N° 5  Elloul  5763  -  Septembre  2003 07.Sep.2003

N° 5 Elloul 5763 - Septembre 2003

 

Ce n°5 est dédié à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de Shlomo Shim'one ben Ye’hiel et Guittel GRONNER zal ainsi qu’à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de son épouse Malka Hadassah bath Shmouël Zvi et Hinda Feïgel a’’h. 

 

Il s’est écoulé près d’un mois depuis la sortie du n°4 avant que nous reprenions la rédaction de ce n°5. Puis, le temps de laisser décanter, mais aussi d’être inspiré... Deux thèmes s’imposaient d’eux-mêmes et nous hésitons lequel traiter en premier. Tous deux sont prioritaires. L’un parce qu’annoncé en page 10 du n°4, à savoir : «Quand pourrons-nous mériter la paix ?». L’autre thème s’impose aussi parce qu’il résulte d’une erreur qui doit donc être réparée sans retard. Est-ce pour nous ménager que personne ne nous l’a signalée, ou bien est-ce le fruit d’une sorte de lapsus communicatif ? Avec votre accord, nous corrigerons d’abord l’erreur.  

Toutefois, l’enchaînement des événements depuis l’écriture de ces premières lignes nous a contraints à espacer encore bien davantage la parution de ce n°5. Devrions-nous vous le cacher ? Vous avez tous senti, peut être depuis des années déjà, que nous tenons à avoir une relation directe, franche et privilégiée avec tous les membres de DVAR TORAH. Cette lettre étant l’un des relais qui nous lie, nous ne dérogerons pas à cette règle qui nous tient à cœur. Nous avons été sensibles de recevoir quelques dons spontanés, grâce auxquels nous avons pu envisager l’avenir avec un peu plus de sérénité. Toutefois ils ont encore été bien insuffisants pour permettre d’étoffer le personnel de l’Association, de sorte que nous sommes toujours aussi limités pour la mise en œuvre de nos ambitieux projets. Notre démarche est, cela nous a même été signalé, à la fois séduisante et terriblement pénalisante. Séduisante parce que nous nous attachons à apporter tous nos soins à l’aboutissement de toutes nos réalisations, au point où notre devise pourrait bien être ici : «ou bien ce que l’on fait est bien fait, ou bien l’on s’abstient». Or ici apparaît justement l’aspect pénalisant. En effet, faire bien suppose en avoir les moyens. Si ces moyens nous manquent et que malgré tout la qualité de nos diffusions ne baisse pas, il est sûr que cela vient sur le compte d’un passif qu’il faudra bien combler un jour. De plus, ces conditions limitent les possibilités de faire beaucoup plus ou même tout simplement d’atteindre des prévisions et des espérances apparemment légitimes. Si vous le voulez bien nous y reviendrons. Revenons-en maintenant à «l’autre thème» signalé plus haut.   

 

Énigme pour un Lapsus ? 

Il est vrai que l’erreur n’était que partielle : le terme en français était exact, mais ne correspondait pas à l’hébreu qu’il était sensé traduire. Nous voudrions, pour la corriger, vous convier à un petit détour et butiner ensemble dans quelques Parashioth (sections de la Torah) que nous venons de lire ces dernières semaines. 

 

Hashem (D.ieu) se manifesta à Moshé (Moïse) par le buisson ardent qui brûlait et ne se consumait pas. C’est là qu’Hashem indiqua à Moshé la mission qu’il allait devoir remplir auprès de Pharaon pour qu’il libère les Beneï Israël de l’esclavage et les laisse quitter l’Égypte. Or Moshé refusa tout d’abord la mission proposée, prétextant, notamment, qu’étant bègue - il avait la langue lourde, les lèvres pesantes - il ne saurait plaider comme il sied. Ce défaut de langage avait pour origine une épreuve que Moshé dut subir dans le palais de Pharaon. Toutefois, pour mieux saisir l’imbrication des événements, il nous faut encore revenir quelques années avant l’épreuve qui rendit Moshé bègue. Jusqu’au jour où... les magiciens de Pharaon annoncèrent qu'un garçon allait naître, qui aurait pour mission de libérer les Hébreux de l’esclavage. C’était bien entendu une perspective des plus détestables pour les Égyptiens. Se voir privés d’une aussi abondante main-d’œuvre gratuite qui, de plus, assurait à l’Égypte un tel prestige... Aussi se mirent-ils à rechercher tous les nouveau-nés mâles pour les jeter dans le Nil. Et pas seulement parmi les Hébreux, puisqu’ils ignoraient l’origine de l’enfant qui allait être le libérateur des Beneï Israël.  

 

Or, malgré cela, Moshé fut miraculeusement sauvé et, qui plus est, par l’entremise de la propre fille de Pharaon. En effet, trois mois après sa naissance, Moshé ne pouvait plus rester dans sa famille, au risque d’être découvert et tué comme tous les autres nouveau-nés. Pour découvrir les cachettes les plus secrètes, les hommes de Pharaon recherchaient les nouveau-nés en étant accompagnés de bébés qu’ils faisaient pleurer. Avez-vous remarqué que lorsqu’un bébé en entend un autre pleurer, il se met aussitôt à pleurer ? Yokhéved, la mère de Moshé, confectionna un berceau étanche et bien protégé, y plaça Moshé, puis déposa le berceau sur le Nil. Moshé évoluait donc au gré du courant, selon la volonté de la Providence. Miriam, la sœur de Moshé, qui guettait pour savoir ce qui allait advenir de son tout jeune frère, vit Bitiya, la fille de Pharaon, se saisir du berceau.  

 

Malgré l’insistance de nombreuses nourrices égyptiennes, Moshé refusait leur lait avec la plus grande détermination. La bouche de celui qui allait parler avec Hashem pouvait-elle être souillée avec du lait d’origine impure ? Les aliments dont nous nous nourrissons affectent tout notre être. Ils ont un impact sur la composition des fibres de notre corps, de nos organes et, bien entendu, sur notre âme. Par extension, tout ce que nous intégrons, que ce soit des aliments, mais aussi des images, des sons, des paroles, des attitudes ou des idées, a une influence sur nous et donc sur tout ce qui en émane, sur ce que nous produisons et réalisons.  

 

Miriam se mit alors à découvert et vint proposer à Bitiya de faire venir une nourrice qui saura lui faire accepter son lait. N’était-ce pas la mère de Moshé qui était la plus à même de l’allaiter ? Ainsi, Yokhéved eut très officiellement la charge de nourrir son fils Moshé, et ce, jusqu’à ce qu’il fût sevré. Puis Yokhéved transmit Moshé à Bitiya qui l’éleva elle-même dans le palais de son père, le Pharaon. Or, un jour, Moshé, à peine âgé de trois ans, s’empara de la couronne de Pharaon et la posa sur sa propre tête. Les sages et magiciens de Pharaon y virent un signe et soupçonnèrent Moshé d’être le futur libérateur des Beneï Israël. Malgré son très jeune âge, Moshé fut donc mis à l’épreuve. Il dut choisir entre un plateau rempli de diamants et de pièces d’or et un autre contenant des braises flamboyantes. S’il choisissait diamants et or -signe qu’il était intelligent et représentait un réel danger pour les Egyptiens - il devait être mis à mort. Evidemment il dirigea sa main pour saisir des diamants, mais l’ange Gabriel l’en détourna, lui fit saisir une braise qu’il porta à sa bouche. Par ce geste, Moshé démontra aux Égyptiens qu’il n’avait pas la carrure d'un chef libérateur et les soupçons à son encontre disparurent. Mais non la conséquence de la brûlure dans sa bouche : son pesant défaut d’élocution.  

 

Avant d’en revenir à l’épisode du buisson ardent, signalons très rapidement encore deux épisodes. Bien plus tard, lorsque Moshé avait 20 ans, il fut un jour saisi de voir un Égyptien frapper un Hébreu. Ne voyant personne alentour, Moshé tua l’Égyptien, en prononçant le Nom sacré de D.ieu, puis il l’ensevelit dans le sable. Le lendemain, Moshé surprit deux Hébreux en train de se quereller, dont celui qu’il avait sauvé la veille. Moshé leur demanda aussitôt de cesser leur dispute. Ils lui reprochèrent alors de vouloir s’ériger en maître sur eux et ils menacèrent Moshé de le dénoncer à Pharaon. Ce qu’ils firent. Et Moshé fut condamné à mort. Mais Hashem n’était évidemment pas de cet avis. Aussi le cou de Moshé devint miraculeusement dur comme du marbre juste avant que le bourreau n’abatte son sabre pour lui couper la tête. Moshé réussit alors à s’enfuir, d’abord au pays de Kouche, en Éthiopie d’aujourd’hui, puis à Midiane (dans la version papier nous avions initialement inversé les lieux). Arrivé-là, près d’un puits, il prit la défense des filles de Yithro. Yithro était cet ancien conseiller de Pharaon qui s’était opposé aux visées funestes, inspirées par Bil’am, autre conseiller de Pharaon, à l’encontre des Beneï Israël. Yithro était aussi l’ancien grand prêtre idolâtre, depuis peu en rupture avec ses anciennes croyances et la société environnante. Or, depuis cette rupture, l'immense prestige dont il jouissait de la part de ses anciens fidèles se mua en sentiments hostiles, voire de haine. A tel point que ses propres filles se trouvèrent réellement en danger, menacées par les autres bergers. Après que Moshé les eut sauvées, Yithro offrit à Moshé d’épouser Tsipora, l’une de ses filles. Ce qu’il fit, et il devint à son tour berger des troupeaux de Yithro. C’est en recherchant une brebis égarée que Moshé parvint au ‘Horev, au Mont Sinaï. C’est là qu’il vit le buisson ardent où Hashem se révéla à lui. Et c’est là qu’Hashem chargea Moshé de parler à Pharaon pour qu’il libère les Beneï Israël d’Égypte. Lorsque Hashem lui assura que son frère aîné, Aharon, était réellement heureux de la mission qui lui était confiée, Moshé finit par accepter d’être celui par qui la libération d’Égypte allait commencer.  

Néanmoins, l’obstination  et les propos inconsidérés que Moshé eut lors de cette discussion, sept jours durant, avec Hashem provoqua le courroux d’Hashem. De ce fait, Moshé perdit le statut de Grand Prêtre qu’il aurait dû également assumer. Statut qui fut ultérieurement attribué à Aharon, le Kohen Gadol. On le voit, tout écart avec Hashem n’est pas sans conséquence (1). Ce fut d’ailleurs aussi le cas pour notre Patriarche Abraham qui demanda des preuves, signes ou gages, que la Terre d’Israël reviendrait bien à ses descendants. Etait-ce s’immiscer dans les desseins d’Hashem et manifester un manque de confiance et de soumission, indignes du degré qu’Abraham avait atteint ? Ou bien le peuple qui devait recevoir la Torah avait-il besoin de passer par des épreuves où les souffrances, associées à l’expérience des miracles, allaient accentuer sa singularité et contribuer à forger son identité pour être à même de recevoir la Torah ? (nous y reviendrons). Il en résulta l’annonce que les Hébreux résideraient durant 400 ans dans un pays étranger.  

 

Chacun se souvient que treize ans après la vente de Yossef par ses frères (un an passé au service de Poutifar et douze ans en prison), Yossef eut à expliciter les rêves de Pharaon. Avec l’aide du Ciel, Yossef donna les vraies réponses, mais indiqua aussi comment s’y prendre pour faire face à la situation révélée. A savoir, l’annonce de sept années d’abondantes récoltes suivies de sept années de famine, et les mesures appropriées qu’il fallait prendre pour permettre à l’Égypte de les surmonter. Le Pharaon comprit qu’il ne pouvait y avoir d’homme plus providentiel. Aussi, il nomma immédiatement Yossef vice-roi d’Égypte. Et les événements se déroulèrent bien évidemment selon les prévisions de Yossef. Or la famine sévit également en Cana’ane, où la famille de Yaakov résidait. Les frères de Yossef vinrent donc en Égypte pour s’approvisionner. Après que Yossef se fut révélé à ses frères, Pharaon invita toute la famille de Yaakov, et ce, avec les plus grands honneurs, à venir s’installer en Eretz Goshène. Goshène est cette province du Nord de l’Égypte qui fut offerte à Abraham lors du séjour qu’il y fit, avec Sarah, environ 210 ans plus tôt. Toute la famille de Yaakov jouissait alors d’un immense prestige, et ce durant toute la vie de Yaakov et celle de ses enfants. Yossef et ses frères sont aussi appelés les Shevatim =  tribus, parce qu’ils ont donné naissance aux douze tribus d’Israël. La période coercitive ne commença réellement qu’après la mort de tous les enfants de Yaakov. Et ce n’est que parce que la résidence des Beneï Israël en Égypte fut peu à peu transformée en astreinte de plus en plus pesante que sa durée fut réduite de 400 à 210 ans, dont 86 ans particulièrement douloureux et cruels. C’est précisément depuis le jour de la naissance de Miriam que l’asservissement et l’avilissement ont commencé. Et il s’est régulièrement accentué jusqu’à la limite du tolérable. En effet, pour punir «l’outrecuidante» intervention de Moshé et Aharon, venus demander la libération des Beneï Israël, Pharaon imposa aux Hébreux d’aller eux-mêmes rechercher la paille nécessaire à la fabrication des briques. Depuis lors, les Hébreux devaient produire le même quota de briques que lorsque la paille leur était fournie. S’ils n’y parvenaient pas, les Égyptiens saisissaient leurs enfants et les incorporaient dans les murs à la place des briques qu’ils auraient dû confectionner. Cet ultime durcissement entraîna une rancœur exacerbée chez les Hébreux. D’autant que l’action de Moshé et Aharon visait la libération de leurs frères et non l’aggravation du régime coercitif qu’ils subissaient.  

 

Hashem assura alors à Moshé que Pharaon allait très vite libérer Son Peuple. Pour contraindre Pharaon à accepter de nous laisser partir, Hashem frappa l’Égypte de dix plaies successives. A chacune d’elles, du moins pour les cinq premières, Hashem laissa à Pharaon son libre arbitre : le pouvoir de décider s’il allait enfin libérer les Beneï Israël. Mais comme à chaque fois il se ravisait, dès la sixième plaie, Hashem ne lui laissa plus le choix et Il endurcit le cœur de Pharaon pour qu’il ait à subir encore une plaie, puis une autre, puis une autre, jusqu’à totaliser dix plaies. Pharaon nous a tant fait souffrir, bien au-delà de ce qui avait été initialement prévu. Mais avait-il été prévu que nous souffrions ? Hashem avait dit à Abraham que sa descendance résidera dans un pays étranger durant 400 ans. Une résidence est-elle nécessairement accompagnée de souffrances ? Nous y reviendrons. Il reste qu’après la mort des Shevatim, les Hébreux, exceptées les tribus de Réouven, Shim’on et Lévi, se sont peu à peu relâchés. Au point qu’ils en vinrent à adopter et intégrer des pratiques idolâtres des Égyptiens. Pour encore davantage leur ressembler, ils abandonnèrent tous, hormis la tribu de Lévi, la pratique de la circoncision au huitième jour de la naissance, signe d’alliance par excellence avec D.ieu. Le corollaire est, bien entendu, leur éloignement d’Hashem. Or Hashem était tenu par la promesse faite à Abraham, mais aussi à Yits’hak et à Yaakov de transmettre en héritage la Terre d’Israël à leurs descendants. Il fallait donc que le peuple Hébreu soit sauvé. Les souffrances, associées aux miracles qui suivirent, ouvrirent les cœurs et firent revenir vers Hashem les Beneï Israël qui n’étaient pas complètement souillés. En fait, seuls ceux qui n’avaient pas encore atteint les cinquante degrés d’impureté pouvaient être sauvés. Durant la plaie des ténèbres, l’obscurité était telle, que personne ne pouvait ni voir, ni se mouvoir, sauf parmi les Hébreux. Ceux qui ne voulaient pas sortir d’Égypte, soit parce qu’ils s’y trouvaient bien, soit parce qu’ils ne croyaient pas que la Gueoula, la libération, puisse être dirigée par Moshé Rabbénou, étaient hélas, largement majoritaires. Hashem fit donc mourir durant cette semaine où sévit la plaie des ténèbres les quatre cinquièmes des Hébreux ! Ceux-ci furent ensevelis par leurs frères, durant cette même semaine, à l’insu des Égyptiens, pour qu’il n’en résulte pas de ‘Hiloul Hashem, de profanation du Nom de D.ieu. Accomplir la volonté d’Hashem, c’est proclamer Sa gloire et celle de Son règne et, par là-même, faire un Kiddoush Hashem, une sanctification de Son Nom. A l’inverse, lorsque l’on est reconnu comme étant des Beneï Israël et que l’on se conduit en transgressant Ses lois, on profane le Nom d’Hashem, à D.ieu ne plaise ! Les Beneï Israël ne sont-ils pas considérés comme les enfants d’Hashem ? Toute proportion gardée, si nos enfants se comportent bien, montrent l’exemple, agissent avec bravoure, droiture, honneur et élégance, et qui plus est selon les commandements d’Hashem, nous en éprouvons une grande joie, de la fierté même. Et ceux qui nous veulent du bien sont heureux pour nous et nous grandissons à leurs yeux. Dans le cas contraire, ce serait plutôt un sentiment de honte qui nous animerait. Et du même coup ceux qui ne nous aimeraient pas s’en réjouiraient et l’estime qu’ils ont pour nous diminuerait encore. Or, tous ceux qui moururent durant la plaie des ténèbres étaient néanmoins reconnus en tant qu’Hébreux... Le constat de leur mort par ceux qui renient D.ieu aurait eu pour effet de réconforter les impies dans leurs fausses croyances, au lieu du contraire. Ces impies étaient, au plan spirituel, beaucoup trop éloignés pour saisir la signification des cinquante degrés d’impureté. Dès lors, ils ne pouvaient comprendre que la mort des quatre cinquièmes du peuple Hébreu intervint en tant que réparation des fautes commises. Notre vocation en ce monde est bien de sanctifier le Nom d’Hashem.  Et nous le faisons par la crainte et l’amour avec lesquels nous nous attachons à accomplir tous Ses commandements. 

 

Le châtiment. (2) 

Chacun reçoit le salaire ou le châtiment qu’il mérite. Hashem tenait à ce que Pharaon reçoive aussi le sien avant qu’il n’accepte de laisser partir les Beneï Israël d’Égypte. De même qu’il était primordial de faire connaître au monde qui en était le véritable Maître. Notamment pour corriger l'image fallacieuse que Pharaon propageait en se prenant lui-même pour un dieu. Aussi, chacune des dix plaies étaient-elles clairement introduites par Moshé au nom d’Hashem. Elles ne pouvaient être le fruit du hasard. De plus, les dix plaies n’atteignirent que les seuls Égyptiens, jamais les Hébreux !  Seul le Maître du monde pouvait commander de tels prodiges ! Nous nous en souvenons tous, notamment parce que nous les évoquons chaque année lors du Séder de Pessa’h qui est consacré à raconter cette période capitale pour l’ensemble du Peuple juif. Un Séder où chaque juif doit se considérer comme étant lui-même sorti d’Égypte. Où nous avons d’abord assisté à la plaie par laquelle toutes les eaux du Nil et des autres sources furent transformées en sang. Puis, la plaie de l’invasion des grenouilles, jusque dans les fours et même les entrailles des Égyptiens. Puis, la plaie où la poussière de la terre fut changée en vermine, et ce dans toute l’Égypte. Puis, la plaie de l’invasion des bêtes sauvages qui fit des ravages parmi les hommes et leurs bêtes. Puis, la plaie de la peste sur tous les animaux. Puis, la plaie des ulcères qui affecta hommes et animaux. Puis, la plaie de la grêle qui détruisit toutes les récoltes, mais aussi tua hommes et animaux qui n’étaient pas à l’abri. Puis, la plaie des sauterelles qui mangèrent toute la végétation que la grêle n’avait pas anéantie. Puis, il y eut la plaie des ténèbres qui durant sept jours obscurcit l’Égypte de ténèbres opaques, palpables, qui interdisait même de s’asseoir ou de se lever. Puis, enfin, la plaie de la mort des premiers-nés où périt tout premier-né des hommes et des animaux chez les Égyptiens. Il fallut donc cette succession de dix plaies sur l’Égypte, par l’entremise de Moshé, pour que Pharaon accorde enfin aux Beneï Israël le droit de quitter l’Égypte le 15 Nissane.  

 

 

Erreur ou lapsus ? 

Mais vous souvenez-vous encore de notre fil conducteur ? Nous devions corriger une erreur partielle ou un lapsus !  A-t-il suffi de pénétrer un tout petit peu le texte pour être comme happé par de nouveaux horizons et une profondeur qui, somme toute, n’a été ici qu’à peine effleurée. Est-il toutefois légitime de poursuivre notre développement ? N’est-il pas à craindre, à ce rythme, d’abuser de votre disponibilité ? Et puis, il y aurait double emploi avec un certain nombre de textes qui, D.ieu merci, ont déjà été publiés et sont accessibles à tous ? Nous ferons donc quelques sauts de géants et n’évoquerons que par touches microscopiques les points les plus essentiels ou les plus frappants qui nous séparent de là où nous devions plus précisément vous convier.  

 

Quelques sauts de géants. 

Après les dix plaies, il y eut la sortie d’Egypte proprement dite des Beneï Israël, puis la poursuite de Pharaon avec ses armées qui voulaient rattraper et asservir à nouveau les Beneï Israël. La présence –émanation de la Providence- d’une colonne de nuée durant le jour, les protégeant des Égyptiens, et d’une colonne de feu la nuit pour éclairer le chemin des Beneï Israël. Jusqu’à l’ouverture et la traversée du Yam Souff, communément appelée Mer Rouge, avec l’engloutissement des armées de Pharaon, mais aussi l’extraordinaire élévation dans la sainteté des Beneï Israël. Puis commença le début de la pérégrination dans le désert, l’arrivée à la source de Mara, la tombée de la Manne, «pain du Ciel», l’épisode du rocher d’où jaillit l’eau, la guerre avec Amalek, la venue de Yithro et ses conseils pour alléger l’exercice de la justice, le Don de la Torah et les dix Commandements, la description des lois qui régissent tous les rapports entre les hommes, les Tables de la Loi, la Terouma ou les contributions du Peuple pour la construction du Mishkane, le Tabernacle, ou tente d’assignation -de rendez-vous avec la Présence Divine- comprenant le Arone, l’Arche, qui contenait les Lou’hoth, Tables de la Loi, les Chérubins - sur le dessus du Arone, mais aussi la Table et Lé’hem Hapanim, les pains de proposition, la Menorah ou chandelier à sept branches, l’autel d’or et le bassin, l’autel de cuivre, la rampe d’accès, les planches, tentures et agrafes du Tabernacle, le parvis avec ses piliers, socles et ornements, de même que tous ses ustensiles : pinces, pelles, cuillères, plats, montants et autres récipients. Constructions, élaborations et réalisations étaient confiées par Moshé à Betzalel, architecte et artiste inspiré par le Ciel. La construction du Tabernacle et la confection de tous ses éléments constitutifs, ustensiles, tentures, etc... sont détaillées dans la Parashah Terouma du livre Shemoth (exode). Terouma signifie justement contribution. En effet, pour être à même d’édifier le sanctuaire, qui devait faire régner la Shekhinah, la Présence Divine parmi les Beneï Israël, ceux-ci avaient été invités à offrir des dons d’or, d’argent, d’airain, de pourpre, d’écarlate et tout ce qui était nécessaire pour le Mishkane.   

 

 

Honneur et majesté. 

De même, la confection des vêtements d’apparat du Grand Prêtre est ordonnée et décrite dans la Parashah Tétsavèh : «Tu ordonneras», qui suit immédiatement la Parashah Teroumah. C’est pour honorer le Temple qu’Hashem a prescrit d’honorer ses serviteurs. Le Kohen Gadol devait être paré de vêtements magnifiques, pour l’honneur et la majesté d’Hashem, en accord avec la splendeur et la sainteté du lieu dans lequel il devait servir D.ieu au nom de l’ensemble des Beneï Israël.  

Les vêtements du Grand Prêtre, d’abord de Aharon, puis ceux de ses enfants et de leurs successeurs, sont composés du ‘Hoshène (le pectoral, avec les pierres représentant chacune des douze tribus) -que, d’ailleurs, Aharon a mérité de porter en récompense de la joie profonde qu’il a ressentie lorsqu’il apprit que son frère Moshé venait libérer les Beneï Israël-, du Ephode -sorte de tablier, avec en épaulette de part et d’autre une pierre de Shoham sur laquelle les noms des tribus étaient gravés, six de chaque côté- du Me’il -la robe, bordée dans le bas par des grenades d’azur, pourpre et écarlate, suivie, en alternance par des clochettes en or-, du Ketonèth Tashbètz -tunique à mailles de lin-, du Mitznéfèth -la tiare ou turban-, du Avnèth -ceinture en forme d’écharpe, longue de 32 coudées, approximativement 16 mètres, ceinte autour du corps mais en dessous du cœur-, des Mikhnassayïm -caleçons de lin-, du Tsits -la plaque frontale d’or où était gravé : «consacré à l’Éternel»-. Les vêtements d’apparat du Kohen Gadol étaient également l’œuvre de Betzalel ben Ouri ben ‘Hour qui, on l’a vu, était directement dictée par le Ciel. Betzalel était assisté de Oholiav ben A’hisamakh et de «tous ceux qui sont habiles», dans le cœur desquels Hashem insuffla la sagesse.(3)  

 

Sens et pertinence. 

Chaque élément constitutif du Tabernacle était minutieusement défini et remplissait une fonction sainte extrêmement précise. De même chacun des vêtements du Kohen Gadol, le Grand Prêtre, avait son importance, sa signification et une fonction parfaitement établies. De même, chaque détail dans l’accomplissement du service Divin avait son importance stricte et devait être parfaitement et scrupuleusement exécuté selon les règles. A défaut, la mission de tout Kohen, et pas uniquement celle du Kohen Gadol, non seulement n’aboutissait pas, mais elle pouvait aussi, à D.ieu ne plaise, conduire à des conséquences détestables. Comme lorsque Nadav et Avihou, fils de Aharon, mus par un élan d’enthousiasme de servir le Créateur, brûlèrent de l’encens contrairement aux règles prescrites. Un feu descendit alors du ciel et les consuma. (4)  

 

Si chaque mot, chaque expression de la Torah sont réputées avoir non seulement son sens, sa pertinence et son caractère absolument indispensable, au point où s’il venait à manquer une seule lettre dans un rouleau de la Torah, celui-ci n’aurait plus la Kedousha, la sainteté requise pour permettre sa lecture en public. Si par ailleurs la Torah décrit avec une telle minutie chacune des parties constituantes du Mishkane, du Tabernacle, ses dimensions, la façon dont chacune d’elles est réalisée, avec quels types de matériaux, selon un ordre déterminé, c’est bien parce que chaque trait particulier, chaque propriété a en soi une raison capitale et fondamentale. Au même titre que le fondement du monde et de la vie. Ceci est bien entendu également vrai pour les vêtements du Kohen Edioth, dit commun, et ceux du Kohen Gadol. Si un élément est retiré, un déséquilibre se crée qui peut, à D.ieu ne plaise, engendrer une catastrophe. 

 

 

Fin de l’énigme... 

Notre souci de corriger une erreur aussi minime soit-elle est maintenant plus compréhensible. Dans le paragraphe consacré à la responsabilité collective, du n°4 de la Lettre de Dvar Torah, nous évoquions «…les Ourim VeToumim, les pierres précieuses dont chacune désignait l’une des douze tribus. Ces pierres étaient réunies dans le <Éphode>, le pectoral que le Kohen Gadol portait sur sa poitrine». Or ce n’est pas le Éphode, mais bien le ‘Hoshène ! qui contient les douze pierres précieuses, chacune représentant l’une des douze tribus d’Israël, et le ‘Hoshène avait bien été traduit par pectoral. Erreur il y avait donc, minime certes, mais erreur tout de même. A moins qu’il ne s’agisse d’un lapsus, ici un peu compliqué à expliciter ?... Et, dans le cadre d’une responsabilité collective, il nous fallait bien sûr assumer la nôtre et réparer ce qui devait l’être !  

 

Cohérence absolue. 

Dans la Torah, tout se tient ! Tout forme un ensemble, une construction parfaite, d’une cohérence absolue. Essayez de démontrer le contraire, vous n’y parviendrez pas ! Même les plus grands problèmes de pure logique sont quelque peu pâlots eu égard à ceux étudiés dans la Guemara. Prenez par exemple le Traité Zeva’him où il est question des Korbanoth de Ba’aleï ‘Hayïm, des sacrifices d’êtres vivants : certains bovins, ovins ou volaille (page 72 et suivantes). Ceux que devaient accomplir les Kohanim, et pas seulement le Kohen Gadol, au nom des Beneï Israël, évoqués plus haut, et ce pour toutes les circonstances de la vie (5). Tout y est strictement codifié : les conditions vestimentaires et de pureté requises par le Kohen, le moment délimité de la journée pour consacrer le sacrifice, la façon de recueillir le sang de l’animal, de l’asperger, le lieu précis où il doit être aspergé sur le Mizbéa’h -l’autel- avec quelle intention, pour quel type d’animal -taureau, veau, bélier, agneau-, de volaille -pigeon, tourterelle-, mâle ou femelle, d’un an d’âge, de deux ou de trois, et répondre à des critères de conformité clairs, pour quel type de sacrifice: ‘Hatatt -expiatoire, pour réparer une faute involontaire, ‘Olah -holocauste, don offert de sa propre initiative-, Shelamim -rémunératoire, pour remercier-, et ce qu’il advient en cas de confusion entre deux types de sacrifices, ou lorsque plusieurs sortes d’animaux pour plusieurs types de sacrifices sont amenés ensemble, et ce qu’il faut faire lorsque ni le Kohen sacrificateur ni la personne qui a mené les animaux en sacrifice ne se souviennent ni des directives reçues et données, ni des gestes accomplis, propres à tel type de sacrifice.(6) La cohérence de la Torah, évoquée ici à propos des sacrifices, se retrouve partout ailleurs, que ce soit à travers les Dix Commandements, comme pour les six cent treize Mitzvoth contenues dans la Torah écrite, explicitées dans la Guemara, la Torah orale, et réunies, classifiées et détaillées dans le Shoul’hane ‘Aroukh, Précis des lois rédigé, par Rav Yossef CARO zatsal.  

 

Mériter la Paix ? 

Or nous y trouvons aussi tous les éléments utiles pour répondre à cette seconde question, énoncée au tout début : «Quand pourrons-nous mériter la paix ?». Lorsque le Peuple Juif fera ce qu’Hashem nous demande de faire. Ce, vis-à-vis de quoi nous nous sommes tous engagés au Mont Sinaï lors du Don de la Torah en proclamant : « Na’assé VeNishm’a = nous ferons et nous comprendrons ». Tout est codifié, comme pour les Korbanoth –sacrifices-. Nous devons faire ce qui nous incombe et nous n’aurons ni à manquer de rien, ni à souffrir de quelque désagrément que ce soit. Tous les Yissourim, les épreuves, les difficultés qui nous assaillent, nous sont imposées par Hashem. Et cela dans le but de nous les faire surmonter. Surmonter une épreuve, ce n’est pas seulement s’en sortir et la dépasser, c’est aussi s’interroger sur le sens de ce qui nous arrive, de le comprendre et d’en tirer l’enseignement qui en découle pour à l’avenir nous corriger et nous élever. Si en Eretz Israël le Peuple Juif souffre tant des crimes qui sont commis à son encontre, c’est pour l’amener à prendre conscience qu’il doit revenir dans les voies tracées par Hashem, précisées dans Sa sainte Torah. Que des enfants ou d’autres personnes à la conduite irréprochable, soient également atteints, relève de la responsabilité collective : ils souffrent par les manquements des autres. Durant la guerre des six jours, en 1967, le général Moshé Dayan, alors ministre de la Défense, qui n’était pas réputé comme étant un juif vraiment orthodoxe, se rendit pourtant une nuit vers trois heures du matin à la grande Yeshivah Poniéwicz à Bné-Braq. C’est le grand rabbin de France Joseph Sitruk -qu’Hashem lui accorde une complète guérison- qui l’avait raconté. Il vit qu’elle était pleine à craquer de jeunes gens et jeunes hommes qui étudiaient la Torah et lisaient des Tehilim avec ferveur, et il comprit que là aussi se trouvait le front de défense d’Israël. Que l’étude de la Torah et la lecture des Tehilim agissaient auprès d’Hashem comme une plaidoirie en faveur de Son Peuple Israël pour qu’il le sauve du danger que les armées Arabes lui faisaient alors courir ! Et ceci est hélas bien entendu toujours d’actualité. Plus le Peuple Juif étudiera la Torah, accomplira scrupuleusement toutes les Mitzvoth qui lui incombent, dont celle d’aimer son prochain comme soi-même, qui est l’une des plus difficiles, plus il pourra profiter de tous les immenses bienfaits qu’Hashem nous accorde. Même les épreuves, que nous ne devons bien entendu surtout pas solliciter, réclamer, sont des marques d’amour du Ciel envers nous. Puisqu’Il n’attend qu’une chose de nous : que nous nous amendions pour que nous puissions mériter et jouir de tout ce qu’Il nous a promis. De sorte que nous devrions tous œuvrer auprès des nôtres pour qu’ils en aient conscience et en viennent à se corriger et à faire Teshouvah. Il serait peut être utile de se reporter à ce qui a déjà été évoqué à ce sujet dans le n°4 de la Lettre de Dvar Torah, notamment à propos de «La réprimande», de «Haïr la haine» et de «Aime ton prochain comme toi-même». 

 

Dvar Torah et nous… 

Si les moyens limités accordés à Dvar Torah ralentissent le développement de son action, d’autres facteurs interviennent aussi. Dans tous les cas, ce n’est pas nécessairement négatif. Ne faut-il pas pallier les difficultés qui, elles-mêmes, peuvent être une source d’expériences et d’enrichissements globalement bénéfiques ? Un exemple ? Lorsqu’il y a plus de sept ans Rabbi Yaakov TOLEDANO zatsal, fondateur des Institutions Merkaz Hatorah, nous a quittés pour le monde de vérité, je voulais beaucoup accompagner son Arone (cercueil) en Eretz Israël. Mais mon passeport était périmé depuis peu. Je n’avais que quelques heures pour le renouveler. Je me rendis à la préfecture avec mon ancien passeport, dans l’après-midi, à quelques heures du départ de l’avion spécial affrété pour la circonstance. Le personnel de la préfecture avait reçu des ordres rigoureux et n’acceptait apparemment aucune exception. Depuis le hall de la préfecture je téléphonais à tous les amis qui auraient pu m’aider à un titre ou à un autre. Je n’en trouvais aucun d’efficace. J’appelais le ministère de l’intérieur, le responsable du service s’était absenté. La préfecture avait déjà fermé ses portes au public depuis près d’une heure. J’adressais alors une Tefilah (prière) à Hashem en lui disant : « Si Tu veux que je parte, Aide-moi. Sinon, je serais obligé de rester. » De suite après je rappelais le ministère de l’intérieur où le chef de service n’était toujours pas revenu. La secrétaire un peu excédée, me dit alors : « Mais vous n’avez qu’à demander à parler à un tel ». Je sentis que c’était le mot de passe. Hashem m’avait entendu. Et effectivement la dame à l’accueil me répondit alors avec beaucoup plus de déférence qu’auparavant et, vingt minutes plus tard, je repartais avec un nouveau passeport. Et je pus accompagner Rabbi Yaakov TOLEDANO zatsal jusqu’à sa dernière demeure à Bné Braq.(7) C’était difficile, toutes les énergies et les facultés étaient engagées, mais il manquait une prière à Hashem et tout devint possible ! La prière était le mot de passe qui doit guider chacun de nos pas ! N’est-ce pas ici un enseignement et une force qui, ajoutés à d’autres, construisent l’être, et pourraient peut être profiter à autrui ?  

 

Tranche de vie. 

La vie d’un juif implique à la fois une grande disponibilité et un engagement total. N’est-ce pas paradoxal ? Pourtant tout se résout selon un ordre de priorités. Ha’ossek BeMitzvah Patour Mine HaMitzvah = celui qui est déjà engagé à faire une Mitzvah est dispensé de s’engager à faire une autre Mitzvah. Si ce que l’on a à faire est vraiment ce que nous devons faire, alors on n’a pas à se rendre disponible pour faire autre chose. Sauf toutefois dans certains cas, pour sauver une vie ou pour accomplir la Mitzvah d’accompagner un défunt à sa dernière demeure. Si quelqu’un doit travailler pour sa subsistance et, malgré son emploi du temps déjà très chargé et ses journées harassantes, fait tout son possible pour consacrer chaque jour un temps pour l’étude de la Torah (ou pour chaque épouse de permettre à son mari d’étudier la Torah) et accomplir d’autres Mitzvoth, c’est sûr qu’il fait ce qu’il doit faire. Situation enviable s’il en est pour la plupart d’entre nous. Car à chacun de se préparer pour qu’à cent vingt ans, lorsqu’il sera appelé au Ciel et qu’il lui sera demandé des comptes sur ce qu’il a fait ici bas, il puisse donner les bonnes réponses. Or qui connaît le jour où on le rappellera ? Qui aime être pris de court et ne pas avoir le temps de se préparer ? La préparation est si importante que les anciens ‘Hassidim avaient besoin à chaque fois d’une heure entière pour se préparer spirituellement avant de faire leurs trois prières quotidiennes. Le grand rabbin de France Joseph SITRUK avait raconté que le Rav Chaïm Yits’hok CHAJKIN zatsal, Rosh Yeshivah d’Aix-les-Bains, se levait la nuit et marchait de long en large dans son salon. Interrogé sur ce qu’il faisait, le Rav répondit qu’il prenait des provisions de route. Il étudiait des Michnayoth par cœur pour se préparer au jour où il serait rappelé là-haut. Parmi les Mitzvoth les plus importantes qui incombent aux enfants, et nous restons éternellement les enfants de nos parents, il y a le cinquième Commandement : honore ton père et ta mère. Parfois cela prend du temps, beaucoup de temps, et pas seulement du temps, mais aussi de la patience, de l’argent même, plus tout ce que l’on ne peut faire du fait que l’on prend soin ou que l’on s’occupe ou simplement que l’on accomplit la volonté de ses parents. Mais qu’avons-nous d’autre de plus important dans la vie que de faire les Mitzvoth qui se présentent à nous ? C’est alors à chaque fois un cadeau que nous adresse le Ciel ! Mitzvah Habaa LeYadékha Al Ta’hmitzéna = si une Mitzvah se présente à toi, saisis-la, accomplis-la, ne la laisse pas s’échapper !  

 

Il est très difficile d’ouvrir son cœur en public parce qu’il y a un grand risque de donner à croire que l’on veut s’exposer. Rassurez-vous, il n’en est rien ! Ma seule motivation est d’apporter quelque réconfort et aussi ce que chacun voudra bien en retirer pour lui-même. Si vous ne me croyez pas, merci d’arrêter cette lecture ici. 

 

Pendant cette longue période qui s’est écoulé entre le n°4 et ce n°5 de la Lettre de Dvar Torah, j’ai aussi perdu mon Père zal. Il s’est éteint à Jérusalem, le 19 Sivane 5763. J’étais allé lui rendre visite dix jours plus tôt et nous avons passé une semaine ensemble où j’ai pu le cajoler, l’entourer, l’amener à deux mariages d’enfants de cousins, ainsi qu’au Kottel, le Mur occidental, être avec lui. Rentré en France le mardi, alors qu’aucun signe ne laissait présager ce qu’il allait advenir, je dus repartir le jeudi suivant pour l’enterrement. 

C’était Maman aléha hashalom qui veillait à son régime. Lorsqu’elle est partie il y a près de neuf ans, il a fait un écart fatal du fait de son diabète. Une infection puis une gangrène au pied qu’il a fallu couper. Il tint bon pendant deux ans avec une prothèse. Puis idem pour la deuxième jambe. Cette fois il était, vu son âge, condamné à la chaise roulante. Eretz Israël c’est loin d’ici. Et pourtant il fallait que je reste ici en France pour Dvar Torah. Il y avait le téléphone, le fax -quand il était à l’hôpital ce n’était vraiment pas facile- et un voyage tous les trois mois. On ne pouvait faire plus. Un jour, lorsque j’aurais plus de temps, pourrais-je envisager de publier tous ces fax ? L’un d’eux, adressé en fin Elloul, il y a quatre ans, se terminait ainsi : 

 

«Qu’à l’occasion de Roch Hashannah, le Yom Ha-Dine,* toutes les bonnes et grandes choses que tu as faites te soient reconnues et plaident pour toi pour que tu sois en bonne santé, que tu aies une existence sereine, entouré et protégé et que tu sois bien inscrit dans le Livre de la vie, Amen ! Shannah Tovah Mevoure’heth Ou Metoukah** ! Transmets s’il-te-plaît la même chose à Mireille et à sa chère famille. 

 

Sache, Papa, que nous t’aimons tous très fort et que nous tenons énormément à toi.  

 

Je t’embrasse, ton fils de France, ainsi que toute ma chère famille, Yaël, Yonathan, Judith et Aaron-David.            Ye’hiel-Yoël  

 

Il est plus de minuit, et je suis obligé d’aller vite me coucher. ‘Hag Saméa’h ! »  

* le jour du jugement. ** bonne année, bénie et douce. 

 

Qu’à l’approche de Rosh Hashannah, les vœux adressés alors à mon Père zal, vous accompagnent vous et vos familles, Ktivah Ve’Hatimah Tovah. Que vous soyez tous bien inscrits dans le Livre de la Vie, Amen.  

 

Durant les trente premiers jours de deuil, nous avons réussi à sortir quatre nouvelles cassettes. C’était exceptionnel. Il nous a semblé qu’en agissant ainsi ce serait probablement la meilleure manière d’honorer la mémoire de mon Père zal. D’autant qu’il était depuis le début particulièrement attaché aux réalisations de Dvar Torah, auxquelles il a d’ailleurs largement contribué. Ces quatre titres sont «‘Hinoukh et Matane Torah », par le Rav Shlomo FRANK (dédié à la mémoire de mon Père zal)   -existe également en CD-, «Torah écrite et Torah orale », par le Rav Messod ‘HAMOU (dédié à la mémoire de David CEYLON zal), «L’éveil de l’enfant», par le grand Rabbin de France Joseph SITRUK (dédié pour la Bar Mitzvah de Moshé BOTTON) -existe également en CD-,  et «La recherche du Émèth» (la vérité), avec Rav PAPERMAN et Rav KLAPISCH (dédié à la mémoire de Naomi KISRAOUI aléha hashalom). Nous avons aussi saisi l’opportunité qu’offrait l’édition de ce n°5 de la Lettre de Dvar Torah pour le dédier à la mémoire de mon Père zal. Et, bien sûr, nous voudrions tant que vous en retiriez le plus grand profit ! Comme de toutes nos autres réalisations ! 

 

Tirer parti ! 

Permettez-moi d’ajouter, en tout humilité, qu’il y a des documents sonores qui contiennent des enseignements que l’on regrette de ne pas avoir entendus plus tôt. Ils sont là aussi pour que vous n’ayez pas à dire un jour «Si seulement j’avais su, combien d’erreurs j’aurais pu éviter ?...» Alors, ne laissez pas la nonchalance, l’habitude, la routine, le conditionnement de l’environnement, prendre emprise sur votre temps et sur vous-mêmes. Ne m’en voulez pas si je me permets de le dire peut-être trop directement :  Il y a des trésors dont vous devez tirer parti ! 

 

Yamim Noraïm. 

Bien entendu les circonstances particulières qui ont conduit l’écriture de ce n° 5 ne nous ont pas vraiment amenés à évoquer comme il se doit les Yamim Noraïm, les jours redoutables, que sont Rosh Hashannah et Kippour, suivis de Souccoth, Shemini-‘Atsérèth et Sim’hath Torah, qui arrivent à grands pas. Et la place nous manque maintenant !  Néanmoins, en quelques mots... Rosh Hashannah, est le premier jour de la nouvelle année. Il est fêté durant deux jours. Soit cette année -en 2003- depuis le 26 septembre au soir jusqu’au 28 à la nuit. Deux jours de jugement, de grand jugement, qui vont déterminer ce qui va se dérouler pour chaque juif au cours de l’année qui vient. Tant au niveau de sa Parnassah, ses affaires et donc ses revenus, mais aussi de sa santé et de son existence-même. Le mois d’Élloul qui précède est celui du repentir, de la Teshouvah : introspection, désir réel de nous corriger et de nous améliorer, se poursuit jusqu’à Kippour, le jour du grand pardon inclus, et même au-delà. Kippour est aussi un jour de jeûne pour tous, depuis l’âge de la Bath/Bar Mitzvah ! (sauf exigence médicale). Nous fêterons Kippour cette année à Paris depuis dimanche 5 oct à 19h04 jusqu’au lundi 6 oct à 20h08. Puis vient Souccoth qui offre un retour aux sources, les cabanes du désert, la précarité, mais aussi la confiance que nous avons en la protection d’Hashem. Juste avant la fin de Souccoth, Hoshanna Rabba clot notre demande de pardon pour les fautes commises et ouvre des perspectives d’espérance, et d’allégresse avec Shmini Atséreth suivie de Sim’hath Torah, la fête de la Torah. Ce jour là tous les hommes de la Communauté sont appelés au Seffer Torah, dont on achève la lecture que l’on avait commencée il y a tout juste un an. Puis on en reprend la lecture depuis le tout début avec la Parashah Beréshith que l’on lira complétement le Shabbath suivant.    

 

Faute de place pour poursuivre ici, permettez-nous de vous inviter à découvrir ou réécouter les cassettes déjà produites sur ces mêmes thèmes, à savoir : « Tishri, Temps de Teshouvah », « Kippour », « Tefilah et Teshouvah à Yom Kippour », « Vivre intensément Kippour » du grand Rabbin de France Joseph SITRUK, « Pourquoi et comment faire Teshouvah ? de Rav A. D. HEYMANN , « Tishri : Souffle de Vie » et « Souccoth, Temps d’Amour et d’Eternité » de Rav J. D. FRANKFORTER, « La Teshouvah et Yom Kippour » de Rav AZRAN, « Veillée de Hoshanna Rabba » (1 K7 pour la veillée en 5756 et 1 double K7 pour la veillée en 5759) de Rabbi David PINTO.  

 

La place nous manque aussi pour y inclure l’ensemble de notre catalogue. Nous vous invitons à le découvrir sur notre site www.dvar-torah.org qui est en cours de réalisation. Shannah Tovah et, nous l’espérons très fort, à très bientôt ! 

Vous souhaiter dédier : 

 - un prochain numéro de la Lettre de Dvar Torah ?  

- un prochain titre de cassette ou CD audio ? 

Vous souhaitez être informés des nouveautés par e-mail ou en savoir plus sur DVAR TORAH ? CONTACTEZ-NOUS ! 

 

Notes :  

(1) Une merveilleuse cassette de Rav Messod ‘HAMOU Shlita  sur « Le Refus de Moshé Rabbénou d’accomplir la mission d’Hashem » attend d’être dédicacée pour être produite et diffusée. 

(2) Pour mieux approfondir toute cette partie, nous ne pouvons mieux  conseiller que de découvrir ou réécouter les cassettes correspondantes aux Parashioth de la fin de Beréshith et du début de Shemoth de la collection «Parashah et Midrash», commentée en français par Rav J. D. FRANKFORTER Shlita.  

(3) Un magnifique cours déjà enregistré de Rav Messod ‘HAMOU Shlita, intitulé « La Sagesse de Betzalel » sortira avec l’aide d’Hashem dès qu’un Juif voudra le dédier à la mémoire d’un être cher ou pour marquer un événement heureux. 

(4) « Le Kiddoush Hashem de Nadav et Avihou » est le titre d’un autre cours donné par Rav Messod ‘HAMOU Shlita qui pourra être édité dès qu’un Juif voudra le dédier à la mémoire d’un être cher ou pour marquer un événement heureux. 

(5) D’autres sacrifices, de la catégorie des Mena’hoth, composés de farine de blé ou d’orge mélangée à de l’huile d’olive et à de l’encens, sont étudiés dans le Traité Mena’hoth, qui suit celui de Zeva’him.  

(6) Le cadre de cette lettre ne permet évidemment pas l’exposé détaillé de toutes les règles prescrites pour toutes les sortes de sacrifices. Des livres entiers discutent de ce sujet. Il s'agissait ici juste de donner un aperçu de la complexité d’un certain nombre de prescriptions qu’il fallait absolument remplir au moment de l’accomplissement de sacrifices pour qu’ils soient pleinement agréés et qu’ils atteignent leurs finalités. 

(7) L’enregistrement des discours et des prières à Bné Braq a été déterminant pour la réalisation du coffret de Hespédim prononcés à la mémoire de Rabbi Yaakov TOLEDANO zatsal,  pour la perpétuation de la mémoire et de l’enseignement du Rav zatsal et, à travers lui, celle de notre héritage. Ils sont Baroukh Hashem toujours disponibles.