau désarroi qui s’ajoute au mal être. Mais il faut à tout prix sortir de ce cercle infernal ! Si seulement un sentiment de confiance en soi pouvait renaître ! Un nouveau souffle d’énergie donnerait à ce sentiment de confiance les moyens de s’exprimer, d’être reconnu, de se fortifier, et d’engendrer une volonté neuve et de nouveaux moyens d’agir. Et, curieusement, ce sont les êtres doués de qualités remarquables qui éprouvent le plus ce sentiment de mal être. Or, la réduction -le plus possible- du décalage entre le vécu et la prise de conscience, ou entre le vécu et les aspirations, permet de mieux coller à la réalité, d’être dans le réel, d’être soi et d’affermir son identité.  

 

Lorsqu’il y a une unité, et non une fragmentation de l’être, vient la capacité d’agir, la volonté et la force de réaliser. Et cette énergie et les réalisations qui en découlent renforcent notre être, notre capacité et notre détermination. Mais d’où vient cette fragmentation de l’être, sa fragilité et son impuissance ? Regardez cet arbre, il est grand, droit et fort. Par contre cet autre, dans la propriété du voisin, parait chétif, courbé et tortueux. Pourtant ils ont été plantés la même année et à la même saison. Le sol diffère-t-il ?  Il ne semble pas. Par contre, les soins n’ont pas été les mêmes. Le sol de l’un a été sarclé, paillé, arrosé, le tronc a été badigeonné contre les prédateurs et les branches ont été régulièrement taillées. Quant à l’autre arbre, personne ne s’en est soucié. Or, il en est de même pour l’homme, appelé d’ailleurs l’arbre des champs ! Lorsqu’un tout petit enfant cherche à imiter les gestes de l’adulte, c’est signe qu’il grandit. Si l’un de ses parents a souffert durant sa propre enfance et qu’il ne s’est pas travaillé pour résoudre et évacuer ce qui l’a fait souffrir, il risque de reproduire envers son enfant une copie conforme de ce qu’il a lui-même subi. Et son enfant fera la même chose plus tard envers le sien s’il ne se corrige pas d’ici-là. C’est quasi mathématique. Qui n’a pas besoin de se corriger, de s’améliorer, d’avoir du recul sur ses faits et gestes pour les observer et ainsi se scruter ? Oui, car ce que nous faisons et produisons est en définitive l’expression de notre être intérieur. C’est notre propre miroir.  Si nous manquons de patience et nous énervons facilement, c’est parce que, enfants, nous n’avons pas été assez mis en confiance et que l’on a été impatient envers nous. Il en est de même si nous nous mettons en colère, si nous critiquons sans cesse, si nous sommes maniaques, ou si nous sommes toujours inquiets. Nous n’exprimons alors que des souffrances qui persistent en nous. Elles ont si bien marqué notre inconscient qu’il nous les fait reproduire à merveille. Or personne n’a vocation à être prisonnier de son vécu, surtout s’il nous a abîmés.  

 

Comprendre le pourquoi des choses est tout juste confortable intellectuellement.  Cela explique, mais ne résout rien.  Par contre, comprendre le comment, le “en quoi”, de ce qui s’est passé a été pour nous douloureux, et revivre la douleur pour réussir à la démystifier,  la neutraliser, l’exorciser et l’extirper des profondeurs où elle s’est installée est le geste libérateur par excellence. L’effet qui se produit alors ressemble à une canalisation restée longtemps bouchée qui tout d’un coup laisse enfin passer le courant. Et avec quelle force ! Une énergie qui coule à nouveau dans nos veines et qui fait pétiller nos yeux si longtemps demeurés mornes et ternes. Ce courant tout neuf passe dans tout notre être. Un poids énorme nous a quittés et nous sommes tout d’un coup libres de nos mouvements. Certes, cette libération peut aussi se faire plus lentement, progressivement et peut prendre un certain temps. Cela dépend et de la souffrance et des forces disponibles pour la guérir. Cela dépend aussi d’un contexte de relations qui nous maintient parfois comme emprisonnés. Les liens aliénants qui nous coincent doivent se muer en liens nourriciers et épanouissants. Ce n’est ni facile, ni toujours possible sans changer d’environnement. Qui a dit qu’il est facile de grandir ? Voilà encore une épreuve ! Mais comme la raison d’être de toute épreuve est d’être surmontée et dépassée, on n’a pas le choix. Faut-il nous rassurer et nous donner du courage ? Ayons simplement à l’esprit l’axiome selon lequel une épreuve n’est imposée qu’à ceux qui sont en mesure de la supporter. Et il vaut mieux s’y mettre et s’y attaquer au plus tôt. Sinon, on risquerait de ne plus avoir ensuite le temps ou l’énergie pour encore construire. D’un sentiment de paralysie, nous évoluons vers une sensation de force intérieure qui nous pousse, comme si nous avions des ailes. Nous nous reconnectons aux énergies qui auraient toujours dû nous habiter.  Et comme il vaut mieux être à la hauteur du projet pour lequel nous sommes venus au monde...  

 

L‘enjeu est immense, notre responsabilité tout autant. Nous avons tout à gagner et l’on n’a pas le droit de perdre. D.ieu merci, nous pouvons implorer Son aide. Et il y a toujours parmi les nôtres une main tendue, une parole réconfortante, un sourire chaleureux et un regard bienveillant. N’ayons pas honte et ne soyons pas gênés. C’est une Mitsvah que d’accepter l’aide d’autrui en cas de besoin. Autrement je l’empêche de donner et de faire le bien. Chacun n’a-t-il pas l’obligation d’aimer son prochain comme soi-même ? Il ne faut surtout pas qu’on s’y oppose ! Mais n’adressons aucun reproche à ceux qui se privent de donner. Quelques souffrances encore enfouies en eux paralysent leur élan de générosité. Mais ils vont sûrement se reprendre et réussir à corriger ce manque, avec l’aide du Ciel, très bientôt. C’est quasi obligé, car il n’est rien de plus beau que de donner. Et nous prions pour qu’ils s’en rendent compte !  

 

Donner, c’est s’enrichir du bonheur d’autrui. S’enrichir c’est voir son capital augmenter. Il ne s’agit ici bien évidemment pas d’argent. On évoque souvent le capital-santé. Pour nous ce sera le capital-bonheur. Quand peut-on vraiment s’enrichir ? Lorsque le sort de notre prochain nous importe réellement. Comment cela se concrétise-t-il ? Lorsque se lit du contentement, du soulagement et de l’apaisement dans les yeux et sur le visage de l’être à qui s’adresse notre sollicitude. Il suffit parfois de pas grand chose, d’un sourire vivant et non machinal, d’une chaude poignée de main, d’un salut authentique et personnel, d’une attention agréable comme celle de retenir la porte pour faciliter le passage, d’abaisser le col d’une veste resté relevé. Quelquefois il peut nous en coûter davantage, notamment répondre à une lettre ou à un projet que nous avions sollicité et qui nous est remis.  S’abstenir, c’est déconsidérer et porter atteinte au respect dû à autrui. Le pouvoir et la hiérarchie tronquent parfois, voire empêchent, les relations ben Adam Le’Havéro, les relations      Dans un quartier juif de New York, un chauffeur de taxi aperçut un ami cher dans la foule.Il descendit de sa voiture et appela : “Moshé ! Moshé !” Rav Moshé Feinstein zatsal, le Gadol Hador, le Grand de la génération, était justement à proximité.Il se retourna et vint vers le chauffeur de taxi pour savoir ce qu’il désirait.Ce dernier le reconnut et saisit que dans la foule il n’y avait pas que son ami qui s’appelait Moshé. Il était on ne peut plus confus.Jamais il ne se serait permis d’appeler le Gadol Hador par son prénom. Mais pour Rav Moshé Feinstein zatsal, il n’y avait absolument rien de mal ! humaines entre Bené Israël. L’amour du prochain est alors compromis. De même si, à D.ieu ne plaise, nous étions aux prises avec du Lashon Hara, des paroles qui relatent la vérité mais qui portent atteinte à autrui, qui le diminuent et le blessent. Au lieu de témoigner considération et affection, elles expriment une désapprobation et un sentiment de rejet à l’égard de son prochain. Ce n’est pas idéal lorsqu’il incombe de manifester de l’affection. Même si elle n’est pas appropriée, l’expression “vouloir attraper des mouches avec du vinaigre” évoque bien ce qu’il en résulte.  

 

Pourtant, nous restons redevables de l’amour dû à notre prochain. Et l’attention que nous lui devons doit être la même que si nous agissions pour nous-mêmes !  Que ce soit de s’enquérir de la santé d’autrui et s’il fait ce qu’il doit pour se soigner. Parfois, nous devons nous impliquer personnellement pour résoudre pour lui telle ou telle difficulté, intervenir auprès d’un tiers, prendre sur notre temps, engager nos relations et même notre argent. Et Baroukh Hashem que nous en ayons ! Si Hashem demande expressément d’aimer son prochain comme soi-même, pouvons-nous refuser ? Avons-nous le droit de nous priver d’user de ce qu’Il met à notre disposition pour accomplir Sa volonté ? Ce qu’Il met à notre disposition ne nous appartient pas en propre. Cela nous est tout juste confié pour réaliser les missions qui se présentent à nous. Et c’est Hashem qui les fait se présenter devant nous. A défaut, nous désobéissons, nous nous rebellons et, par là, nous nous rendons indignes de jouir de toutes Ses bontés. Hashem pourrait bien alors les confier à d’autres qui sauraient mieux agir envers autrui.  

 

A priori, si je ne m’aime pas moi-même, il m’est très difficile d’aimer autrui et de lui procurer du bien. Pourtant la Torah exige que j’aime mon prochain ! Au-delà du fait que chaque manque exprime une souffrance, j’ai bien, en tant que Juif, une obligation double -pour moi et pour mon prochain- d’être bien et de devenir mieux. Nous l’avons évoqué plus haut, il s’agit de réduire le plus possible le décalage entre le vécu et la prise de conscience, ou entre le vécu et les aspirations, afin de coller à la réalité, d’être vraiment soi, en toute possession de ses moyens pour agir selon les exigences. Nous sommes ici aux antipodes des valeurs en vigueur dans la société environnante.  

 

Chacun de nous a reçu en héritage depuis Avraham, Yits’hak, Yaakov, et tous les grands des générations qui se sont succédés depuis lors, le profond désir de donner et partager ce qui est bon, ce qui est grand, ce qui est essentiel pour nous. Ce besoin de générosité envers autrui est certes dicté par ce précepte d’aimer son prochain comme soi-même. Mais il est aussi le fruit d’un sentiment de reconnaissance pour ce que le Peuple Juif a lui-même reçu. Lorsque l’on a reçu, non seulement on est capable de donner, mais on veut et on a besoin de donner. Et l’on reçoit constamment.  

 

Lorsqu’on étudie la Torah, on se rend compte de l’immense cadeau que nous avons reçu du Ciel. Seuls ceux qui ont eu accès au message de la Torah le perçoivent. Tous les autres n’en ont hélas même pas conscience.  Pourquoi ? Parce que conditionnés, aliénés et aveuglés par la course matérialiste qui anime la société environnante. Une course qui ne mène nulle part, si ce n’est à une course encore plus effrénée vers encore plus de matérialisme. Et cette course est devenue une fin en soi, mais qui n’a pas de sens ! Tout tourne autour de l’argent : le nouveau culte païen -Avoda Zara- de notre époque. Or la Avoda Zara est incompatible avec la Torah !  

 

Ce qui pousse un Rav à enseigner la Torah ? Certainement pas des conditions matérielles qui n’ont rien d’enviables. Serait-ce la joie de voir le contentement dans les yeux de ses élèves ? Celle qu’il éprouve lui-même grâce aux questions pertinentes qui lui sont posées et qui le font avancer ? Le fait de permettre une meilleure approche du message Divin ? Celui d’accomplir la parole d’Hashem ? Et si, en plus de tout cela, l’enseignement de la Torah était tout simplement devenu sa raison d’être ?  Parce qu’il a lui-même tant reçu de ses maîtres et qu’il a compris que sans la Torah la vie deviendrait insipide, sans intérêt ? Lorsqu’on se rend vraiment compte de ce qu’est l’étude de la Torah, rien au monde ne peut la concurrencer ! 

 

L’exemple de Rabbi Akiva, parmi tant d’autres, est criant d’enseignement. Lui qui, justement, a clamé qu’aimer son prochain est l’un des principes fondamentaux de la Torah (Klal Gadol BaTorah). Les Romains avaient interdit l’enseignement de la Torah et condamnaient à mort tout contrevenant. Or, ne plus enseigner la Torah revenait à mourir. Alors mourir pour mourir, valait mieux vivre en enseignant la Torah.  Malgré l’interdit des Romains, Rabbi Akiva poursuivit sa mission d’enseigner la Torah, jusqu’à ce qu’il soit arrêté et torturé. Son corps fut lacéré avec des peignes de fer. Cela ne l’empêcha pas de dire le “Shema Israël” en adhésion totale avec la signification profonde de cette prière-profession de foi. Celle d’aimer Hashem de tout son coeur, de toutes ses forces et de tous ses moyens. Ici, sous la torture, Rabbi Akiva avait justement atteint le degré ultime auquel il aspirait depuis toujours. Un degré qui le pénétrait au plus profond de son être, jusqu’à l’extrême limite. Il ne s’agissait ici plus seulement de le dire et de le déclarer, comme il le fit durant toute sa vie, mais bien de vivre complétement le fait d’être réellement prêt à sacrifier sa vie pour Hashem.  Parce qu’Hashem était toute sa vie ! Il n’y avait pas chez Rabbi Akiva le moindre décalage entre son vécu et sa conscience, entre son corps et son esprit. Son corps suivait ce que son esprit voulait. Son esprit était complétement pour le service d’Hashem, avec Hashem. Et cela était, en soi, source d’un très profond contentement.  Ses élèves rapportent qu’un sourire se lisait dans les yeux et sur le visage de Rabbi Akiva alors que son corps était écorché vif. Viendrait-il un état où l’homme est capable de dépasser la douleur, où il ne la ressent plus, tout en étant en pleine conscience ? Le niveau auquel Rabbi Akiva était parvenu est-il à la portée de chacun ? Nul ne l’envisagerait sans une immense volonté et un travail sur soi de même nature et de même intensité.  

 

On se souvient du Patriarche Avraham, prêt à subir l’épreuve de la fournaise à Our Kasdim -et il l’a effectivement subie-, puis à sacrifier son fils Yits’hak, lui-même prêt à s’offrir en holocauste. Tous deux étaient d’un immense degré d’élévation et d’adhésion à Hashem. Ils s’étaient eux-mêmes annulés pour accomplir la volonté d’Hashem. Leur intérêt propre s’était totalement confondu avec la volonté d’Hashem. Leur corps et leur volonté ne faisaient plus qu’un. En somme, être proche d’Hashem nous amène à être entier avec nous-mêmes et à réaliser pleinement la vie pour laquelle nous sommes venus en ce monde. 

        

Est-il besoin de le rappeler ? Une vie de Torah c’est vivre la Torah, non pas pour mourir, mais pour vivre. Mais vivre pleinement la Torah, c’est aussi être prêt à donner sa vie, le bien le plus précieux, parce que la Torah l’exige. Un exemple ?  Un homme doit se laisser tuer plutôt que de devenir un assassin sous prétexte qu’on lui en donne l’ordre. Une conduite qui relève de l’une des Dix Paroles gravées dans les Tables de la Loi : “Tu ne tueras point”. Un commandement qui, comme tous les autres, doit être absolument respecté. Sauf, pour l’interdit de tuer, dans  trois situations. S’il y a légitime défense, la Torah précise “Lève-toi et tue-le avant qu’il ne te tue”. De même, si un criminel va, ou est en train, de commettre un crime, il encourt alors d’être lui-même tué par celui qui le surprend, toutefois seulement après avoir été mis en garde et s’il n’est pas possible d’éviter de le tuer. Enfin, au temps où il y avait des villes de refuge en Israël, lorsque un meurtrier s’enfuyait, l’un des proches du défunt était en droit de le poursuivre pour venger le sang de son parent.  

 

Dans le cas où un homme est menacé d’être tué s’il refuse de commettre un meurtre, au-delà de l’interdit “Tu ne tueras point”, n’est-il pas légitime de se demander : qui dit que je vaux mieux que mon prochain et que je mérite de vivre et non lui ? Il est des comptes, des considérations, qui ne sont pas à notre portée. En effet, personne n’est compétent pour apprécier la valeur de son prochain. Seul Celui qui donne la vie détient cette compétence. C’est dire que mon prochain a et doit avoir une place extrêmement importante pour moi et à côté de moi !  

 

Pourim arrive et c’est une occasion formidable de mettre en pratique le précepte d’aimer son prochain comme soi-même. C’est une fête très joyeuse où l’on revit le retournement miraculeux du complot funeste d’Haman envers le Peuple Juif en Perse sous le règne d’Assuérus. Le miracle y est omniprésent, presque palpable, depuis la mise en oeuvre du projet d’anéantissement jusqu’à la protection de tous les Juifs qui furent sauvés et libérés de toute menace. Avec, en prime, leur décision volontaire d’accomplir tous les préceptes de la Torah ! Une joie immense qui n’est entière que si elle est partagée. Elle s’exprime à Pourim par des dons de nourriture et de douceurs -Mishloa’h Manoth-, des dons d’argent aux pauvres -Matanoth LaÉvionim-, la lecture du Livre d’Esther -la Meguila- en public, le déguisement des enfants et même parmi les adultes, la visite à nos maîtres, l’organisation d’un festin où l’on reçoit si possible de nombreux convives. C’est l’occasion par excellence de nous rappeler que notre prochain existe et que, sans lui, que sommes-nous ? Joyeux Pourim à tous ! Une grande joie et un beau partage avec le plus grand nombre ! Et bien sûr un merveilleux accueil des préceptes de la Torah dans nos foyers ! Cette année Pourim, le 14 Adar, tombe du 13 mars au soir au 14 mars à la nuit. Le jeûne d’Esther : le 13 mars, depuis le matin jusqu’au soir.  

   

Permettez-nous une digression concernant Dvar Torah ? Maintenant que vous nous connaissez un peu mieux, vous savez que nous disposons de réels trésors. Des joyaux comme jamais on n’en aurait rêvé il y a encore pas si longtemps. Vous l’avez deviné, ce sont tous nos cours dont l’essentiel est encore uniquement en cassettes audio. Nous n’évoquerons pas les difficultés techniques qu’il y a à les transférer sur CD. Pourtant tous les lecteurs de cassettes fonctionnent encore à merveille, spécialement chez tous ceux qui n’ont pas été touchés par la dernière révolution technologique. Et là nous lançons un vibrant appel d’urgence car nous disposons encore d’un certain nombre de coffrets de cassettes qui réjouiront et feront revivre tous les parents, oncles, tantes, grands-parents et toutes les personnes quelque peu isolées. Je vous l’assure, par ces cassettes vous leur apporterez du vrai et du grand bonheur, un souffle de vie ! Ils le méritent tous ! Vous ferez ainsi plein de Mitsvoth. Et vous aiderez Dvar Torah à continuer son oeuvre pour le bien de toute la Communauté ! Faites un petit effort pour offrir un très grand cadeau ! Au plan financier, Dvar Torah traverse une passe très difficile. Et  aujourd’hui nous sentons que nous devons aussi compter sur vous, oui, sur vous ! Mais je vous en prie, profitez tout d’abord de ce que nous disposons, pour vous-mêmes et pour les vôtres. Pour toute autre contribution nous serons heureux d’adresser en retour un reçu cerfa. S’il nous arrivait de manquer de coffrets types avec tous les titres d’origine, nous les compléterions avec d’autres titres tout aussi passionnants. La duplication de cassettes ayant cessé en France, il ne nous est plus possible d’en éditer d’autres. Les cassettes qui nous restent représentent donc des documents uniques, les derniers avant qu’il nous soit donné de les diffuser autrement. Aussi, nous vous invitons à en acquérir vite pour vous-mêmes et pour les offrir à ceux que vous aimez. Je vous assure que vous ne le regretterez pas. Nous joignons ici notre catalogue de cassettes et celui de CD pour répondre à toutes les attentes. Ces trésors sont aujourd’hui disponibles. Que vous puissiez en profiter tant que cela est encore possible ! 

 

Avec nos meilleures pensées,            

   Ye’hiel-Yoël GRONNER 

 

N.B. Merci d’informer vos proches et votre entourage à la fois de l’opportunité et de l’urgence de notre appel. Peut-être ignorent-ils même nos coordonnées et celle de notre site : www.dvartorah.org ?... 

 

Nous allions donner ce texte à imprimer lorsque survint le décès du Gaon Rav Rephaël Yaacov ISRAEL zatsal ce 1er mars.L’espace nous manque ici pour évoquer l’oeuvre immense qu’il a réalisée à Sarcelles, son étude et ce qu’il a apporté au monde de la Torah, le bien qu’il a insufflé dans le coeur de tous ceux qui l’ont approché, la protection Divine dont nous avons tous bénéficié grâce à lui, le sacrifice que constituait sa vie de souffrances durant tant d’années pour expier les égarements du Peuple Juif. Nous dédions cette Lettre à sa mémoire. Nous n’avons non plus pas évoqué le départ de ce monde quelques jours plus tôt du père des Mekoubalim de notre génération Rav KADOURI zatsal, ni l’effroyable assassinat d’Ilan HALIMI, Hashem Yikom Damo. Que la famille d’Ilan reçoive la consolation d’Hashem parmi tous les endeuillés de Tsion et Yeroushalayim, Amen. Nous y reviendrons avec l’aide du Ciel dans une prochaine Lettre de D.T.