N° 7 Tamouz - Av  5764  -  Juin - Juillet - Août  2004 27.Jun.2004

N° 7 Tamouz - Av 5764 - Juin - Juillet - Août 2004

 

Ce n°7 est dédié à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de Rabbi Nissim ben David et Solika REBIBO zatsal. 

 

Prise de Conscience...   

Les moyens nous manquent pour mesurer le degré d’utilité de «La Lettre de DVAR TORAH» qui, il est vrai, n’en est qu’à son numéro 7. Les réactions qui nous parviennent ne sont pas si abondantes... Néanmoins, à l’occasion d’un appel téléphonique ou d’un courrier il arrive qu’on regrette de ne pas l’avoir reçue depuis de longues semaines. En prenant du recul, le moins que l’on puisse dire est qu’il semble bien que nous tranchons avec tout ce qui se publie dans la Communauté.  

 

Au cours d’une discussion où l’on me demandait mon avis à propos d’une situation délicate, je rappelais avoir évoqué tel et tel point dans le dernier numéro (pages 5 et 6). «Je l’ai vue à la synagogue, mais c’était long et... faute de temps, je n’ai pu la lire qu’en diagonale». C’est vrai que le temps est la denrée la plus rare, ô combien plus que l’argent !!!  Je ne lui reprochais évidemment pas de ne l’avoir pas lue. Car au fond, ce n’est pas pour les Rabbanim que nous écrivons, mais bien pour le public le plus large. C’est-à-dire vous, ou tout un chacun ! Que vous ayez très peu prise sur votre héritage Juif, ou que vous vous y sentiez déjà comme un poisson dans l’eau. Mais, à la réflexion, «La Lettre de DVAR TORAH» ne pourrait-elle pas tout aussi bien s’adresser à cet érudit ?  Car au-delà du sujet évoqué entre nous, son rôle au sein de la Communauté ne l’ouvre-t-il pas à tout un public auquel il pourrait suggérer de tirer parti de cette lettre ? Un public qui trouverait ainsi, peut être, des réponses qui lui permettraient d’avancer...  

 

Ce Rav est un ami et je sais son dévouement, certainement bien au-delà du possible, pour faire réfléchir et prendre conscience le plus grand nombre de membres de la Communauté. Et nous n’avons aucune revendication d’aucune nature. Pourtant plus d’une fois la question : «Pourquoi ne nous utilise-t-on et ne profite-t-on pas de nous davantage ? » est restée une énigme un peu douloureuse. L’outil de transmission du «Savoir Juif» que nous avons développé par la diffusion des cassettes, des CD et de cette «Lettre de DVAR TORAH» a été conçu pour l’ensemble de la Communauté. Tous ceux qui se rendent compte de son utilité ont en fait la possibilité, (la chance ?), de pouvoir être des relais pour transmettre à leur tour et faire savoir.  

 

Vous l’avez certainement remarqué, Dvar Torah ne fait ni appel à des agences de communication ni à des publicités. Les cassettes et CD que nous produisons sont diffusés uniquement par un réseau de correspondants bénévoles. Et cela, à des conditions de prix quelque peu dérisoires eu égard aux soins et au savoir-faire requis pour assurer le plus grand profit à tous ceux qui les écoutent. Notre démarche vise une prise de conscience la plus aiguë possible. C’est, par nature, un processus très long, d’éducation et de formation, qui peut durer des années, voire toute une vie. A l’instar du Talmid ‘Hakham, du Sage, qui reste, sa vie durant, un élève, parce que toujours attaché à l’étude et soucieux de pénétrer le message de la Torah et de se rapprocher d’Hashem. C’est le chemin sur lequel chaque juif devrait aspirer se trouver pour donner le sens le plus adéquat et le plus éclatant à son existence : remplir la mission qui lui a été dévolue et pour laquelle il est venu au monde.  

 

Le temps qui passe... 

Notre quotidien est très peu semblable à celui des générations qui nous ont précédés. Celles pour lesquelles, il n’y a encore que quelques décades les gens d’un certain âge disaient d’un ton nostalgique «Ah, dans l’ancien temps...». Aujourd’hui, nous sommes constamment pressés et courons tout le temps. Sans conservateurs, tous les aliments se dégraderaient trop vite. Les goûts ne sont plus les mêmes. Le corps s’est fragilisé. Développement des allergies ou  faiblesse de notre système immunitaire sont de plus en plus mis en avant pour expliquer nos maux. Dans le temps on ne parlait pas de cancer. De nouveaux virus ravageurs sont apparus, en même temps que la pollution de l’air, de l’eau et de la terre. Qui n’évoque le réchauffement de la planète ou le trou dans la couche d’ozone ? De plus en plus d’appareils sophistiqués nous assistent pour tout gérer et programmer plus efficacement : agendas, communications, tâches en tout genre, télécommandes, œil électronique, laser, ordinateurs pour tous types de données ou de pilotage, radars, climatiseurs et autres humidificateurs-purificateurs d’air, etc... Chacune des vingt quatre heures de la journée se voit subdivisée, à la minute près, affectée à une succession d’activités, plus ou moins cloisonnées ou  interdépendantes, rigoureusement gérées à moins de nous retrouver dépassés, déclassés. Et cela se vérifie aussi à propos des loisirs, quasi imposés par les taux d’audience et les campagnes de pub. Comment, dans cet enchevêtrement, trouver le temps de souffler, de prendre un peu de recul, et de se dire : «tiens, c’est vrai, on devrait parler de cela à un tel, le faire profiter de cette aubaine, de cette chance...» ? En somme prendre du recul pour penser au bien d’autrui, pour lui apporter du réconfort, un peu de ‘Hessed, de bonté. Mais... «Comment peut-on ? je n’ai pas le temps ! Je suis tellement pris, accaparé. Et puis ce n’est pas toujours très drôle. Il y a un tel qui est si désagréable et tel autre qui a l’air de n’avoir rien d’autre à faire que vouloir me causer du tort. Et il faut bien que je m’occupe des miens et aussi que j’étudie un peu ! Non ? » C’est vrai qu’il le faut. Et malgré tout il faut prendre du recul. Du recul sur le temps qui passe et sur ce que nous en faisons. Autrement, nous risquons simplement d’être happés par la grande machine : ce mouvement global mû par une force immatérielle, envahissante, résultant de l’habitude et de la routine. Et, par la force des choses, nous risquons d’en devenir l’un de ses prolongements, sans âme, sans libre arbitre, une sorte d’automate qui avale tout ce qui lui est proposé, sans aucun discernement...  

 

Sûr qu’on ne peut tout faire. Mais on n’est pas non plus tenu de tout faire !  

 

Ce n’est pas parce qu’on est sollicité que l’on doit toujours acquiescer et se donner complétement ou donner tout ce que l’on a. Même s’il s’agit d’une grande cause. Deux situations presque extrêmes illustrent toute une gamme de possibles. Si dix personnes viennent chaque jour frapper à ma porte pour demander de la  Tsedaka, la charité, je ne pourrai probablement donner à chacune que quelques pièces et pas davantage. A la fois parce qu’il est clair que je ne serais pas le seul à agir ainsi et qu’en définitive chacune pourra être secourue dignement. Et aussi parce que si je me démunis au-delà de toute mesure, je risque, à mon tour, de devenir une charge pour la Communauté. Par ailleurs, si j’aperçois quelqu’un en train de se noyer et que j’ai effectivement la possibilité de le sauver, je dois tout faire pour immédiatement le sortir de l’eau. Il est des situations où nous sommes les seuls à pouvoir nous engager totalement et il nous incombe alors de le faire. Et c’est en soi une très grande chance qui s’offre à nous. S’il nous est donné, par exemple, de sauver une vie, notre Neshamah, notre âme, peut recevoir une sorte de regain, de nouveau souffle, comme une impulsion qui nous propulse vers d’autres sphères de possibles. Il ne tient qu’à nous de reconnaître les priorités et nous attacher à les mettre en œuvre.  

 

Je connais quelqu’un qui a pris sur lui durant près de deux ans d’emmener son tout jeune fils chaque jour à l’école. Rien de banal jusque-là, si ce n’est que pour s’y rendre il fallait trois-quart d’heure de voiture. A raison d’un aller et d’un retour le matin et la même chose le soir, cela faisait trois heures de route chaque jour. Uniquement pour que son fils profite au mieux de ce dont il avait besoin pour grandir. Ce fils n’était-il pas le plus beau cadeau du Ciel ? Un diamant à l’état brut n’est qu’un morceau de roche. Ce n’est que s’il est taillé avec le plus grand soin, puis mis en valeur par un orfèvre qu’il offrira le plus bel éclat. En recherchant pour son fils la meilleure école qu’il puisse lui offrir, ce père n’avait-il pas conscience de la valeur du cadeau qu’il avait reçu du Ciel ? Par bonheur, il avait aussi conscience de ce que son fils devait recevoir pour qu’il ait plus tard la chance de rayonner. C’est vrai que ces trois heures de voyages quotidiens venaient en diminution des 24 heures restantes, plus la fatigue, les dépenses du transport et un manque de disponibilité interdisant d’autres opportunités. Mais en contrepartie il y eut l’épanouissement de l’enfant, l’occasion de tisser un lien très fort avec son père durant les temps passés ensemble, et cela pour toute la vie !  Des temps consacrés à des échanges intenses et chaleureux, parfois à chanter ensemble à tue-tête, parfois à raconter des histoires, à ébaucher des projets, à réfléchir à haute voix ou en silence, à écouter un cours de Torah, jamais les infos qui les auraient séparés au lieu de les unir. Ni le père, ni l’enfant, ni leur entourage, et peut être bien au-delà, n’ont fini de recueillir les fruits de ce temps passé pour aller et revenir de l’école ! Qu’on se rassure tout de même : le cas de ce père est vécu par des centaines, voire des milliers d’autres. Que nous puissions tous avoir la compréhension de ces parents pour leurs enfants. Mais aussi pour tous les choix d’importance qui se présentent à nous.  

 

Des choix qui pour la plupart d’entre eux nous intéressent et nous concernent. Cela suffit-il pour qu’on s’y engage ? Nous sommes dans une époque où l’économique joue un rôle apparemment démesuré. L’économie c’est la gestion des ressources rares. Or tout devient rare, même l’air. Ceux qui l’on pu, durant la canicule de l’été dernier, se sont réfugiés dans les Alpes où l’air était bien plus respirable et où la température était en moyenne de 15 à 20 degrés moins élevée. La circulation de l’information devrait aiguiser notre conscience. Le temps ne devient-il pas plus cher ? La vie semble plus fragile, plus aléatoire, moins fiable et moins sûre. Plus que jamais le temps nous est compté. Même si la longévité de la vie s’accroît, il en est toujours qui, hélas, nous quittent, à notre gré, beaucoup trop tôt. D’aucuns croient qu’ils peuvent se comporter avec légèreté et faire ce qui leur passe par la tête. Mais l’on peut aussi réfléchir, mesurer les enjeux et  agir en conséquence. On peut ou non utiliser notre potentiel : l’intelligence et le discernement dont le Créateur nous a dotés, en même temps que le libre arbitre. Nous pouvons donc utiliser ce potentiel d’une manière conforme ou non avec les attentes dont nous sommes porteurs. Nous jouissons même du droit de choisir ! Le potentiel de chacun nous vient du Créateur qui s’est associé avec nos parents pour notre venue au monde. Un potentiel qui s’est ensuite plus ou moins développé et enrichi grâce à tout ce qui nous a été donné de recevoir et qui nous a été transmis en termes de protection, d’attention, de soins, d’amour, d’enseignements par l’exemple, ou plus généralement d’éducation.  

 

Chacun connaît la représentation des tables de la Loi, avec les cinq premiers commandements alignés sur le côté droit et les cinq suivants sur le côté gauche. Est-il besoin de les rappeler ? Peut-être pour mémoire.  

Les cinq premiers commandements sont respectivement :  

  1. Je suisHashem, tonD.ieu qui t’ai fait sortir d’Egypte, de la maison d’esclavage. 
  2. Tu n’auras pas d’autres dieux devant moi. Tu ne te feras point d’idole ou toute représentation de ce qui est dans le ciel, sur la terre ou dans les eaux. Tu ne te prosterneras pas devant elles.
  3. Tu n’invoqueras pas le Nom d’Hashemen vain.
  4. Souviens-toi du jour duShabbathpour le sanctifier. Durant six jours tu travailleras et tu auras accompli tout ton travail et le septième jour c’est le Shabbath pour Hashem ton D.ieu. Tu ne feras aucun travail, ni toi, ni ton fils, ni ta fille, ni ton esclave, ni ta servante, ni ton animal, ni l’étranger qui est dans tes portes.  
  5. Honore ton père et ta mère pour que tes jours se prolongent sur la terre que l’Éternel te donnera. 

 

Les cinq derniers se situent dans la partie gauche des tables, soit respectivement : 

  1. Tu ne tueras pas.
  2. Tu ne commettras pas d’adultère.
  3. Tu ne voleras pas.
  4. Tu n’établiras pas de faux témoignage contre ton prochain. 
  5. Tu ne convoiteras pas la maison de ton prochain, ni sa femme, ni son esclave, sa servante, son bœuf, son âne, ni rien qui lui appartienne.

 

Les quatre premiers commandements révèlent la relation entre l’homme et le Créateur. Les cinq derniers concernent les relations entre les hommes. Le cinquième commandement «Honore ton père et ta mère» joue un rôle charnière entre les quatre premiers et les cinq suivants. Il évoque à la fois une relation entre l’homme et son Créateur et une relation entre les hommes. En effet, sans l’aide d’Hashem nos parents n’auraient pu nous faire naître ! De fait, en respectant le commandement qu’Il nous a donné j’honore mon père, ma mère et bien entendu Hashem aussi. Que cela soit bien clair et il faut bien se le rappeler : sans la volonté et la participation d’Hashem je ne serais pas venu au monde ! Le rôle d’associés qu’ont eu mes parents avec Hashem dans ma venue au monde leur a conféré un statut bien supérieur au nôtre. Dès lors, toute la relation que nous devons avoir avec eux doit être empreinte d’un sentiment de profond respect. Ainsi, nos parents ne peuvent jamais être considérés comme des copains, contrairement à certaines idées reçues depuis mai 68. De même, nous devons nous interdire toute situation conflictuelle ou de revendication à leur égard.   

 

Avant de pousser des hauts cris, prenons un tout petit peu le temps de comprendre ce que cela veut dire. Il est un fait avéré que tous les parents n’ont pas su mesurer et être à la hauteur de la position d’associés que leur conférait la Providence. Certains ne se sont peut être pas beaucoup préoccupés du devenir de leur progéniture. Est-ce une raison de leur en tenir grief ? Nous sommes tous prêts à admettre que dans la quasi totalité des cas, s’ils avaient su ils auraient agi autrement ! Pour peu qu’ils aient eu connaissance de l’impact, parfois dévastateur, de certains mots ou de certaines attitudes. S’ils avaient compris qu’ils devaient s’y prendre bien différemment, peut-on imaginer qu’ils ne l’auraient pas fait ?! Aucun doute n’est possible : tout dysfonctionnement résulte de l’ignorance de règles que nous considérons comme primordiales. Et l’ignorance révèle une absence ou un défaut dans la transmission de valeurs et de préceptes qui ne s’est pas toujours faite comme il fallait. Eprouver alors du ressentiment vis-à-vis d’un père ou d’une mère qui ne nous aurait pas transmis ce qu’aujourd’hui nous comprenons comme essentiel est un non sens. Pourquoi? Pouvez-vous imaginer un père ou une mère qui ne voudrait pas donner le meilleur de lui-même à son enfant ? Or son meilleur dépend de ce qu’il a lui même reçu de ses parents et de tous ceux qui ont pu l’influencer et lui apporter quelque chose durant sa propre vie. En est-il responsable ? Cela dépend s’il lui a été donné ou non d’avoir une perception autonome, indépendante et s’il a pu ou non infléchir le sens des événements et de son propre comportement. Cela implique de ne pas avoir trop souffert pour ne pas avoir été trop affecté. Cela implique aussi d’avoir voulu/pu travailler ses Midoth, ses traits de caractère, pour se parfaire et s’améliorer. Et ce n’est pas du tout facile. Prenez par exemple quelqu’un qui durant toute son enfance a entendu hurler de colère sur lui-même et autour de lui. Il y a de très grandes chances pour qu’une fois adulte il devienne à son tour acariâtre et coléreux et qu’il (ré)agisse comme on l’a fait avec lui. Il ne pourra briser ce cercle infernal que s’il comprend qu’il s’agit-là d’un très grand trouble de comportement, puis qu’il s’attache, qu’il s’acharne même, avec toute son énergie, et qu’il prie de tout son coeur Hashem de l’aider à combattre cette mauvaise Midah, ce mauvais trait de caractère. Nous avons évoqué la colère, mais cela aurait bien pu être l’avarice, l’orgueil, la fainéantise, la médisance, la vanité, la cupidité, la gloutonnerie, le voyeurisme, la bouffonnerie, le commérage, la méchanceté ou, plus généralement, l’irresponsabilité. Il n’est pas de notre propos de démonter le mécanisme de chacun de ces troubles. Ce qui nous importe ici est de mesurer leur importance et leur impact. En d’autres termes : reconnaître que ces troubles sont responsables du détournement, de la déviation, d’êtres chers du projet originel. Un projet où Hashem est partie prenante dans leur venue au monde avec, pour chacun, une Neshama, une âme, d’émanation divine, ainsi qu’une mission spécifique à remplir. Si ces êtres chers n’avaient pas été affectés par ces troubles, ils auraient pu accomplir réellement et complétement leur mission et leur partenariat avec Hashem. Alors, à leur tour, ils auraient pu nous transmettre vraiment le meilleur et faire de nous des êtres plus accomplis et plus merveilleux. Considérer qu’ils puissent être responsables de ce qu’ils n’ont pas été -n’ont pu être- à leur corps défendant, est à la fois un non sens et une approche légère, voire intellectuellement malhonnête.  

 

Pour se guérir, panser ses plaies ou «renaître», des processus analytiques admettent, voire proposent, à D.ieu ne plaise, de passer par une condamnation en règle, une remise en question et même jusqu’à «l’exécution mentale» du père ou de la mère. Ce ne sont bien évidemment pas des démarches juives.  

 

Tout serait clair si l’on pouvait comprendre que la vie physique ne se justifie que lorsqu’elle se met au service du spirituel. Le corps devient alors un réceptacle de pureté et de sainteté.  

 

Lorsque l’on se réveille le matin, et c’est en soi un cadeau exceptionnel qui nous est offert de pouvoir nous réveiller tous les matins, chaque juif prononce des paroles de reconnaissance envers Hashem. Notre âme ne nous quitte-t-elle pas durant notre sommeil en laissant notre corps inerte, comme sans vie ? La vie que nous retrouvons justement chaque matin à la fin de notre sommeil ! Il nous faut d’ailleurs veiller à dormir suffisamment pour demeurer en bonne santé et ainsi être à même d’accomplir la volonté du Créateur. Cette volonté se réalise à travers tous les commandements, les Mitzvoth, à la fois ceux qui sont déjà déterminés et ceux qui se présentent à nous suivant les circonstances. Déterminés selon le déroulement de la journée ou du calendrier, tels que l’organisation des prières, du respect du Shabbath ou des fêtes. Ceux qui peuvent se présenter à nous, tels que faire la Tsedaka, secourir une personne en danger ou accompagner un défunt à sa dernière demeure. Une multitude d’occasions s’offre à nous pour accomplir les commandements d’Hashem. En les accomplissant nous réalisons Sa volonté et nous nous remplissons de pureté et de sainteté. Même des gestes au demeurant très banals, comme la prise de nos repas quotidiens, peuvent acquérir une  dimension toute spéciale. C’est le cas lorsque nos repas sont absorbés dans le souci de prendre des forces pour être à même d’accomplir la volonté d’Hashem. L’acte matériel de se nourrir devient ici un acte spirituel imprégné de Kedousha, de sainteté. Incidemment, un sommeil et une alimentation conduits en vue de pouvoir servir le Créateur ne laissent aucune place à des travers tels que la fainéantise ou la gloutonnerie déjà évoqués plus haut. 

 

Sans vie spirituelle, l’homme en général et le juif en particulier n’a pas de justification en tant que tel. Sans vie spirituelle, l’homme ne se rapproche-t-il pas du règne animal qui vit d’abord pour assouvir ses besoins ?  Même si les besoins de l’homme croissent grâce à son imagination, ce ne sont, somme toute, que des besoins d’ordre matériel dans l’écrasante majorité des cas. L’homme s’engage alors dans une course souvent effrénée pour toujours vouloir plus. Ce qui l’amène à tout mettre en oeuvre uniquement pour réunir les moyens de satisfaire ses aspirations ! Ne serait-ce pas là la cupidité évoquée plus haut ?  

 

Or, si dans une démarche psychanalytique on en vient à condamner ou même à exécuter mentalement père ou mère, on porte atteinte à la valeur spirituelle de ceux qui nous ont fait naître. Et qu’en est-il pour nous ? On se déracine et l’on se détruit nous-mêmes ! En effet, toute «renaissance» intervenue dans ce cadre-là rejette l’essence spirituelle qui est en nous. Une essence spirituelle qui est peut-être demeurée obscure, cachée, comme en latence, mais elle nous a bien été transmise par nos parents associés avec Hashem.  

 

La voie juive, au contraire, nous engage à découvrir, puis à attiser cette flamme spirituelle qui se trouve au fond de chacun d’entre nous. Elle est quelquefois très profondément enfouie. La sentir et la faire remonter à la surface n’est pas toujours aisé. Mais c’est à coup sûr une démarche qui nous rapprochera de nos parents et nous amènera à davantage les honorer, les craindre et les aimer. Nous pourrons ainsi leur apporter un peu de ce dont ils ont peut-être eux-mêmes été trop privés : de l’affection et de l’amour.  Et combien alors nous en recevrons en retour ?! Si nous insistons tant sur ce point c’est parce qu’il nous apparaît comme une charnière, un passage obligé, pour être en paix avec nous-mêmes et nous ouvrir sur l’essentiel.  

 

Au lieu d’être destructrice, telle qu’elle se déroule dans le processus analytique, notre quête spirituelle nous construit en raffermissant nos sources et notre assise. Il nous est alors donné de rayonner et d’offrir le meilleur de nous-mêmes à tout notre entourage. Un cadeau inestimable puisqu’il pourrait  entraîner des réactions du même type qui à leur tour rayonneront et feront rayonner. Un retour naturel, comme par ricochet, qui procurera une vraie joie à tous ceux qui y auront participé. Pourquoi une vraie joie ? Parce qu’initiée dans un but Lishma = strictement désintéressé. N’est ici recherché que le bien d’autrui, pas d’autre gratification en retour. Lorsqu’il nous est donné de  procurer du bien-être, du contentement et de l’épanouissement à ceux à qui nous devons la vie, l’effet est multiplié parce qu’en même temps nous accomplissons la Mitzvah «Honore ton père et ta mère ! ».  

 

Le Talmid ‘Hakham évoqué plus haut poursuit son étude sans s’arrêter. La démarche première dans l’étude est d’en percevoir le sens, la raison d’être. Celle qui suit s’attache à acquérir les outils pour comprendre et savoir comment étudier. Celle qui vient ensuite consiste à être conséquent avec soi-même et donc étudier et vivre son étude. Ce que nous avons ébauché pour le cinquième commandement devrait être tenté pour les neuf autres dans les prochains numéros de La Lettre de Dvar Torah. Mais n’auriez-vous pas vous-même d’ores-et-déjà envie d’en découvrir la profondeur en les étudiant et en y réfléchissant?  Peut-être même voudriez-vous nous adresser votre propre commentaire ou vos remarques ? Nous serions vivement heureux de les recevoir, ou même simplement votre réaction.  

 

Le trait caractéristique de l’éveil d’un tout jeune enfant est sa capacité à imiter ses parents. Vous savez combien les parents sont heureux de voir leur bébé ou leur jeune enfant réagir exactement comme ils l’attendent. Adultes, nous reproduisons ce que nous avons reçu durant l’enfance et l’adolescence. C’est pour cela que chaque parent doit être vigilant et en alerte quant à ce qu’il transmet à ses enfants et à la manière dont il leur transmet. Qu’on ne s’y méprenne, quasiment tous les enfants  interprètent chacun de nos gestes les plus bénins, comme la moindre de nos humeurs. Ils les intègrent et ils nous jugent constamment. Et cela est heureux, notamment parce que cela nous amène à nous ressaisir et à nous améliorer ! D’ailleurs une forme de répétitivité ou de reproduction de faits et gestes et de corrélation de cause à effet existe aussi dans la Torah, et cela avec une minutie stupéfiante. En effet, c’est parce qu’Avraham Avinou a offert lui même du pain à manger aux anges envoyés par Hashem que les enfants d’Israël ont reçu la manne directement du Ciel durant les quarante ans passés dans le désert après la sortie d’Égypte. Avraham Avinou a également invité les anges à se servir de l’eau. Il ne leur a cette fois pas servi lui-même à boire. Et les Beneï Israël ont aussi reçu de l’eau à boire grâce au puits de Miriam qui les a suivis tout au long des quarante années de pérégrinations, mais ils devaient aller eux même y puiser l’eau. De même, pourquoi demeurèrent-ils quarante années dans le désert ? Parce que les douze Meraglim, les explorateurs, visitèrent Eretz Israël durant quarante jours. Or, à l’exception de Yehoshoua Bin Noune et de Kalev Ben Yefouné, ils formulèrent tous, à leur retour, des paroles dénigrantes sur Eretz Israël. Des paroles extrêment préjudiciables puisqu’elles découragèrent le Peuple qui se lamenta et pleura jusqu’à vouloir organiser son retour en Egypte. Aussi, pour chacun des quarante jours passés en Terre d’Israël par les Meraglim, Hashem infligea au Peuple d’Israël de demeurer une année de plus dans le désert ! Mais ce n’est pas tout. Les enfants d’Israël ont pleuré sans raison, puisque la Terre d’Israël, le pays où coule le lait et le miel, est incomparable à tous points de vue ! Ils n’avaient donc pas à se lamenter ! Aussi, Hashem promit que ces pleurs versés pour rien devront plus tard se justifier. Cela commença le 10 Téveth, où la ville de Jérusalem fut assiègée.  Le 17 Tamouz une brèche fut percée dans la muraille et les assaillants purent pénétrer dans Jérusalem. Jusqu’au 9 Av où le Beith Hamikdash, le Temple, fut profané et incendié. Et cela se produisit pour le premier Temple érigé par Shlomo Hamélekh, le Roi Salomon, mais aussi pour le second Temple construit par Ezra au retour de Babylonie. Mais ce n’est pas tout. Le 9 Av commença la  destruction de la ville de Bétar où des millions de Benéï Israël périrent, puis ce fut l’expulsion des Juifs d’Espagne, puis le début de la première guerre mondiale qui était en fait à l’origine de la seconde guerre mondiale, avec les atrocités que l’on sait pour le Peuple juif. 10 Téveth, 17 Tamouz et 9 Av, trois dates pour lesquelles nous jeûnons tous. Avec une rigueur particulière le 9 Av où, en plus, nous nous lamentons et nous nous asseyons à terre comme un jour de deuil à part entière.  

 

Napoléon Bonaparte découvrit au cours de ses campagnes des Juifs en pleurs se lamentant assis à même le sol dans une synagogue un jour de 9 Av. Il s’enquit de savoir ce qui venait de se passer. On lui répondit que les juifs pleurent la destruction du Temple de Jérusalem. «Un peuple qui est capable de pleurer sur un événement qui s’est déroulé il y a près de 2000 ans est assuré d’être porteur d’un avenir grandiose ! » dit-il alors. Avons nous besoin de la reconnaissance de Napoléon Bonaparte, aussi grand fut-il ?  Le jour viendra, avec l’aide d’Hashem bientôt, où tous les Peuples de la terre comprendront la spécificité du Peuple juif et la mission qui lui a été attribuée d’être Memlekhèth Kohanim VeGoye Kadosh, un royaume de prêtres et un Peuple saint. A nous de nous y préparer et d’être à la hauteur ! Le temps presse car il y a beaucoup à faire et nous n’avons pas le droit de rater le train en marche, de rester en gare, de faire défaut, de nous effacer pour, à D.ieu ne plaise, disparaître.  

 

Après l’épisode des Meraglim, Hashem sanctionna tous les hommes âgés de vingt à soixante ans qui, par manque de confiance en D.ieu, s’étaient soulevés pour ne pas entrer et prendre possession d’Eretz Israël. Hashem les condamna à mourir dans le désert et leur interdit d’entrer en Eretz Israël. Chacun d’eux, la veille du 9 Av, creusait sa propre tombe et s’y couchait. Si son tour de mourir était venu ce 9 av, il suffisait de quelques pelletées pour l’ensevelir. Cela se produisit chaque veille de 9 Av jusqu’à l’écoulement des quarante années de pérégrination dans le désert. Le 15 Av de la dernière année, tous virent qu’ils ne mouraient plus. C’était un jour d’immense soulagement et de grande joie. Bien plus tard, en Eretz Israël, toutes les jeunes filles, celles des familles riches comme celles des familles pauvres, s’empruntaient mutuellement des tenues blanches toutes simples qui effaçaient les différences entre elles et donnaient à toutes, ce jour du 15 Av, des chances égales de trouver un fiancé. C’était donc un jour de grande liesse dans tout Israël. Depuis la destruction du Temple la joie en Israël n’est plus ce qu’elle était auparavant. Elle ne retrouvera son éclat et sa profondeur qu’avec l’arrivée du Mashia’h, du Messie, la recontruction du Temple et le retour de la Shekhina, de la présence d’Hashem, sur Yeroushalayim, sur Eretz Israël et au sein de tout son Peuple revenu sur sa terre. Une réalisation que nous appelons tous de nos voeux les plus ardents pour que cela se réalise le plus vite possible. Alors toutes les Nations reconnaîtront en nous le Peuple choisi par D.ieu pour Le servir. Memlekhèth Kohanim VeGoye Kadosh ! 

 

Nous dédions cette lettre à la mémoire de Rabbi Nissim REBIBO zatsal, Président du Tribunal Rabbinique du Beth Din de Paris et pour toute la France. Les plus grands ont reconnu en lui un véritable Talmid ‘Hakham et un homme exemplaire par son étude, ses Midoth, notamment sa modestie, d’autant plus remarquable que sa fonction le faisait accéder à un statut des plus élevés. Ceux qui ne l’ont pas connu ont du mal à croire qu’un homme d’une telle envergure vivait parmi nous. Les autres réalisent seulement maintenant l’immense privilège qu’ils ont eu de le côtoyer et combien la Communauté a été bénie de le voir oeuvrer pour elle. Il a été brutalement rappelé auprès de ses pères, à la Yeshivah Shel Ma’ala, dans le Monde de Vérité, le 11 sivane 5764 (31 mai 2004). Que son âme soit reliée à la chaîne de la vie et que le Ciel console la Rabbanith, ses enfants, ses frères, ses soeurs et tous les siens, Amen. 

 

        Ye’hiel-Yoël Gronner 

 

P.S. Je ne peux vous laisser sans vivement vous suggérer de tirer parti, comme je l’ai moi-même largement fait pour rédiger ces lignes, des quelques 365 cours et conférences diffusés en cassettes audio par DVAR TORAH. Ils sont tous remarquables à tous points de vue. Depuis peu une série de CD et de double CD (voir la liste ci-dessous) vient encore l’enrichir. Si vous pouvez en tirer parti, faites-le ! Et si vous pouvez soutenir Dvar Torah, n’hésitez-pas !