N° 6  Shevath - Adar 5764  -  Février - Mars 2004 05.Feb.2004

N° 6 Shevath - Adar 5764 - Février - Mars 2004

Ce n°6 est dédié à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de Adella bath Dina et Mordekhaï COIFMAN aléa hashalom épouse de Simon GUERSTENHABER qu’il ait une longue vie en bonne santé, entouré de l’affection de tous les siens ! 

 

Trois mois plus tard...   

Nous comptons sur vous pour l’avoir corrigé de vous-même. Lorsque Moshé Rabbénou a fui le palais de Pharaon, il s’est bien évidemment d’abord rendu en pays de Koushe et seulement ensuite à Midiane, et non inversement (fin de la page 2 du n° 5 de la Lettre de Dvar Torah). Rassurez-vous, nous ne cultivons pas l’erreur. Rav Yaakov Lévy, qui Baroukh Hashem nous l’a signalée, a voulu nous rassurer en précisant que ce n’était pas du tout grave d’en commettre. L’erreur, par nature, n’est-elle pas le propre de l’homme ?  Néanmoins, il nous faut être parfaitement clairs sur tout ce que nous avançons. Comment y parvenir ? En étudiant et en révisant notre étude. Rabbi Yehoshou’a ben Kor’ha ne dit-il pas dans dans le Traité de Sanhédrine (99 a) «Celui qui étudie mais ne révise pas est comme celui qui sème et ne récolte pas» ?  Et, dans un même ordre d’idée, celui qui aura étudié 101 fois un traité du Talmud, ou même 101 fois le Talmud tout entier, est réputé plus grand que celui qui ne l’aura étudié «que» 100 fois. On a envie de préciser : dans la mesure où celui qui ne l’a étudié «que» 100 fois aurait effectivement pu l’étudier 101 fois. Son abnégation, son travail sur soi sera d’une autre dimension que s’il s’était «contenté» de ne l’étudier «que» 100 fois. Son engagement, sa soumission dans sa Avodath Hashem, dans son service divin, le conduit à encore plus d’humilité vis-à-vis d’Hashem et des hommes. Ce qui confirme et prouve bien son idéal de recherche et d’approfondissement.  

Mais n’est-ce pas tout juste l’opposé que prône la société dans laquelle nous vivons ? Si l’on réfléchit bien, quel sens cela représente-t-il aujourd’hui pour la très grande majorité des hommes d’étudier 100 fois ou 101 fois un traité du Talmud ? Qui s’intéresse vraiment à cela ?  

 

Observons...  

Oui, observons juste un petit peu ce qui nous entoure. La télévision est l’exemple par excellence parce qu’à la fois reflet révélateur, modèle et guide pour la société au sens large. Elle propose des programmes où violence, perversité, politique «politicienne» et désinformation se taillent la part du lion. Les radios et la presse en général vont, pour la plupart, dans le même sens. Et la quasi totalité des média ont une préoccupation commune : la mise en avant des réussites matérielles de l’homme, quasiment jamais sa moralité ou son élévation spirituelle. A de rares exceptions près certes, notamment dans la Communauté, où des radios ont des animateurs engagés dans la transmission de notre héritage qui se donnent bien du mal à faire passer quelques messages forts. Des messages qui sont, hélas, souvent limités, encadrés, parfois noyés par la publicité -nerf de la guerre- et la propagation de l’option politique défendue par la station émettrice.  

 

Moutons ou pas ? 

Devons-nous demeurer impassibles ? L’esprit mouton n’est pas le trait caractéristique du Peuple juif. Certes, Avraham, Yits’hak, Ya’akov, les Shevatim (les enfants de Ya’akov), mais aussi Moshé, Shaoul et David, pour ne citer qu’eux, savaient prendre soin de leurs troupeaux. Et c’est assurément ce qui les a rendus aptes, respectivement, à diriger et à conduire ceux qui peu à peu devinrent le Peuple Juif. Parce que la spécificité essentielle d’un chef parmi nous, Beneï (enfants d’) Israël, est sa dimension humaine, sa capacité à déployer de l’attention, à payer de sa personne pour secourir, protéger, aider, enseigner et même corriger. Ce sont des domaines où l’on ne peut tricher. Où l’on peut et l’on doit même se défendre le cas échéant. Mais où le mensonge, la diplomatie et la politique -dans ce qu’elles ont d’exécrable- n’ont pas de prise. Nos Pères étaient des bergers. Et ils l’étaient aussi, comme le précise Rabbénou Be’Hayé (qui vécut en Espagne il y a quelque 750 ans !) -Midrash sur la Torah,  Parasha Vayyigash- pour s’éloigner et s’écarter des lieux de peuplement. Parce que de nombreuses fautes sont engendrées par la vie en société. Oui, déjà de leur temps, les Patriarches veillaient à se mettre à l’abri du colportage (le fait de rapporter à quelqu’un ce qu’un tel a dit sur lui), du Lashone Harah (paroles non mensongères mais qui ont pour conséquence de déprécier autrui et de lui nuire -or comme nous nous devons d’aimer notre prochain comme nous-même, il est hors de questions de lui faire le moindre mal), des faux serments (serments mensongers prononcés devant une cour, un Beith Din, tribunal rabbinique, pour disculper ou condamner quelqu’un à tort et dont les conséquences peuvent être une atteinte aux biens et/ou aux personnes), des pratiques de mœurs dépravées (qui incitent à avoir des relations interdites), du vol, ou encore du meurtre. Autant de fautes engendrées par les concentrations humaines, desquelles les grands de notre Peuple veillaient déjà à s’éloigner. Or, malgré cette conscience aiguë, tous ne réussirent pas à s’en prémunir. Devrions-nous évoquer le premier crime de l’humanité : Caïn tuant Hévèl (Abel) -le berger- parce qu’il était jaloux de son frère, du fait que Hashem agréa le sacrifice de Hével et non le sien ? Ou bien ce qu’il advint vingt deux générations plus tard, dans la famille-même des Patriarches, où Essav (Esaü) haïssait Ya’akov (Jacob), son frère jumeau, au point qu’il voulait le tuer ?  

 

La bénédiction 

Chacun se souvient de ce qui s’est passé pour qu’il en vienne à des sentiments si extrêmes. Essav rentra affamé et épuisé d’une journée de chasse, de violences et d’exactions, au cours de laquelle il tua Nimrod.  Le même Nimrod qui, quelques dizaines d’années auparavant, à Our Qasdim, avait fait jeter Avraham dans un four brûlant (l’épreuve de la fournaise) duquel, grâce à l’intervention Divine, Avraham sortit indemne. Or ce jour là, lorsque Essav revint épuisé et affamé, Ya’akov avait préparé un plat de lentilles, en signe de deuil, car Avraham, leur grand-père, venait tout juste de quitter ce monde pour le Monde de Vérité. Essav, l’aîné -d’un court instant- de Ya’akov, accepta de vendre son droit d’aînesse à Ya’akov. C’est dire combien Essav faisait peu de cas des privilèges réservés aux aînés. Le droit d’aînesse n’allait-il pas de toutes les façons être attribué, après la sortie d’Égypte, à la tribu de Lévi au détriment des premiers-nés ? Donc à quoi bon s’en soucier ? D’autant que Essav ne se préoccupait guère de respecter les préceptes que sa famille chérissait tant. Cependant, ce n’est pas parce que Yits’hak était devenu aveugle qu’il ne percevait pas les différences entre ses fils. Au contraire, il voulut bénir Essav pour lui donner la chance de mettre ses dons et sa puissance au service de Ya’akov qui incarnait la Torah. Un peu à l’instar de ce que firent bien plus tard Yissakhar et Zévouloun.  Il semble qu’en voulant bénir Essav, Yits’hak «forçait la main» d’Hashem en vue de sauver Essav. Rivka avait depuis longtemps reconnu la haute dimension spirituelle de Ya’akov par opposition à la fourberie d’Essav. Lorsqu’elle apprit l’intention de Yits’hak, il ne pouvait y avoir de doute. Aussi ordonna-t-elle à Ya’akov de se présenter devant son père à la place d’Essav. C’est ainsi que Ya’akov reçut la bénédiction. Lorsque Essav l’apprit, il devint fou de rage contre Ya’akov. Au point qu’il se promit de le tuer. Il était furieux parce qu’il s’attachait, sa vie durant, à tromper tout le monde et d’abord son père Yits’hak. Or se faire à son tour (dé)tromper et, de facto, révéler son vrai visage, ç’en était trop pour Essav. De plus, il avait conscience de la valeur de la bénédiction de son père et donc de la perte d’en être privé. Or pour Ya’akov, comme pour sa mère Rivka d’ailleurs, tout était très clair. Il savait parfaitement ce qu’il faisait. Et il en avait le droit à plus d’un titre :  

. Que ce soit du fait de la cession du droit d’aînesse par Essav qui s’accompagnait implicitement de la bénédiction qui était donnée au premier-né.  

. Qu’il s’agisse de l’obligation qu’avait Ya’akov de respecter la volonté de sa mère Rivka qui était prête, par avance, à assumer les malédictions qui pouvaient être proférées à l’encontre de Ya’akov. Et ce, bien que cette démarche allait apparemment à l’encontre de son père, que Ya’akov devait respecter au moins tout autant que sa mère.  

.  Ou encore le fait que peu après que Ya’akov ait reçu la première bénédiction de son père -qui avait compris qu’il s’était substitué à Essav- Yits’hak ait à nouveau béni Ya’akov à deux autres reprises. Ainsi, la seconde bénédiction à Ya’akov a été formulée lorsque Essav vint pour recevoir la bénédiction de son père. Yits’hak lui dit : «Je l’ai (Ya’akov) béni et il sera béni» (Bereshith, Parashah Toldoth, 27, 33). Yits’hak comprit qu’en bénissant Ya’akov il n’avait fait qu’agir selon la volonté d’Hashem et qu’il n’était pas possible de reprendre la bénédiction à Ya’akov (selon le Beèr Hatorah). Yits’hak a à nouveau béni Ya’akov en prophétisant que Hashem allait Lui-même le bénir dans des termes très clairs (Parashah Toldoth 28, 1-4). C’était au moment du départ de Ya’akov pour Padane Aram. Ya’akov s’y rendait à la fois pour trouver une épouse dans la famille de sa mère Rivka -qui était aussi la  soeur de Lavane- et pour, le temps aidant, apaiser la colère que Essav nourrissait à son égard. Or cette troisième et dernière bénédiction de Yits’hak à Ya’akov venait confirmer et renforcer la première bénédiction que Yist’hak avait donnée à Ya’akov en pensant qu’il bénissait Essav.  

. De plus, lorsque Ya’akov revint de chez Lavane, la veille de sa rencontre avec Essav, il eût à lutter avec son ange, l’ange de Essav (Parashah Vayyishla’h 32, 27 et Rashi). Le jour se levait et l’ange de Essav demanda à partir, Ya’akov exigea qu’il le bénisse. L’ange de Essav lui annonça alors que son nom ne sera plus Ya’akov mais Israël. Et Rashi d’expliquer : «Qu’il ne sera plus dit que toi Ya’akov tu as reçu les bénédictions par ruse, mais en toute légalité et ouvertement (Vayyishla’h 32, 29).  

. Enfin, après avoir quitté Shekhèm, Hashem se révéla à Ya’akov à Louz. Là, Il le bénit. Or cette bénédiction reprenait exactement les mêmes termes que celle que Yits’hak avait prononcée au moment du départ de Ya’akov pour Padane Aram. D’où confirmation directe et claire par Hashem que Ya’akov était bien le vrai bénéficiaire de la bénédiction de Yits’hak. 

. Et, bien sûr, on ne peut s’empêcher d’ajouter que par nature toute bénédiction ne doit être donnée que pour faire le bien, non le mal. Or Ya’akov était «Ish Tam Yoshèv Ohalim» = un homme entier, droit, pur, qui étudiait la Torah dans les tentes (dans la Yeshivah) de Shem et Ever. Il était bien plus à même de faire le bien qu’Essav, Ish Sadé, l’homme des champs, le chasseur fourbe et cruel que l’on sait. 

 

Rabbénou Be’Hayé, déjà cité, rappelle dans son commentaire sur la Parashah Toldoth que la première bénédiction a été donnée par Hashem à Adam, qui est lui-même devenu source de bénédiction. Une bénédiction qui se transmettait par les aînés, de génération en génération. Puis suit une lente dégradation des mœurs menant jusqu’au déluge, où seul Noa’h (Noé), homme juste de sa génération, a été sauvé avec sa famille dans l’arche dans laquelle il fit entrer toutes les espèces d’animaux purs et impurs. Noa’h reçut aussi la bénédiction d’Hashem. Puis se produit à nouveau une lente dégradation des valeurs, depuis la Tour de Babel jusqu’à Avraham.  Avraham, le premier Juif, père du monothéisme, qui a surmonté les dix épreuves et a mérité d’être béni par Hashem et de devenir lui aussi source de bénédiction. Cependant, Avraham ne bénit pas Yishmaël, son fils aîné qu’il eut par Agar. Parce que c’est Yits’hak, son fils par Sarah, qui a été désigné par D.ieu comme étant le fondement, la souche essentielle de la descendance d’Avraham. Et Avraham ne bénit pas non plus Yits’hak pour qu’il n’y ait pas de jalousie entre Yishmaël et Yits’hak. Après la mort d’Avraham, Hashem bénit Yits’hak. Une bénédiction révèle à la fois un potentiel et un programme. Elle a une valeur immense. Elle ne peut être attribuée qu’à un être élu, particulièrement digne, prêt à assumer le programme-même de la bénédiction. Rappelons-le, la nature ou la vocation-même de toute bénédiction est pour faire le bien, non le mal.   

 

La vente de Yossef 

Autre péripétie conflictuelle, dont les protagonistes étaient d’abord dix, puis neuf frères, parmi les douze fils de Ya’akov. Ils  voulurent tuer Yossef et finalement le vendirent à une caravane de marchands qui le revendit à une autre qui à son tour le revendit en Égypte à Potifar, ministre de Pharaon. Nous faut-il ici aussi analyser les mobiles qui ont attisé la haine qu’avaient les frères de Yossef à son égard et passer en revue tous les enchaînements qui ont amené un événement, puis un autre, etc... ?  Seuls les très grands traits seront rappelés pour un peu préciser l’enjeu. 

 

Ya’akov préférait Yossef parce qu’il était le fils de Ra’hel, fille de Lavane. C’est pour qu’il puisse l’épouser que Ya’akov a travaillé durant sept années pour Lavane. Mais Ya’akov reçut Léah à la place de Ra’hel. Ya’akov épousa ensuite Ra’hel, mais il dût travailler pour Lavane encore sept autres années. Ra’hel était l’épouse que Ya’akov préférait. C’est donc tout naturellement qu’il préféra Yossef parmi tous ses autres fils. Si Lavane n’avait pas amené Léah à se substituer à Ra’hel, Ya’akov n’aurait certainement pas épousé Léah. Et les enfants de Léah ne seraient pas nés. Ils ne sont donc nés que pour la venue au monde de Yossef...   

Ya’akov confectionna à Yossef une tunique avec des rayures de toutes les couleurs, qui était bien plus belle que les tuniques portées par ses autres fils. De plus Yossef étudiait aussi avec son père Ya’akov, lorsqu’il ne s’occupait pas des troupeaux. Yossef avait pris sur lui de protéger les fils des servantes qu’il croyait dénigrés, méprisés, sinon assujettis par les fils de Léah. On se souvient que lorsque Léah a été donnée en mariage à Ya’akov à la place de Ra’hel, une servante, Zilpa, fut adjointe pour être aux côtés de Léah. Il en fut de même pour Ra’hel, qui reçut Bilha. Léah donna successivement naissance à Reouven, Shim’one, Lévi, puis Yehoudah. Ra’hel, qui n’avait toujours pas eu d’enfant, proposa Bilha à Ya’akov pour qu’elle enfante pour elle. Bilha donna naissance à Dan et à Naphtali. Léah vit, à son tour, qu’elle cessa d’enfanter. Aussi proposa-t-elle Zilpa à Ya’akov pour qu’elle enfante pour elle. Zilpa donna naissance à Gad et à Asher. Après cela, Léah eut encore Yissakhar et Zevouloun, puis une fille : Dinah. C’est alors que Ra’hel eut finalement à son tour Yossef, puis Binyamine. 

  

Ya’akov, on l’a vu, préférait Yossef à tous ses autres fils. Yossef lui rappelait Ra’hel, partie juste après la naissance de Binyamine. Or, Yossef rapportait à Ya’akov  l’inconduite qu’il percevait chez ses frères. Qu’en plus Yossef leur raconte ses rêves... Celui où leurs gerbes de blé entouraient la sienne et se prosternaient devant elle. Ou encore le rêve où le soleil, la lune et onze étoiles se prosternaient devant Yossef... La règle est de ne confier ses rêves qu’à des êtres chers, aimants et dignes de toute confiance. C’était dans cet esprit, plein d’humilité, mais aussi avec le souci de les assurer de la confiance qu’il avait envers eux que Yossef raconta ses rêves à ses frères. Tandis qu’au contraire, les frères de Yossef, se sentaient humiliés, blessés, exaspérés, à tel point qu’ils voyaient en Yossef un second Essav. Ils en vinrent à le haïr chaque fois encore davantage (Beèr Hatorah, Parashah Vayyeshev 37, 5). Malgré cette tension, Ya’akov envoya Yossef au devant de ses frères pour savoir comment ils allaient. Ils faisaient paître les troupeaux dans la vallée de Shekhèm -cette même ville qu’ils avaient dû fuir quelques années auparavant lorsque Shim’one et Lévi passèrent tous les mâles au fil de l’épée après que Dinah ait été souillée-. Le voyant arriver, ils décidèrent de le tuer. Reouven les convainc qu’il valait mieux le jeter dans un fossé plutôt que de verser son sang. Il projetait de revenir plus tard pour l’en sortir et le ramener chez leur père. Lorsque Reouven revint, Yossef n’y était plus. Reouven, désespéré, déchira ses vêtements, en signe de deuil. Durant l’absence de Reouven, Yehouda avait suggéré de vendre Yossef, ainsi en seraient-ils débarrassés sans verser son sang. Ils jurèrent de ne jamais dévoiler la vérité en associant Hashem à leur serment pour former un Minyane, un quorum de dix. Réouven et Binyamine étaient absents. Il ne reste plus que neuf. Plus Hashem, cela fait bien dix. Pour simuler la disparition de Yossef ils égorgèrent un agneau, y trempèrent sa tunique qu’ils rapportèrent à Ya’akov en lui laissant supposer qu’une bête féroce avait dévoré Yossef. Ya’akov en fut tellement affligé que le Roua’h Hakodesh, l’esprit saint de prophétie, le quitta durant les vingt deux ans que dura son deuil. Un deuil qui ne prit fin que le jour où Ya’akov apprit que Yossef était bien vivant et qu’il était le vice-roi d’Égypte. C’était le pays où la caravane Ishmaélite se rendait. Le pays qu’Hashem destinait à la venue de la famille de Ya’akov. Là où Yossef allait préparer son accueil.  

 

Projet Divin 

Les grands traits de la vie de Ya’akov, comme les moindres détails, jusqu’à la vente de Yossef par ses frères, s’inscrivaient dans le projet divin révélé à Avraham Avinou. Hashem avait annoncé à Avraham que «ta descendance séjournera sur une terre étrangère où elle sera asservie et opprimée durant 400 ans» (Parashah Lekh Lekha 15, 13, déjà évoqué dans La Lettre de Dvar Torah n° 5, pp 3 et 4). Chaque geste, chaque parole est suivie d’effets, de conséquences. Même la perception qu’avait Yossef de la conduite de ses frères, puisqu’il en a résulté qu’il descende en Égypte dans les conditions que l’on sait. Contrairement à ce que Yossef pensait, les fils de Léah ne dénigraient pas les fils des servantes. Sinon ces derniers auraient-ils pris part au serment et à la vente de Yossef ? De même, ses frères ne prélevaient pas un membre d’un animal vivant pour le manger, sans lui avoir fait la She’hita, l’abattage rituel. Ni ils ne pratiquaient l’inceste. Yossef avait le sentiment que ses frères fautaient. Son exigence et sa rigueur dictaient-elles d’imposer à ses frères plus de clarté, de retenue, de distance pour que leur conduite soit irréprochable ? Autant de rapports qu’il fit à son père. Que fit Ya’akov ? Il l’envoya s’enquérir si ses frères allaient bien. Sans conteste, Yossef voulait leur bien. C’était LeShem ‘Hinoukh, pour éduquer et améliorer valeurs et comportements, que Yossef fit ses rapports à son père, nullement pour leur nuire. Une démarche qui n’est pas seulement autorisée, mais souhaitable, à la condition, bien entendu, de ne refléter que la stricte vérité. Nous avions déja vu, à propos de la réprimande, que des conditions très précises étaient également requises (La Lettre de Dvar Torah n° 4 pp. 5-6).  

Donc, Yossef ne pouvait supporter que ses frères puissent fauter. Or même ces pensées et les conclusions qu’il en tira, ainsi que les rapports qu’il fit à son père, étaient préjudiciables à l’image de ses frères, mais aussi pour lui-même. Tout cela demandait réparation. On peut penser que ses frères n’y sont pas allés de main morte. Leur haine n’était-elle pas disproportionnée ? Le remords et l’espoir d’être pardonnés ne les a dès lors plus quittés. «Ta descendance séjournera sur une terre étrangère où elle sera asservie et opprimée durant 400 ans». Le projet divin était en marche.  

Malgré la douleur et l’immense désarroi qu’éprouvait Yossef, la caravane qui l’amenait en Egypte transportait des épices et des aromates aux parfums agréables, au lieu du pétrole brut habituel. Hashem veillait et protégeait Yossef jusque dans les moindres détails. Le destin de Yossef était immense. Yossef devait être à la hauteur de la mission dont il allait avoir la charge : faire venir toute sa famille en Égypte, pourvoir à son installation, à la mise en œuvre des conditions de son existence et à son développement. L’avenir d’Israël en dépendait !  Hashem ne confie pas de missions sans avoir au préalable testé, mis à l’épreuve. Ce ne sont jamais les qualités de gestionnaire, d’organisateur ou de réalisateur qui priment. Hashem se préoccupe avant tout de la valeur morale des êtres. Et celle-ci s’apprécie à leur capacité à faire le bien, à appliquer la justice, à aller dans les voies d’Hashem. Toute avancée se traduit par une élévation spirituelle. Plus cette élévation dans la sainteté est ancrée en nous, plus grande est notre capacité de résistance à succomber aux travers qui peuvent se présenter. La résistance est le fruit d’une conviction née de valeurs transmises par l’éducation et par la formation que l’on s’est donnée. L’une de ces valeurs est la force de volonté -plus ou moins grande- à vivre en accord avec ses convictions. C’est pour cela qu’Hashem soumit Yossef à l’épreuve. Pas une fois, ni deux, ni trois fois, mais tout le temps, pour être assuré que Yossef pouvait effectivement mener la mission prévue dans les conditions requises. 

  

On se souvient de l’épreuve de la tentation de la femme de Potifar. On se souvient aussi des dix années passées dans le «trou», traduction littérale du «Bor», le cachot de la prison égyptienne. Puis des deux années supplémentaires lorsque Yossef fit confiance à l’échanson au lieu de réserver toute sa confiance à Hashem. Ce n’est qu’alors que Yossef fut apte. Dès lors, sans transition, il fut appelé à remplir, du jour au lendemain, la fonction de vice-roi d’Égypte. Passer du statut d’esclave, d’étranger jeté au fond d’un cachot, et de surcroît d’Hébreu, qui, pour les Égyptiens était la pire infamie, à la position de vice-roi de la plus grande puissance d’alors : tout est possible si Hashem le décide ! Et pas pour un jour, mais durant quatre vingts ans ! Retransposé aujourd’hui, ce serait le Ministre des Finances, du Budget, de l’Agriculture, du Commerce et des Transports de «l’Euramérique» durant 80 ans ! 

 

Et nous ?... 

Nous sommes si petits en regard des Maîtres d’Israël ! Exposés aujourd’hui dans des mégapoles, villes gigantesques en comparaison des villes d’antan. Avec des tentations, des influences et des agressions qui sont autant d’épreuves qui nous mettent à mal et qui éliminent, fauchent littéralement, à D.ieu ne plaise, une partie de notre Peuple, par les lois de l’assimilation. Combien nous nous sentons désemparés ! Et pourtant... Nous disposons de tous les ingrédients, de tous les outils pour nous protéger. Dans ce monde où la connaissance est à la portée de tous, nous pouvons tous être avertis des risques, des enjeux et des défis. Cependant, si nous demeurons en retrait, si nous ne prenons pas position et ne nous engageons pas, nous ne pouvons percevoir ce que nous perdons, tout comme ce que nous pouvons gagner. Nous dépassons ici, et de très loin, le problème philosophique que s’est posé tout adolescent. A savoir, qu’est-il préférable : l’idiot, inapte à se poser des questions, content de son sort, ou bien celui qui s’en pose, creuse et comprend que la vie n’est pas toujours toute rose? Ce qui nous occupe ici est d’un tout autre niveau. Rappelons-nous, chaque geste est porteur d’effets, de conséquences.  Schématiquement, si j’agis dans le bon sens je m’ouvre à un univers de possibilités. A l’inverse, si j’agis dans le mauvais sens, je me ferme à cet univers, je me bloque, jusqu’à ce qu’une ouverture apparaisse, preuve que je me suis amendé, corrigé.  Et s’il nous est donné en définitive de voir s’ouvrir devant nous cet univers de possibilités, que l’on pourrait désigner comme le monde de la Kedoushah, de la sainteté, on se rend compte de beaucoup de choses. Tout d’abord de la chance, de la bénédiction, dont nous sommes l’objet et de la gratitude que nous éprouvons envers le Ciel de pouvoir discerner ce qui compte, ce qui est important, ce qui doit guider nos pas.  Ensuite du regret de ce que nous n’avons pas toujours été sur ce chemin et que nous avons été amenés à agir parfois d’une manière diamétralement opposée. De sorte que nous nous sommes abîmés, flétris, tachés. Certes, nous n’avons pas tous pu avoir conscience de faire mal. Certains ont été écartés, empêchés ou n’ont tout simplement pas été avertis que nous avions des commandements à respecter, et qui plus est, de la manière la plus scrupuleuse. Que dire des 613 Mitsvoth ? Dans un environnement où il est interdit d’interdire, il n’est pas aisé de reconnaître des repères et de tenir le cap. 

 

Lorsque l’on sait quels dommages nous nous sommes causés en enfreignant la Loi, on a peur, on regrette amèrement et l’on aurait tant voulu ne pas être tombés dans tel ou tel travers. Cependant, l’accès à cet univers de possibilités du monde de la Kedoushah, de la sainteté, est aussi le signe que nous avons peut-être dépassé le handicap de nos errances passées. Qu’elles sont, on l’espère tant, pardonnées. Alors, s’ouvre, maintenant, devant nous, un monde infini où chaque instant pèse lourd en importance. Et il est devenu urgent de tout faire pour le mettre à profit de la meilleure manière possible. Cependant, rien de bien ne s’acquiert sans effort. De même, plus on s’élève et plus nos pas exigent d’attention. De plus, la raideur de la pente peut aussi nous faire glisser, chuter et même, à D.ieu ne plaise, nous précipiter dans le vide. «Al Taamine BeAtsme’hah Ad Yom Mottekha» = ne crois pas en toi jusqu’au jour de ta mort (Pirqué Avoth, Traité des Principes ou Maximes des Pères 2, 5).  Tant l’homme est sollicité par l’interdit qu’il risque de faillir. Mais si à ce moment-là la faute lui apparaît dans toute sa dimension. S’il perçoit d’une manière ultime le précipice au bord duquel il se trouve. S’il prend conscience qu’il doit se ressaisir et qu’il y parvient, il atteindra dans cette épreuve le niveau de Yossef HaTsadik -lorsqu’il prit la fuite devant la femme de Potifar- et il sera sauvé. (voir le cours de Rav Frank sur ‘Hinoukh et Matane Torah). Il sera sauvé et il pourra s’élever vers d’autres sommets, d’autres félicités, vers Hashem. Mais il lui faudra toujours être en alerte, rester sur ses gardes : «Al Taamine BeAtsme’hah Ad Yom Mottekha» = ne crois pas en toi jusqu’au jour de ta mort...   

 

Le vrai  

Le vrai sent bon, comme le Gan (jardin d’) Éden.  Il ne s’agit pas précisément ici de l’odeur d’une rose ou celle d’une épice. Mais vraiment celle du Gan Éden avec tout ce qu’il représente de sainteté. Une histoire ‘hassidique revient en mémoire, contée la première fois par Rav FRANKFORTER (lors des fameux cours de ses commentaires sur les cinq livres de la Torah «Parashah et Midrash»).  

Il fallait de toute urgence trouver des fonds pour sauver des veuves et des orphelins. Les caisses de la Tsedaka, caisse de bienfaisance, pour leur venir en aide, étaient complètement vides. Reb Moshé, était-ce bien son nom ? le responsable de la caisse de Tsedaka, se mit en quête, parcourut toute la ville, alla de maison en maison auprès de tous les gens qui possédaient quelques biens. La situation frisait la catastrophe. Mais rien ne dérangeait Reb Moshé lorsqu’il fallait sauver des veuves et des orphelins. Il entra même dans une taverne où des hommes riaient, chantaient devant des verres vides. Ils l’interpellèrent : «Hé Moshé, que fais-tu ici, n’as tu pas remarqué que ce n’est pas la maison d’études ?» Reb Moshé leur dit : «Bien sûr que si, mais il me faut absolument trouver 1000 kopeks avant demain». Yanek, le chef de la bande, se mit à rire, se gratta la tête, regarda ses compères et une lueur dans ses yeux leur fit comprendre qu’ils allaient bien s’amuser. Il appela Reb Moshé et lui dit : «Si tu veux avoir tes 1000 kopeks, prends cette soutane de curé, mets-la et cours dans toute la ville, va partout et que tout le monde te voie». Reb Moshé avait besoin de cet argent. Courir vêtu d’une soutane de curé dans toute la ville et se dévoiler aux yeux de tous allait le dégrader et l’avilir. Mais les veuves et les orphelins n’avaient plus rien et cette épreuve allait lui procurer de quoi les sauver. Il l’enfila et courut partout durant plusieurs heures. Ce qui fit beaucoup rire Yanek et sa bande. Mais au moins ils tinrent leur promesse et donnèrent effectivement les 1000 kopeks à Reb Moshé. Lorsque Reb Moshé en retour leur remit la soutane, il lui dirent : «Non garde-la, elle est pour toi !» Et il partit avec les 1000 kopeks et la soutane du curé par laquelle il s’était humilié, mais grâce à laquelle il allait pouvoir sauver les veuves et orphelins de la ville. Lorsque quelques années plus tard le Rabbi ‘Haïm de Sanz était en visite dans la ville, alors qu’il marchait dans la rue, il fut attiré par une odeur spéciale, qui sortait de l’ordinaire. Il était comme un aimant attiré par un autre aimant. Il se dirigea vers la maison,  demanda à entrer dans une pièce, puis dans une autre jusqu’à une armoire. Reb Moshé s’inquiéta de savoir ce que le Rabbi de Sanz recherchait et ce qui lui valait le si grand honneur de sa visite. Et le Rabbi de lui demander s’il voulait bien ouvrir l’armoire. Reb Moshé l’ouvrit bien évidemment et le Rabbi de Sanz demanda à Reb Moshé ce qu’était ce tissu noir. Reb Moshé lui raconta alors toute l’histoire de la soutane du curé, des 1000 kopecks, des veuves et des orphelins. Le Rabbi de Sanz comprit alors pourquoi ce vêtement sentait l’odeur du Gan Éden. -La même odeur que celle qui émanait des vêtements de Ya’akov qui inspira à Yitsh’ak les termes de sa bénédiction-. Le Rabbi de Sanz dit alors à Reb Moshé que ce vêtement était devenu des plus précieux depuis qu’il avait fait un si grand don de sa personne. Et qu’il fallait qu’à 120 ans, il s’en serve de linceul. Bien des années après que Reb Moshé ait quitté ce monde pour le Monde de Vérité, le cimetière dans lequel il était enterré dût être déplacé. Toutes les tombes furent ouvertes. A la stupéfaction des membres de la ‘Hévra Kaddisha (le personnel rabbinique chargé des  défunts et des enterrements) le corps de Reb Moshé était resté strictement intact, à l’exception d’un pied qui n’avait pu être recouvert par la soutane. Le sacrifice de Reb Moshé avait empli et imprégné ce vêtement de sainteté qui l’a ensuite protégé de toute altération. 

 

Et le faux 

A l’opposé, le faux a une odeur nauséabonde. Le rituel de Rosh Hashanna contient des supplications rédigées par Rabbi Yehoudah Halévy selon lesquelles : «Im ‘Hataaye...» «...Si mes fautes -commises par inadvertance- mes voisins les avaient senties, il se seraient enfuis et éloignés de moi». C’est ici aussi une notion très difficile, voire impossible à se représenter si l’on vit en dehors d’un univers de pureté et de sainteté. Ainsi, un Tsadik, homme sage qui conduit sa vie en accord avec la Torah, doit littéralement se boucher le nez lorsque la voiture qui le conduit passe par une rue aux mœurs décousues. Cela a, entre autres, été rapporté dans «Le Patron avant tout» un livre tout à fait remarquable, écrit par Rou’hama SHAIN, la fille de Rav Ya’akov Yossef HERMAN zatsal, qui relate la vie du Rav et l’immense travail qu’il réalisa en Amérique (USA) au début du siècle passé pour y faire revivre le judaïsme. Nous en profitons ici pour saluer l’immense travail de l’éditeur, Rav Shaoul RUBIN zatsal qui, dans le cadre des Éditions Émounah, a lui aussi réalisé une œuvre considérable pour toute la Communauté.  

Si donc nous enlevions de nos vies tout ce qui a trait au mensonge, à la diplomatie, au calcul politique et à la corruption des mœurs, il y aurait tout d’un coup beaucoup de place, beaucoup de temps disponible pour le bien et pour le vrai. Cela rappelle l’histoire avec Rabbi Israël SALANTER (rapportée dans la Lettre de Dvar Torah n° 3, page 3). Où l’homme qui vint le voir ne disposait que d’une demi-heure par jour pour l’étude de la Torah. Le Rav lui conseilla de la consacrer à l’étude du Moussar (morale). Ainsi il se rendrait compte qu’il peut disposer de bien plus de temps chaque jour pour se consacrer à l’étude de la Torah. (Voir aussi page 4 et 5 de La Lettre de Dvar Torah n° 3). A ce thème nous n’ajouterons que deux points. Le premier concerne plus précisément le Ben Torah, celui qui se consacre entièrement à l’étude de la Torah.  

 

Le Ben Torah 

Le chemin qu’il a choisi est le plus dur mais aussi le plus prometteur. Celui qui offre assurément le plus de chances de gravir tous les échelons pour aller aussi loin que possible dans la connaissance d’Hashem et l’application de Sa volonté. Le chemin est dur mais passionnant et enthousiasmant, parce que nous sommes constamment confrontés et avec le texte de la Torah et avec nous-mêmes. Nous sommes interpellés au plus profond de nous-mêmes et nous interpellons le texte sacré aussi profondément que notre compréhension nous y autorise. Et lorsqu’elle nous semble insuffisante, lorsque nous butons, nous ne comprenons pas, lorsque le texte est hermétique, incompréhensible, il nous reste à pleurer Hashem et à Le supplier pour qu’Il nous vienne en aide et nous éclaire. Et de nombreux miracles se produisent effectivement ainsi. Je me souviens d’un Rav dont un fils était et est toujours, D.ieu merci, particulièrement brillant. Un autre de ses fils ne l’était pas spécialement. Cependant, il s’est tellement donné, dévoué, avec une telle constance, une telle assiduité et une telle force, presque avec acharnement, qu’il a dépassé toutes les attentes. Son esprit s’est ouvert et il pourrait bien devenir l’un des futurs Grands de la génération. Lorsque l’on se donne ainsi, tout son être est interpellé, ébranlé, rendu apte à recevoir la sainteté du texte et l’esprit de la Torah. Toutefois, s’il est légitime d’en être heureux, très heureux même, il faut se garder et se méfier, comme de la peste, de tout sentiment d’orgueil qui pourrait nous habiter. Il sied et il est nécessaire de féliciter et d’encourager un enfant qui grandit et qui accomplit ce qu’on attend de lui. Il en retire un contentement de soi qui le pousse à persévérer et même à se surpasser. Une fois mature, il doit savoir faire la part des choses et... fouler aux pieds tout signe d’orgueil, réel frein à toute avancée en profondeur. Cela s’avère si important que l’école de Novardok, l’un des courants du Moussar -de morale et d’éthique- a instauré un système par lequel les Benéï Yeshivoth allaient s’exposer à des désapprobations publiques pour briser en eux toute trace d’orgueil. Le plus sage n’est-il pas le plus humble ? Ces situations nous paraissent-elles exceptionnelles ? En soi elles le sont, spécialement en regard du monde qui nous entoure.  

 

Il est bien vrai que tous ne sont pas aptes à rester devant une Guemara (un traité du Talmud) et un compagnon d’étude à longueur de journée, durant des années, voire des dizaines d’années. Et ils ne sont certainement pas à blâmer ! De même que ceux qui n’ont pas eu la chance de grandir dans un milieu de Torah, où l’étude tient la place qui se doit. 

 

Accepter l’autre 

Non, personne n’est à blâmer. Surtout pas. Ce ne sera jamais en rejetant quelqu’un que l’on pourra lui ouvrir les yeux et le cœur. Ce n’est qu’en montrant à autrui notre intérêt, notre réelle et profonde préoccupation à son égard, le fait qu’il nous est lui-même très important, que nous pourrons lui faire comprendre que notre monde a un sens, qui mérite qu’il s’y intéresse. C’est vrai que ce n’est pas facile. Lorsqu’on sait son frère dans l’erreur la plus totale, doit-on le rejeter ou bien le rapprocher ? On doit tout faire pour le rapprocher ! Et ici aussi on ne doit pas hésiter à pleurer et prier Hashem pour qu’Il nous donne les moyens de trouver les mots justes pour nous faire comprendre, pour toucher la fibre juive, la Neshama, qui n’aspire, nous le savons, à rien d’autre qu’à retrouver sa source par une vie de sainteté. C’est quelquefois particulièrement difficile. Cela tient au fait que la Kedoushah, la sainteté ne peut avoir de prise dans un monde de Toum’a, d’impureté. L’impureté chasse la sainteté. Toutes deux sont incompatibles entre elles. L’impureté n’a rien à voir avec la saleté physique qui, déjà, interdit de prier si l’on n’est pas propre, si l’on se trouve dans un lieu dégoûtant ou s’il y règne une mauvaise odeur. Considérons ici l’impureté qui résulte d’une transgression aux préceptes de la Torah. A titre d’exemple, il est un fait avéré que celui qui ne mange pas Kasher devient complètement hermétique à la sainteté de la Torah. Il ne s’agit pas ici d’intelligence cérébrale, mais bien de sainteté. Celle-ci réside dans le cœur. Or le cœur du contrevenant est devenu hermétique et s’est «bouché» à toute perception de sainteté. Et cela à un tel point que la personne en cause ne percevra ni sa défaillance ni même son manque. Mais n’oublions jamais que la force de nos prières peut être exceptionnelle. Cependant, pour qu’elles puissent être acceptées et aient l’effet espéré, nous devons être des plus fervents, et surtout modestes. 

 

Tou-BiShevath 

Avez-vous remarqué que si vous soignez vos plantes avec tendresse elles réagissent autrement et elles sont plus belles que celles que vous traitez avec indifférence ? Depuis quand les plantes seraient elles dotées d’intelligence et de sensibilité ? Vous pouvez le vérifier. Or le 15 du mois de Shevath (Tou se composant de la valeur numérique des lettres Teth = 9 et de Vav = 6) la nature se réveille après le sommeil de l’hiver. La sève monte comme une grande clameur, un hymne et une louange à la création du monde, à Hashem. Une nature, des arbres, des fruits qu’Hashem a créé spécialement pour nous ! Lorsque le renouveau de la vie s’annonce dans un tel concert de frémissements presque secrets. Lorsque le réveil de toutes les plantes, jusque-là endormies, nous rappelle le don immense qu’Hashem nous à fait. N’est-il pas naturel que nous le reconnaissions à notre tour et remercions Hashem ? Est-il une meilleure façon de le faire qu’en honorant Hashem à travers les produits de Sa création ? Notre reconnaissance prend corps en faisant les bénédictions appropriées avant de les consommer. Des bénédictions et des remerciements que nous adressons à Hashem, évidemment. Et cela spécialement le 15 Shevath qui est le nouvel an des arbres. Ce jour là est la date butoir pour l’appréciation du Ma’asser, du prélèvement de la dîme, sur les fruits des arbres. Une imposition régie pour l’ensemble des productions (Devarim, Reèh, 22-23) «Pour que l’homme apprenne à craindre Hashem tous les jours de sa vie». A contrario, le décompte de l’année des autres produits de la terre (récoltes de céréales et de légumes), comme ceux d’autres provenances (loyers, salaires, d’ordre financiers) se fait depuis le premier Tishri, et le décompte de l’année sur les animaux, part depuis le premier Elloul. Divers prélèvements doivent être faits sur les récoltes. En premier lieu vient la Trouma Guedola, ou grande contribution. Elle est versée directement au Kohen les six premières années de la Shmita. La Shmita, est la septième année, année de jachère, de repos ou de chômage de la terre. Les années se définissent par rapport à la Shmita, au même titre que les jours de la semaine par rapport au Shabbath, le septième jour. Le prélèvement de la Trouma Guedola varie selon la générosité, dans une proportion qui va de 1/60 de la récolte, pour celui qui refuse d’être généreux, à 1/50 pour celui qui l’est moyennement, et jusqu’à 1/40 de la récolte pour celui qui l’est le plus. Ce qui fait en moyenne 2% de la récolte. Vient ensuite le Ma’asser Rishone, le premier prélèvement de 10 %. Il est prélevé sur les quelque 98% restant de la récolte (100% -2%). Soit 9,8% de la récolte, qui sont retenus chacune des six premières années de la Shmita.  Le Ma’asser Rishone est remis au Lévi. Le Lévi remettra à son tour sa Troumath Ma’asser, soit 10% de ce qu’il aura reçu, au Kohen. Le Ma’asser Shéni, le 2ème prélèvement de 10%, s’applique sur la récolte après déduction de ce qui a été prélevé pour la Trouma Guedola et pour le Ma’asser Rishone, soit 10% de 88,2% (= 98% - 9,8%) de la récolte. Le Ma’asser Shéni est prélevé les années 1, 2, 4 et 5 de la Shmita. Il doit être consommé par les propriétaires des arbres à Yeroushalayim, si possible à l’occasion des trois montées en pélérinage à Pessa’h, Shavouoth et Souccoth. Notons que pour des raisons de commodité les fruits peuvent être «rachetés» en argent, à la condition d’en majorer la valeur de 1/5 du produit total, pour ensuite acquérir de la nourriture sur place. Puis vient le Ma’asser ‘Ani, qui représente quantitativement exactement la même part que le Ma’asser Shéni, soit 10% de 88,2% de la récolte des années 3 et 6 de la Shmita. Le Ma’asser ‘Ani doit être remis aux pauvres (‘Ani = pauvre) dès que possible. Avez-vous remarqué que les années de prélèvements du Ma’asser Shéni et du Ma’asser ‘Ani sont décalées ? Il ne peut donc y avoir de cumul des deux prélèvements la même année. Le prélèvement doit se faire très strictement et uniquement sur les fruits de l’année considérée et non sur les fruits de l’année précédente ou ceux de l’année suivante. Sont considérés «fruits de l’année» ceux qui n’étaient pas encore formés au 15 Shevath. Si le fruit a déjà été formé avant le 15 Shevath il appartient au décompte de l’année précédente. On comprend dès lors l’immense importance de la date de Tou-BiShevath, à partir de laquelle tout s’évalue : la récolte et le Ma’asser, à donner, comme à recevoir. (Voir la Lettre de Dvar Torah n° 4 pp. 1-3 à propos du Ma’asser et de la Shmita). C’est ici l’occasion de bénir le Créateur qui nous a tout donné et qui pourvoit à tous nos besoins. Et, à travers Lui, la terre, et d’abord la terre d’Israël, ses fruits, et d’abord ceux d’Erets Israël. En donnant notre Ma’asser, nous accomplissons la volonté d’Hashem, nous louons Sa création, nous manifestons notre reconnaissance, nous exprimons notre respect et notre solidarité envers ceux à qui nous le donnons et, au-delà de cela, nous nous montrons dignes de la confiance qu’Hashem a placée en nous et dignes d’en mériter même davantage à l’avenir. 

 

Mode d’Emploi de la Vie 

On voit comment tout se tient et s’articule. C’est en fonction de nos comportements qu’Hashem nous envoie des signes ou des épreuves. Uniquement pour notre bien, pour nous faire avancer, nous corriger et nous réparer. Parce que lorsque nous agissons d’une manière inadéquate, cela nous affecte directement. «Kedoshim Tihiyou Ki Kadosh Ani = Soyez saints parce que Je Suis Saint» (Vayikra, Qedoshim, 19, 2). Tel est l’état qui doit être le nôtre, celui qu’Hashem nous a assigné pour que nous puissions accomplir le projet divin. A nous de comprendre ce qu’Il attend de nous et de tout faire pour nous mettre en conformité. C’est un très vaste programme ! Ne fût-ce qu’à l’échelle individuelle ! Lorsqu’on le considère pour l’ensemble du peuple Juif, des frissons nous parcourent le dos... Mais si la tâche est immense, elle ne repose pas sur les épaules des hommes. Nous l’avons vu plus haut : «tout est possible si Hashem le décide ! »  Il nous incombe seulement de faire ouvrir les yeux de nos frères pour qu’ils prennent conscience combien et comment le temps est rare et précieux. Que ce temps ne peut être employé que pour grandir et nous construire dans le chemin qui a été tracé pour nous. Grâce aux 613 Mitsvoth de la Torah, qui est aussi le mode d’emploi de la vie !  Que toutes nos énergies soient employées dans le sens attendu de nous par le Ciel ! Alors nous nous rendrons compte de la futilité, de l’inadéquation et même de l’incompatibilité de ce que nous propose le monde environnant-notamment à travers ses média : télévision, radio et autres journaux-magazines- en regard de ce que nous devons être et devenir.  

 

Chaque Juif compte ! Chaque juif est important ! «Qui sauve un Juif, sauve un monde entier», grâce aux générations de ses descendants qui verront le jour parce qu’il a lui-même été sauvé.  

 

Nous voudrions que vous soyez avec nous pour que tous ensemble nous œuvrions pour élargir et affermir le plus possible cette prise de conscience du rôle si essentiel que nous devons tous remplir, être un «Mamlékheth Kohanim VeGoye Kadosh = un Royaume de Prêtres et un Peuple Saint» (Shemoth, Yithro, 19, 6) pour l’ensemble des Nations. Il nous faut donc être à la hauteur !!! 

Rejoignez-nous ! Ensemble nous pourrons être beaucoup plus forts et efficaces. Il y a vraiment tant à faire !  

Baroukh Hashem, nous avons plein de projets et il nous faut aussi les moyens matériels pour les réaliser. Nous ne devons avoir aucune honte : c’est Hashem qui pourvoit à tous les besoins ! C’est vrai que c’est bien nous qui choisissons et décidons d’en être ou non les intermédiaires. Mais si nous acceptons, alors nous serons réellement associés, vraiment partie prenante, dans toutes les réalisations qui s’en suivront et aux Mitsvoth qui y seront attachées. Que ceux qui ne disposent pas de beaucoup de moyens ne s’inquiètent pas pour nous. N’est-il pas toujours possible de préparer une boîte de Tsedaka -au nom de DVAR TORAH- dans laquelle ceux qui souhaitent adhérer à nos projets pourraient mettre chaque jour une pièce ? Il suffirait ensuite de nous adresser régulièrement le chèque correspondant à son contenu. Les petits ruisseaux n’ont-ils pas depuis toujours fait les grands fleuves ? * 

N’hésitez pas à nous contacter. Nous attendons de vos bonnes nouvelles.  

A très bientôt ! Que nous puissions tous être bénis ! Joyeuses fêtes de Pourim pour tout Israël !         

      

Oui, déjà Pourim ! 

Le temps nous a rattrapé. Cette Lettre était achevée lorsque, des contre-temps aidant, voici que le mois d’Adar est à notre porte ! Un mois où, dès qu’il commence, nous augmentons dans la joie ! Parce que la fête de Pourim approche, suivie de Pessa’h. Pourim évoque le miracle de la délivrance de la terrifiante machination fomentée par Amane qui ne visait que... l’extermination du Peuple Juif. Un homme, un seul, Mordekhaï, a osé tenir tête à ce despote, ce fou, descendant d’Amalek, pourtant premier ministre du roi Ha’hashevérosh, Assuérus. D’aucuns sont même allés jusqu’à reprocher à Mordekhaï de mettre tout le Peuple Juif en péril !... Parce qu’il refusait de se prosterner devant Amane. Amane qui se prenait pour une divinité et portait sur lui une statuette pour nous faire commettre un acte d’idolâtrie. Si ce n’était peut être pas de l’idolâtrie, ne pas se prosterner était à coup sûr une sanctification du Nom d’Hashem. Dans un cas où il nous est exigé de commettre un acte d’idolâtrie, la Torah nous dicte de nous laisser mourir plutôt que de nous renier et renier Hashem. Au même titre, du reste, que si l’on veut nous contraindre à tuer quelqu’un, ou encore à commettre un adultère. Hashem n’abandonne jamais Son peuple s’il se repent, s’il fait Teshouva, et s’il s’attache absolument à respecter Ses commandements. C’est ce qui s’est justement passé à Pourim. En un instant, toute la situation a été totalement retournée. Sur ordre de Mordekhaï, à la demande de la reine Esther, tous les Juifs de Shoushane -Suze- ont prié, pleuré et jeûné durant trois jours consécutifs. Et Hashem les a entendus. Dès lors, le jour même où Amane voulait pendre Mordekhaï, le roi lui ordonna de clamer dans toute la ville, devant Mordekhaï qui chevauchait le cheval du roi : «Voilà l’homme le plus estimé du royaume ! ».  Amane fut lui-même, un peu plus tard, pendu sur ordre du roi à la potence qu’il avait préparée pour y pendre Mordekhaï ! Tandis que Mordekhaï s’est vu confier d’immenses pouvoirs auprès du roi. Et les Juifs, qui étaient répartis dans les 127 provinces du royaume de Perse, purent se défendre et être sauvés. Alors qu’ils étaient sur le point d’être exterminés ! Quand Hashem le veut, tout est possible ! Et de nos jours, autant que depuis toujours. Vous souvenez-vous du Pourim de la guerre du Golfe en ‘91, alors qu’Israël vivait au rythme des dizaines d’explosions de scuds lancés d’Iraq ? Des explosions qui n’ont fait aucune victime directe ! Vous comprenez de quelle protection divine nous avons bénéficié ?!!! Tous ceux qui, en Israël et en dehors, étaient en état d’implorer Hashem, priaient et suppliaient pour qu’Israël soit épargné ! Au Koweit, les Alliés ne jouirent malheureusement pas de la même protection ! Et, subitement, la veille de Pourim, l’Iraq a capitulé et le danger a été écarté ! Il nous faut nous en souvenir et mériter la sollicitude d’Hashem à notre égard. C’est précisément pour nous le rappeler que nos Sages nous ont imposé de respecter quatre Mitsvoth à Pourim. Lire dans un parchemin ou écouter la lecture de la Meguilah, une fois la nuit et une seconde fois durant la journée. Offrir des mets prêts à déguster à au moins deux juifs. Faire des dons aux pauvres de la communauté pour qu’eux aussi se réjouissent de la fête. Et enfin, organiser un Mishté, un festin, durant le jour, pour rappeler l’histoire de Pourim, où il est recommandé de boire du vin jusqu’à ce qu’on en vienne à confondre «béni soit Mordekhaï» et «maudit soit Amane».  

Seule la place nous manque ici alors qu’il y a tant à dire. Nous ne pouvons que vous encourager à écouter les cassettes produites sur ce sujet. Notamment les cours du Grand Rabbin de France Joseph ‘Haïm SITRUK : «Voir les Miracles», «Pourim : Dévoilement de D.ieu», «L’Histoire de Pourim», «La Reine Esther», «Le Miracle Perpétuel», et celui de Rav Shaoul David BOTSCHKO : «Pourim : Fête de l’Exil». Vous les trouverez dans notre catalogue ci-joint. 

Pourim Saméa’h, Joyeux Pourim ! Qu’Hashem nous protège tous ! 

                  Ye’hiel-Yoël Gronner 

 

 

* Rappelez-vous qu’il est aussi possible de dédier un nouveau titre à la mémoire et pour l’élévation de l’âme d’un être cher. Tout comme le prochain numéro de La Lettre de Dvar Torah. C’est l’un des plus grands cadeaux que vous pourriez lui faire !  

 

P.S. Notre site www.dvartorah.org sera, avec l’aide d’Hashem, bientôt opérationnel.