N° 3  Sivane 5762 Tichri 5763 - mai-sept. 2002 27.May.2002

N° 3 Sivane 5762 Tichri 5763 - mai-sept. 2002

Ce n°3 est dédié à la mémoire et pour l'élévation de l'âme de Chlomo bar Aliza Benichou (zal), rappelé au Ciel le 28 Iyar 5762. 

 

La maîtrise du temps ?  

Depuis notre dernier numéro - qui n'était que le n° 2 - nous avions pourtant entamé la rédaction du suivant. Mais le temps nous a pris de court et nous n'avons pu faire avancer le n° 3 jusqu'à son terme. Les fêtes de Pessa'h, puis le décompte du 'Omer suivi de Shavouoth, la fête du Don de la Torah, puis les trois semaines du 17 Tamouz au 9 Av, puis Rosh Hashannah, Yom Kippour, Hoshannah Rabba, Shemini Atzéreth et Sim'hath Torah. Cinq longs mois déjà ! Hors de question d'en faire une rétrospective. Si ce n'est par quelques touches de couleurs, un peu comme sur l'esquisse d'une peinture impressionniste. Essayons seulement un tout petit peu de remonter le temps. Depuis mai dernier, lorsque la Communauté était extrêmement préoccupée. 

 

Elections... (1) 

En ce temps là... ...Si nous étions dépendants de l'actualité, nous devrions attendre qu'aient lieu les événements sur lesquels toutes les radios débattent fébrilement. D'abord l'élection présidentielle, puis les législatives. L'enjeu est de taille. Il affectera le quotidien de tous, le nôtre aussi, bien entendu. Vôter pour l'extrême droite pour qu'elle agisse contre ceux qui portent atteinte à notre liberté ? Ou pour alerter, ceux qui seront élus, de ce que représente cette atteinte à nos libertés ? Sans se préoccuper du danger que l'extrême droite revêt réellement pour nous, pour tous ? (2)  

 

Raviver la mémoire. 

La liberté est un bien si immense. Nous avons été habitués à en jouir en toute insouciance. Nous en prenons plus conscience lorsqu'elle est menacée. Lorsque nous sommes menacés, de nous la voir retirée. Le Peuple Juif a tant de fois été contraint à quitter sa terre, sa maison, tous ses biens, sans rien. Il a d'abord connu le 1er exil, puis le 2nd, jusqu'au 5ème (Babylone, la Perse et Madaï, la Grèce, Rome, puis Ishmaël) que nous vivons hélas encore. En passant par les croisades, les expulsions de France, d'Espagne, du Portugal, les pogromes, la Shoa. C'était hier. Même après, enfant, dans l'Est de la France, on nous lançait des pierres en nous criant "sales juifs". Aujourd'hui, chacun sait ce qui se passe. Cela ravive notre mémoire, nous sort de notre léthargie. C'est ce que veut Hashem ! Il nous a tout donné. Nous n'avons pas su l'apprécier. Au contraire, nous avons abusé, sans le mériter. Nous y reviendrons... D.ieu merci, le fascisme n'est pas passé. 

 

 

 

Orphelins. 

Nos très grands maîtres nous quittent, hélas, les uns après les autres. Le Rav Chakh zatsal, le Gadol HaDor, était le dernier en date, lorsque nous écrivions ces lignes. Elles ont été reprises depuis, et depuis, d'autres nous ont également quittés. Nous pensons à Rav Guershon Cahen zatsal qui, durant plus de 50 ans, s'est dévoué corps et âme pour la Yeshivah d'Aix-les-Bains, dont il a assumé la direction aux côtés de Rav Chaïm Yits'hok Chajkin zatsal. Mais Rav Guershon Cahen zatsal trouvait encore les forces et le temps de servir les Juifs d'Alsace et d'ailleurs. Il y a peu, le Docteur Eliyahou Temstet zatsal aussi nous a quittés. C'était un grand médecin qui s'est entièrement voué à la Torah et au Klal, à la Communauté. Un exemple pour le peuple Juif ! Or chaque Gadol, chaque Tsadik (grand Sage) est un bouclier protecteur pour le Klal Israël. Et lorsqu'un Gadol nous quitte, cela signifie d'une certaine manière que notre capital de protection s'est épuisé. Nous sommes dès lors plus vulnérables, comme de vrais orphelins.  

Il nous faut tout faire pour mériter. Pour être à la hauteur de la présence parmi nous de Tsadikim. Ils souffrent pour nous ! Est-ce justifié ? Ne pouvons-nous pas nous aussi prendre notre part de responsabilité et faire ce qu'il faut pour d'abord être en ordre et aussi pour qu'ils n'aient pas à souffrir ?  

 

Défaut de transmission ? 

La transmission n'a pas toujours pu se faire dans les meilleures conditions. Il y a quelquefois de telles souffrances, quasi-impossibles à surmonter.  Pourtant, il nous faut oeuvrer sans cesse pour dépasser les freins, les entraves, nous purifier, en quelque sorte. Si un homme génial se conduit mal, cela heurte. Au même titre qu'un cours de Torah sur l'interdit du Lashone Hara, de la médisance, donné par quelqu'un qui dirait du mal d'autrui. Si, par malheur, c'était le cas, cela produirait l'effet inverse. Au pire, de la répulsion, au moins, de la méfiance. Nos Sages ne disent-ils pas à propos de toute relation nouvelle : "Khabdéhou Ve'Hashedéhou : honore-le, mais méfie-toi !". Lorsque l'on connaît vraiment notre interlocuteur et que notre confiance peut lui être totalement acquise, alors seulement, il n'y a plus lieu de se méfier. Mais il convient d'être toujours en alerte. Récemment l'attitude de quelqu'un, envers qui nous avions un profond respect, nous a choqué. Elle ne correspondait pas du tout avec la façon dont nous le percevions jusqu'alors. Dès lors, et d'une manière quasi immédiate, a resurgi une mise en garde émise par un ami il y a plus de dix ans. Des éclaircissements devenaient des plus urgents. Ils furent immédiatement recherchés, obtenus et, Baroukh Hashem, le fourvoiement a cessé. Mais non pas sans douleur. Khabdéhou Ve'Hashedéhou : honore-le, mais méfie-toi ! Mais d'abord, honore-le ! 

 

Le 'Omer et Rabbi Akiva. 

La période du 'Omer est symbolisée par l'offrande d'une mesure d'un 'Omer d'orge que l'on apportait au Temple, entre Pessa'h et Shavouoth, pour remercier l'Eternel et se rappeler toutes les bontés dont Il nous a gratifiées. Notamment en permettant à l'homme de labourer et ensemencer la terre qui reçut assez d'eau et de soleil. D'où la récolte qui s'offre maintenant à lui. C'est bien sûr un temps particulièrement propice à l'introspection et au travail sur soi - que l'on ne devrait d'ailleurs jamais cesser de faire tout au long de l'année, des années, de la vie.  Or, il y a environ deux mille ans, durant les trente trois premiers jours du 'Omer une épidémie décima 24.000 élèves de Rabbi Akiva. Pourquoi ? Parce qu'ils ne se respectaient pas comme ils le devaient. N'avaient-ils pas assez d'égards les uns vis-à-vis des autres ? Ne s'honoraient-ils pas assez entre eux ? N'étaient-ils peut-être pas assez enclins à reconnaître la valeur d'autrui ? Compte tenu du niveau spirituel qu'ils avaient atteint, cette insuffisance prenait le statut de faute, de fait inacceptable. Chaque niveau spirituel s'accompagne d'une cohérence implacable. Un grand homme est humble, par définition. S'il devait faire preuve d'orgueil, il y aurait rupture. L'échelle sur laquelle il s'était élevé, s'écroulerait, et lui avec. 

 

Essayons ensemble de pousser un tout petit peu le questionnement - qui a très certainement déjà fait l'objet d'analyses et de développements exhaustifs par ailleurs. Si donc les élèves de Rabbi Akiva n'étaient pas parfaits quant à leur relation à autrui, cela ne révélait-il pas un défaut dans la transmission ? La transmission est toujours à double sens : celui qui donne et celui qui reçoit. D'où double responsabilité. Des deux parties ou d'une seule, et de valeurs égales? Ou bien y aurait-il eu un si grand décalage entre le niveau de Rabbi Akiva et celui de ses élèves. A tel point que l'enseignement de l'un était inaccessible aux autres ? Pour saisir ce qui a pu être, il nous faut ici dépasser les critères de logique strictement rationalistes.  

 

Des géants. 

Dans les faits, une personne particulièrement élue par la Providence peut être douée d'une élévation spirituelle hors du commun. Que ce soit par le mérite de ses parents et/ou par le sien. Nous avons ainsi des "géants" dans la Torah, des hommes et des femmes d'une stature spirituelle hors du commun. Certains ont laissé des œuvres monumentales, sur lesquelles des générations de Sages se sont ultérieurement penchées pour les comprendre, les élucider, puis les enseigner et les mettre à la portée de ceux qui voulaient bien les recevoir. Des oeuvres pour lesquelles, des siècles après, tout n'a pas encore été clarifié ! On citera à titre d'exemple le Ari zal, le Ram'hal (Rabbi Moshé 'Haïm Luzzatto) et Rabbi Na'hmane de Breslev. Tous trois ne vécurent d'ailleurs que 38 ou 40 ans (3). Or, s'il est donné à un être exceptionnel de s'élever et de s'élever encore, cela indique que par son mérite un message tout à fait privilégié nous est adressé. D'autres se doivent d'en prendre conscience. De même que du rôle qu'il leur incombe, à leur tour, de jouer. En somme, servir de sas, ou d'interface, pour mettre cet enseignement à la portée d'élus privilégiés, puis à la portée d'autres qui le sont un peu moins, et ainsi de suite. Toute œuvre de pédagogie exige énormément de ressources et d'énergies. Au point où un Gadol, un grand en Torah, peut être tiraillé par le dilemme suivant : soit  avancer, soit aussi faire avancer les autres. Pourtant "...de tous mes maîtres, c'est de mes élèves que j'ai le plus appris." Traité Makoth 10a (4). Or, si un Gadol était l'objet d'une sollicitude privilégiée du Ciel, qu'il bénéficiait d'une révélation, celle-ci ne devrait-elle pas avoir priorité sur tout ? Rien d'autre ne semble plus urgent que d'être totalement disponible et dévoué à cette source inestimable auquel il lui serait donné d'accéder. Et pourtant, Avraham Avinou n'a-t-il pas délaissé D.ieu pour courir accueillir et inviter des voyageurs - les trois Anges - qui apparaissaient à l'horizon ? (Beréchith, Vayyéra). Les faits et gestes des Avoth, des Patriarches, sont mentionnés pour servir de modèles et nous enseigner. Délaisser Hashem pour en réalité accomplir Sa volonté, ce n'est pas Le délaisser. C'est comme lors de la confrontation entre Rabbi Eliyézer et l'ensemble des autres Sages (Baba Metsia 59 b), alors que le Ciel donnait raison à Rabbi Eliyézer, Rabbi Yehoshoua a clamé au nom de tous les autres Sages : "La Torah n'est plus dans le Ciel !". Et le Talmud de relater qu'alors Hashem a ri de contentement et s'est exclamé : "Mes enfants m'ont vaincu, mes enfants m'ont vaincu". Les Sages n'ont rien fait d'autre alors que d'appliquer le précepte de la Torah selon lequel il faut suivre l'avis de la majorité. De même, Avraham a parfaitement compris que l'accueil d'invités répondait bien à l'attente d'Hashem et, qu'en courant vers eux, Avraham ne délaissait pas D.ieu. De même, Rabbi Akiva, car c'est finalement grâce à lui que la Torah Orale a pu être perpétuée. Peut-on imaginer un seul instant que nous eussions pu en être privés ? (5) 

 

La qualité de notre relation. 

Il reste que la perte des 24.000 élèves de Rabbi Akiva est définitivement ressentie comme une immense tragédie pour notre peuple. Au point où les Sages nous ont enjoint d'en perpétuer le souvenir. Pas d'une façon statique, événementielle, mais bien sur le plan de sa signification. A savoir, des élèves, et quels élèves ! qui ne se portaient pas assez de considération les uns les autres. C'est donc bien toute la qualité de notre relation avec l'autre qui doit être interpellée ! Et cela, constamment et en tout lieu ! Suis-je si important que cela pour croire que je peux me permettre de manquer d'égards envers un tel ?... 'Hass"VeShalom - A D.ieu ne plaise !   

 

Le Moussar. 

C'est pour cela que les Sages ont institué d'étudier chaque semaine, plus spécifiquement entre Pessa'h et Shavouoth, une partie des Pirkeï Aboth, les Maximes de nos Pères. Depuis se sont succédées et développées différentes écoles de Moussar, de Morale et d'Ethique, pour engager l'homme à améliorer son comportement, sa conduite, ses valeurs, et l'intégration la plus parfaite possible de celles-ci. Si l'homme ne s'occupe pas de lui, de ce qui du fond de lui le fait agir, se mouvoir, réfléchir et construire. S'il ne recherche pas à s'amender, à vouloir devenir meilleur, plus parfait, pour faire le mieux possible ce qu'il lui incombe, il passera nécessairement à côté de quelque chose d'essentiel, peut-être même de vital, et aussi d'irrattrapable. C'est ce que nous dit la Michena (1.14) des Pirkeï Aboth : "Si je ne me préoccupe pas de moi, qui le fera ? Et si je ne m'occupe que de moi-même que suis-je ? Et si ce n'est maintenant quand sera-ce ?". Rav Issachar MEYER, Rosh Yeshivath Hanéguev à Netivot, a -entre autres- justement développé ce thème lors de son dernier passage à Paris en Iyar, ainsi du reste qu'en Tamouz Rav S.A. SCHLESINGER, Av Beth Din (Président de tribunal rabbinique) à Strasbourg. Tous-deux sont justement des sommités en Torah que nous devrions tous mieux connaître pour tirer parti de leurs enseignements. Reprenons ici, mots pour mots, les paroles de Rav S.A. SCHLESINGER. "Il est marqué dans le RAMBAM, dans "Hilkhoth Talmoud Torah" (6) que chaque juif, qu'il soit riche ou pauvre, jeune ou âgé, en bonne santé, malade ou handicapé, est tenu d'étudier la Torah. Et à quel moment il peut en être dispensé ? lorsqu'il quitte ce monde-ci ! Un jour, un juif est venu trouver Rabbi Israël SALANTER, le père du mouvement du Moussar. Il lui a dit : "Rebbe, je ne dispose que seulement d'une demi-heure chaque jour pour étudier la Torah, dites-moi ce que je dois étudier durant cette demi-heure. Dois-je prendre un 'Houmashe (7), une Mishena (8), une Halakha du Shoul'hane Aroukh (9), peut être quelques lignes dans une page de Guemara (10) ? Rav Israël SALANTER a écouté cette question, il a dit : Reb Yidd, si vous avez seulement une demi-heure, je vous conseille de prendre un Seffer (livre de) Moussar, étudiez une demi-heure le Moussar ! Tous les Talmidim (élèves) qui étaient présents étaient étonnés de la réponse de Rabbi Israël SALANTER. Ils pensaient que si un juif vient demander une telle question alors qu'il ne dispose que seulement d'une demi-heure, ce serait mieux qu'il prenne peut être un Kitsour Shoul'hane Aroukh (11) pour connaître comment mettre les Tefilinn chaque jour, comment faire la Tefilah chaque jour, comment respecter le Shabbath. Il veut un Seffer Moussar ? Rabbi Israël SALANTER vit que les Talmidim n'avaient pas compris, il leur dit : "il pense qu'il n'a qu'une demi-heure dans la journée. En étudiant une demi-heure le Moussar, il va trouver qu'il y a encore en réalité plusieurs heures de libre pour étudier (le Limoud) HaTorah. Si vous rentrez le matin à la Shoule (synagogue), alors tout le monde regarde sur la montre, c'est déjà très tard, vous avez déjà fini la Tefilah, et après la Tefilah, les gens trouvent encore un quart d'heure pour bavarder dehors et, comme cela, se passent des heures et des heures durant la journée qui passent pour rien du tout. C'est un 'Hiyouv (un devoir) d'utiliser le temps pour l'étude de la Torah !".   

 

L'étude et le Don de la Torah. 

C'est vrai, nous ne pouvons pas y échapper. Cette question s'impose. Elle brûle même. La difficulté, pour la très grande majorité, est de comprendre pourquoi il faut étudier. En réalité la réponse peut être fournie en toute logique. Et en effet, il est logique de dire que c'est grâce à la Torah que nous pouvons réellement être nous-mêmes, nous pouvons retrouver nos racines, nous y attacher, y puiser notre énergie, notre vie. Et c'est capital ! Un fameux Midrash nous dit à ce sujet que le renard affamé, voyant les poissons dans la rivière, crut avoir une idée de génie en s’adressant à eux ainsi : "Mes chers frères, vous vous souvenez de nos ancêtres communs, ils étaient bien ensemble, alors rejoignez-moi sur la berge, vous y serez à l’abri des filets des pêcheurs et je vous protégerai." 

Et les poissons de répondre : "Nous préférons essayer d’échapper de nous mêmes aux pièges des pêcheurs plutôt que d’être sûrs de finir dans votre ventre." 

Tout cela est incontestablement clair. Mais suffit-il de le savoir pour en être profondément convaincu ? Au point où nous considérions l'étude de la Torah comme une priorité incontournable. Et de s'y adonner, ne fût-ce qu'un peu de temps, mais régulièrement ? Alors que, par ailleurs, le monde extérieur appelle avec tant d'insistance à nous faire croire qu'il recèle le bonheur, la plénitude et la finalité.  

 

Rappelons-nous, lorsque nous étions au Mont Sinaï, il y a 3314 ans, l'ensemble du Peuple Juif était acculé à se prononcer et à accepter la Torah. "Na'assé VeNishem'a = nous ferons et nous comprendrons". Le Don de la Torah a eu lieu dans des conditions tout à fait dramatiques. Lorsque D.ieu s'est adressé aux Bneï Israël, Sa parole était si intense que nous n'avons pu supporter d'entendre que le premier des Dix Commandements. Le "nous" désigne bien sûr nos ancêtres, via les quelque 150 ou 200 générations qui nous en séparent, soit 600.000 âmes, en ne comptant que les hommes de plus de 20 ans, dont nous sommes les héritiers et les dépositaires. Lors du Don de la Torah, tous les Bneï Israël ont donc été projetés au loin et se sont évanouis. C'était terrible. Le corps de chacun était totalement ébranlé. La Guemara Shabbath (88a) relate que le Mont Sinaï était renversé au-dessus de nos têtes, comme un tonneau, prêt à nous ensevelir, si nous n'acceptions pas la Torah. "Nous ferons et nous comprendrons !" fut la réponse de tout le peuple. Nous ferons et alors seulement nous comprendrons, ou plus exactement, nous serons en mesure de comprendre. Ce n'est donc pas une démarche purement intellectuelle qui nous a déterminés à agir, mais bien du fait de l'interpellation de tout notre corps, de tout notre être, de tout notre esprit, engagé à accepter la parole d'Hashem, pour vivre ! Ce n'est donc pas une affaire d'intellect et de stricte logique. Du reste, que ceux qui seraient révoltés ou choqués à l'idée d'une  contrainte, apparemment si coercitive, se rassurent. Près de 1.000 ans plus tard, les Beneï Israël ont cette fois accepté la Torah de leur plein gré et sans aucune contrainte. C'était à l'époque de Pourim, presque 70 ans après la destruction du premier Temple de Jérusalem, à Suze et dans toute la Perse, où les Beneï Israël avaient été exilés. Il est vrai que les Bneï Israël étaient alors menacés d'extermination par Hamann, et c'est en faisant Teshouvah, en se repentant, en priant, en jeûnant et en demandant les Ra'hamim, la miséricorde du Ciel, qu'ils ont été sauvés par la Providence. Na'assé VeNishem'a, nous ferons et nous comprendrons, est le chemin selon lequel les Beneï Israël appréhendent le monde créé et dirigé par Hashem. Nous ferons la Torah, nous accomplirons les commandements qu'elle contient, nous réaliserons Sa volonté, alors nous pourrons comprendre le sens, la profondeur, la raison d'être de chacun des gestes que nous faisons pour Hashem. Et par conséquent, il apparaît combien il serait fou de ne pas accomplir ce qui nous a été prescrit. C'est notre Dérèkh, notre chemin, la façon dont le Peuple Juif fonctionne. C'est sa nature profonde, intrinsèque, qui devrait être nôtre, au même titre que la façon dont nous respirons ou nous avançons en mettant un pied devant l'autre. Cela est plus dur à comprendre lorsque le monde environnant réclame d'autres critères pour agir, ou même lorsqu'il n'en supporte aucun, et où toute limitation est perçue comme insupportable. C'est vrai qu'il y a chez nous des limitations, sous forme d'obligations de faire et d'interdictions. Mais elles sont là pour nous protéger. Et c'est en franchissant ces limites que nous nous mettons en danger. Car commettre un interdit nous affaiblit. Nous sommes alors d'urgence appelés à nous amender, à réparer et à demander le pardon. Par opposition, lorsque nous remplissons scrupuleusement toutes nos obligations, au-delà de la joie qu'elles procurent, ce qui en soi est déjà immense, nous nous sentons sereins, heureux et reconnaissants d'avoir été l'objet de tant de sollicitude de la part du Ciel. Le Ciel qui nous a fait la bonté de nous donner l'occasion de faire, de réaliser, d'apporter du bien sous tant de formes possibles. Mais une autre forme de récompense -si l'on peut dire- nous attend.  

 

Mitzvah et Avérah. 

En effet, une Mitzvah est l'accomplissement d'un commandement. Or, « Mitzvah Gorréreth Mitzvah = faire une Mitzvah nous amène à en faire une autre ». Le mérite de réaliser une Mitzvah, est d'en faire une autre, plus tout ce qu'entraîne son accomplissement. A contrario, la réalisation d'une faute, d'une Avérah, entraîne et facilite à en commettre une autre. Lorsque l'homme descend, il est naturellement poussé par son élan et a tendance à descendre. Et plus il descend, plus il s'affaiblit. Or, s'il souhaite remonter et retrouver son état d'élévation spirituelle initial, il doit faire un très grand effort, d'autant plus grand qu'il s'est affaibli. Un effort d'abord consacré à résister, puis à combattre, à contrecarrer et enfin à renverser le courant descendant qui l'a plongé vers le bas.  

 

Proximité avec le sacré.  

Lorsqu'il étudie la Torah, au fur et à mesure qu'il grandit dans son étude, il puise une énergie toute nouvelle. Celle-ci résulte de l'harmonie née de son étude. L'homme ressent une sorte de plénitude, expression du comblement d'un manque, un peu à l'instar d'un assoiffé qui enfin trouve une source claire où s'abreuver. Cette plénitude n'est pas un sentiment plat, uniforme ou réglé d'avance. Elle est produite par une interpellation totale de l'être, tant physique, spirituelle, qu'intellectuelle. L'avancée est souvent très laborieuse, certes avec parfois de multiples questionnements, quelquefois difficiles à résoudre, mais qui prennent l'allure de vraies questions, des questions primordiales et essentielles à la fois. Des questions qui sont partagées avec des "géants", Tanaïm(12), Amoraïm(13), Richonim(14), A'haronim(15), vis-à-vis desquels nous ne sommes pas grand-chose. Et pourtant, le fait de se poser parfois les mêmes questions, avec les mêmes mots, nous hisse vers le haut pour partager toujours un tout petit peu plus cette proximité avec le Kadosh, le sacré, et donc quelque part avec la création et le Divin. A le vivre au quotidien, un nouvel ordre des priorités s'inscrit spontanément. Il va dorénavant nous guider, nous façonner et nous déterminer de plus en plus. On ne peut pas ne pas être frappé par la parenté des phénomènes qui existe entre ce qui se dégage en l'homme qui étudie et ce qu'il nous a été donné de ressentir lors du Don de la Torah au Mont Sinaï, via les quelque 150 ou 200 générations qui nous en séparent. 

Trésor caché. 

Dès lors, l'étude de la Torah devient de plus en plus primordiale, tandis que les autres considérations matérielles, culturelles, ludiques ou autres, sont reléguées bien en bas de l'échelle des valeurs. Pour celles qui sont encore et effectivement prises en compte... Et cela est absolument vrai ! Cette démonstration présente toutefois une faiblesse de taille. Elle n'est vérifiée que lorsqu'elle est vécue, mise en application. Na'assé VeNishem'a. C'est l'immense cadeau que nous a fait le Créateur. C'est incomparablement plus que dans l'histoire du laboureur qui, sur son lit de mort, dit à ses fils qu'un trésor est caché dans ses champs. Tous ses enfants creusent, remuent la terre de fond en comble. Ne trouvant rien, ils sèment tout de même du blé et en retirent une récolte tant exceptionnelle qu'imprévue. La Torah est un trésor qui n'a rien à voir avec tout l'or du monde. C'est bien plus que tout cela, et en plus il se découvre et grandit au fur et à mesure que nous l'étudions et la vivons. Oui, que nous la vivons. Car l'étude n'est valorisée que si l'enseignement est réellement vécu, appliqué au quotidien, dans toutes les circonstances et les opportunités qui se présentent à nous. Notre conduite, notre relation, avec tous ceux que nous côtoyons, notre attitude, dans toutes les situations que nous rencontrons, traduisent notre monde intérieur, celui des Midoth, des valeurs, ou traits de caractère. Ces valeurs qui nous amènent à réagir avec douceur, gentillesse, patience, tolérance et grâce -ce sont les Midoth Tovoth, les bonnes valeurs- ou bien au contraire avec colère, crispation, dureté, suffisance, irrespect, etc... -les Midoth R'aoth, les mauvaises-. Des valeurs, ou traits de caractère, qu'il incombe de travailler, d'améliorer, d'affiner, pour devenir meilleur. Sinon, toute la Torah qu'un érudit en Torah pourrait avoir acquise n'aurait pas du tout le même sens, la même portée, la même valeur si, 'Hass VeShalom, à D.ieu ne plaise, il se conduisait avec de mauvaises Midoth (16). 

 

Rav Aaron Yehouda Leib Steinman Shlita  

Nous l'avions trop brièvement évoqué dans le n° 2, l'ensemble de la Communauté Juive de France a eu l'immense privilège de recevoir la visite de Rav Steinmann. Son objectif était, entre autres, d'encourager l'extraordinaire développement de l'étude de la Torah pour les adolescents (dans le cadre de Yeshivoth Ketanoth), tant à Paris, au Raincy, à Aix-les-Bains, à Strasbourg (et aussi à Marseille et à Bussières où il n'a pu se rendre). Lors d'une réunion avec des enseignants, le Rav Steinman prononça quelques paroles et bénédictions que nous voudrions vous faire partager. "Un homme qui étudie la Torah doit ressentir une ascension quotidienne. Et même si on ne la ressent pas toujours, cette ascension est un fait. Il ressent également une grande joie chaque jour qu'il étudie. (...) Un homme qui étudie la Torah doit obligatoirement changer. Il n'est pas convenable qu'il reste semblable à celui qui n'étudie pas. Il est un principe en ce qui concerne les Berakhoth, les bénédictions, selon lequel un aliment qui s'améliore voit sa Berakhah changer. Par exemple le blé, dès le moment où il est transformé en pain, celui-ci acquiert une Berakha spécifique : Hamotsi Le'hem (= qui fait sortir le pain...). La Berakhah d'un homme qui change grâce à l'étude de la Torah est celle qu'Hashem lui octroie. C'est une Berakhah complètement différente. Et il est évident que vous méritez cette Berakhah ! Qu'Hashem vous rajoute des Berakhoth à vous et à vos enfants ! Que vous sentiez tous que vous vous améliorez ! Ainsi vous sentirez qu'Hashem vous bénit de manière particulière. Car il y a une Berakhah spécifique pour ceux qui étudient la Torah. Et vous serez heureux. Grâce à cela, méritez d'être Grands dans la Torah et la crainte du Ciel."(17) 

 

Quelle plus belle bénédiction pouvons-nous espérer mériter ? Elle est à la portée de tous. Bien sûr, ce n'est jamais sans effort que l'on parvient à quelque acquis de valeur. Mais si à peine en chemin nous percevons déjà une lueur qui nous émeut, nous fait vibrer et même pleurer de joie, d'une joie profonde, alors nous avons toutes les chances d'arriver très loin.  Sachant cela, nous nous devons, à nous-mêmes, de dégager autant de temps que possible pour nous mettre à l'étude de la Torah et nous renforcer encore davantage. Que cette conscience se répande et atteigne le plus grand nombre d'entre nous tous, pour la gloire d'Hashem, Amen ! 

 

Epilogue.  

Une fois les fêtes de Tichri passées, et D.ieu merci, bien passées, le moment ne semble plus guère propice à ce que nous évoquions les trois semaines, très tristes, qui courent du 17 Tamouz au 9 av.  Signe de la destruction des 1er et 2ème Temples de Jérusalem et, en même temps, le point culminant de la douleur collective du Peuple Juif. Nous y reviendrons donc ultérieurement peut être dans le cadre d'un dossier sur la Teshouvah, que nous voudrions grand, grâce à vous !  

A tous ceux qui voudraient s'y préparer, nous ne pouvons que conseiller quelques titres de cassettes sur ce thème fondamental : 

- "Comment et pourquoi faire Teshouvah" du Rav A. D. Heymann. 

- "Tishri, temps de Teshouvah" du Grand Rabbin de France Joseph Sitruk. Nous remercions le Ciel pour la guérison qu'il a accordée au Rav Sitruk qui, Baroukh Hashem, se remet peu à peu complètement. 

- "La Teshouvah et Yom Kippour" du Rav Yossef Azran. 

- "Tishri, souffle de vie" du Rav J.D. Frankforter. 

Ce dernier titre traite également de Souccoth, de Shemini 'Atséreth et de Sim'Hath Torah. Certainement bien mieux que nous pourrions le faire ici. Si vous vous y reportiez, ne serait-ce pas superflu que nous nous y consacrions ?(18) Surtout que... tant a été mis de côté pour rédiger et publier ce n°3 de la Lettre de Dvar Torah que nous en éprouvons quelques scrupules... 

 

A nouveau, nous vous joignons notre catalogue pour que vous puissiez en retirer le meilleur. Il s'est enrichi d'un coffret de 3 cassettes de Hespédim à la mémoire de Rav Guershon Cahen zatsal, et d'un double CD de Hespédim à la mémoire du Dr Elie Temstet zatsal. Ce sont des pages vibrantes d'émotion et d'enseignements des plus édifiants.  

 

Que ceux qui souhaitent prendre une part active dans nos actions de diffusion de la Torah, notamment en dédiant un titre à la mémoire d'un être cher, n'hésitent surtout pas à nous joindre. Par ailleurs, notre site Internet n'est pas encore au point. Si vous avez des compétences en ce domaine et quelque temps à nous offrir, nous aimerions beaucoup en tirer parti pour le bien de tous. Nous caressons notamment le projet de diffuser la plupart des cours sur Internet. De plus il nous faudrait pouvoir créer deux postes. L'un pour accueillir un technicien du son pour notre studio. L'autre pour promouvoir davantage encore l'ensemble de la diffusion.(19)  

Nous ne pouvons vous quitter sans vous souhaiter le meilleur pour vous et vos familles. Shanna Tova, bonne année, douce et bénie. 

A très bientôt à tous.  

             Dvar Torah. 

 

 

P.S. Il nous a été demandé pourquoi le texte n'était pas signé. Nous avions effectivement prévu de mentionner les auteurs de chacun des textes qui nous seraient adressés. N'en n'ayant encore reçu aucun, nulle signature ne manquait puisque l'ensemble des textes émanent à ce jour de Dvar Torah. Par ailleurs, nous devons vous signaler que, D.ieu merci, Rav Messod 'Hamou nous fait l'immense honneur de relire tous les textes avant leur publication et nous éclaire de ses remarques. 

 

NOTES :  

  1. Ces lignes ont été écrites peu après le premier tour des élections présidentielles qui, en France, placèrent l'extrême droite en seconde position.
  2. Certains ont cru qu'il fallait voter extrême droite pour renforcer le camp de la contestation. 
  3. Ce Point a pu être développé grâce à un riche échange avecRavDavid Garson. 
  4. Le texte est précisément :«Rabbidit : J’ai appris beaucoup de Torah de mes Maîtres, de mes collègues d’étude encore davantage, et de mes élèves plus que tous.» 
  5. Un très fameux cours deRav'Hamou intitulé: Torah Ecrite et Torah Orale est sur le point de sortir en cassette et en cd. 
  6. Recueil établissant les Lois prescrivant l'Etude de la Torah.  
  7. Les cinq livres de la Torah ou Pentateuque qui constitue, avec les Prophètes et les Ecrits, la Torah écrite. 
  8. Traité de la Torah orale compilée et mis en forme par RabbiYehoudahHanassi il y a 2000 ans.  
  9. Une loi du Précis des Lois rédigé parRavYossef Caro il y a 600 ans. 
  10. Le Talmud : commentaires sur laMichena.Rapelons qu'il existe deux versions du Talmud : de Bavel (Baveli) et de Jérusalem (Yeroushalmi).  
  11. Un abrégé du Précis des Lois. 
  12. Tanaïm= rédacteurs de la Mishena, tels que Rabbi Méïr, Rabbi Akiva, Rabbi Yo'hanann ben Orqenos, Rabbi Shimone ben Yo'haï.  13. Amoraïm = Sages de la Guemara explicitant la Mishena dont les écrits composent le Talmud ou Guemara, tels que Rava, Abbayé, Shmouel ou Rabba.   
  13. Richonim= premiers commentateurs de la Guemara (de l'époque du Moyen Âge en France), tels que Rambam, Rambane, Rabénou Guershom, Rashi, les Tossafistes, le Rif, le Rosh, le Rann ou le Rashbo.   
  14. A'haronim= "derniers" commentateurs de la Guemara, ou plus récents, tels que Rabi Akiva Iguer, le 'Hatam Soffer, le Gaone de Vilna, le Bakh, le Taz, le Maguen Avraham ou le Shag'ath Arié.   
  15. Nul doute que nous aurions préféré ici, à la place de notre texte sur l'étude de la Torah, celui d'une personne qui s'y consacre jours et nuits. Le sujet mérite d'être repris et complété. Si lecoeurvous en dit, adressez-nous vos textes, également sur d'autres thèmes. 
  16. Extraits d'une très belle publication éditée par lesMosdotYad Mordekhaï, Paris, 2002, suite à la visite du Rosh Yeshiva Rav Aaron Yehouda Leib Steinman Shlita. Lorsqu'il nous sera donné les moyens de le faire, nous diffuserons les enregistrements que nous avons réalisés à l'occasion de ce voyage mémorable, tant à Paris qu'à Aix-les-Bains. 
  17. Nous avons eu le bonheur de produire d'autres titres de cours sur la période de Tishri, que vous trouverez dans notre catalogue, notamment : 

- du Grand Rabbin Sitruk : .Tefila et Techouvah à Yom Kippour, .Du Choffar à la Liberté, .Kippour,    

- de Rav Frankforter : .Souccoth - temps d'amour et d'éternité. 

  1. Ici aussi, nous invitons les personnes compétentes, disponibles et sensibles à notre orientation, à nous contacter.