N° 22 - Kayïtz 5768 - Eté  2008 27.Jul.2008

N° 22 - Kayïtz 5768 - Eté 2008

 

“Lorsque la Torah est bien comprise, elle protège, met à l’abri, et illumine les yeux de tous ceux qui la vivent !” 

 

RECEVONS TOUS LA TORAH ! 

 

Les limites permettent de grandir. Elles exigent une plus grande maîtrise de l’espace délimité pour en exploiter toutes les ressources. L’espace qui est en dehors n’est pas à nous. Nous n’y avons aucun droit. Il nous est interdit. Nous ne pouvons mettre en valeur que les ressources contenues dans le domaine balisé. Cette restriction porte en elle la graine qui donnera le fruit le plus beau. Les plus grands soins, avec tout l’amour que nous avons en nous, sont prodigués dans ce but. Plus que cela : chaque geste est accompli avec un sentiment d’infinie reconnaissance envers Hashem de nous en avoir offert les moyens. C’est Lui qui nous donne la santé, la force, un lopin de terre, des outils, des machines, des ordinateurs, des idées, un savoir-faire, et l’envie de mettre en valeur et de réaliser. Comment Le remercierons-nous jamais assez ? D’abord en prenant conscience que c’est effectivement d’Hashem que nous proviennent tous ces bienfaits. Ensuite, il nous revient de nous attacher de tout notre cœur à accomplir strictement ce qu’Il nous a prescrit. Lorsqu’un contrat est établi entre des parties, les clauses qui les lient doivent être respectées de part et d’autres. Le but de l’opération est de procurer des avantages qui priment sur les contraintes, et justifient les pénalités-sanctions au cas où des conditions n’étaient pas remplies. Chaque parent sait mieux que son enfant ce dont il a besoin. S’il le négligeait, l’enfant pourrait dépérir ou devenir un délinquant. Le père ou la mère sait ce qu’il doit faire, lui procure le meilleur et éduque son enfant en conséquence. En plus de son père et de sa mère, chaque Ben/Bath Israël a son Père qui est au Ciel et qui veille sur lui/elle. Ainsi, l’ensemble du Peuple d’Israël est guidé par Hashem. Il l’a été par l’intermédiaire de Moshé Rabbénou lors de la sortie d’Egypte et est arrivé au Sinaï dans les conditions que l’on sait. Chacun connaît l’histoire. Le contrat entre Hashem et les Beneï Israël était très clair. D’un côté il y avait la libération d’Egypte et la fin d’un esclavage écrasant et humiliant. De l’autre il y avait l’acceptation pleine et entière de servir Hashem en accomplissant toutes les Mitzvoth -prescriptions- de la Torah. D’un côté il y avait le renoncement au culte idolâtre initié en Egypte et au confort supposé qu’il pouvait procurer. De l’autre il y avait la protection d’Hashem matérialisée par les ‘Ananeï Kavod -les nuées de gloire-, par la manne et par le puits de Miriam. Les ‘Ananeï Kavod protègeaient des flèches, javelots et catapultes lancées par les Egyptiens sur les Beneï Israël lorsqu’ils les poursuivaient jusqu’à la Mer Rouge. Les ‘Ananeï Kavod aplanissaient aussi le chemin, écartaient tout danger et guidaient les Beneï Israël durant tous leurs déplacements. La manne tombait chaque jour et nourrissait les Beneï Israël durant les 40 années de leur séjour dans le désert. Le puits -provenant du mérite de Miriam- accompagnait les Beneï Israël qui s’y sont abreuvés et désaltérés durant toutes leurs pérégrinations. D’un coté il y avait le risque -hélas déjà bien entamé puisque les 4/5ème ne sortirent pas d’Egypte- de s’avilir et de disparaître en tant que Beneï Israël, de rompre le lien avec Avraham, Yits’hak et Yaakov et de perdre le droit d’hériter de la Terre d’Eretz Israël qu’Hashem avait promise pour leurs descendants. De l’autre, il y avait le pouvoir de grandir en pureté, le projet de devenir un Peuple de Prêtres pour l’ensemble de l’humanité, d’être une Nation Sainte, et de s’installer et vivre sur la Terre d’Eretz Israël en bénéficiant de la protection, du rayonnement de la Présence Divine et de la félicité d’Hashem. Voilà ce que les Beneï Israël devaient laisser en Egypte et ce qu’ils gagnaient en faisant ce qu’Hashem attendaient d’eux en recevant la Torah et en décidant de la vivre pleinement. Au-delà du descriptif de l’état des lieux et des enjeux, il y a le vécu de la Torah et ce qu’elle apporte à l’être. Les mots risquent de manquer tant est riche ce qu’Hashem nous offre de vivre. Or, cela vient en quelque sorte en prime, comme une surprise, un imprévu, non perçu au départ ! Nous sommes ici dans l’état de celui qui découvre ce qu’il a reçu dans le ventre de sa mère lorsqu’un Ange lui apprenait toute la Torah. Grâce à D.ieu, nous avons un corps qui nous permet de nous mouvoir et qui éprouve et ressent toutes sortes de sensations et de perceptions. L’une d’elles demeure cachée, au point que la plupart d’entre nous ne soupçonnons même pas son existence. Il s’agit de notre âme. Elle peut être enfouie, comme au plus profond, sans que nous ne la remarquions. Pourtant, elle est vitale pour chacun d’entre nous parce qu’elle est une émanation d’Hashem, une Etincelle Divine. C’est par elle que nous pouvons recevoir la grâce et percevoir la Présence d’Hashem. C’est par elle que nous pouvons mener à bien le projet pour lequel Hashem nous a fait venir sur terre. C’est par l’âme que nous sentons que nous sommes profondément dans le vrai ou non, que nous sommes ou non en phase avec ce qu’Hashem attend de nous. Notre âme se découvre en nous lorsque nous nous attachons profondément à accomplir ce en quoi nous sommes Metzouvim -ce qu’il nous a été ordonné de faire-. Il s’agit précisément ici d’observer scrupuleusement ce qui nous a été prescrit. Mais nous ne considérons pas ces prescriptions comme s’il s’agissait d’une énumération d’un code de lois. Bien plus que cela, il s’agit de s’en pénétrer, d’en rechercher et d’en comprendre le sens -pour chaque prescription- et, ainsi, se rapprocher de l’intention, du désir et de la volonté d’Hashem. Tout notre être est interpellé, engagé, pour être au plus près, le plus possible à l’écoute, “l’oreille tendue pour percevoir le moindre son”. De sorte que l’âme se trouve être -pour nous- le récepteur et le catalyseur de la Sainteté d’Hashem. C’est elle qui nous éclaire et nous guide. Attentifs, nous percevons des messages qui nous font agir. Cette perception est d’un autre ordre que la vue, l’ouie ou l’odorat, mesurables par un médecin spécialiste. Elle nous fait vibrer lorsque nous ressentons notre âme en nous. Nous éprouvons du coup une immense gratitude envers Hashem pour le don qu’Il nous fait de s’intéresser à nous, de nous prendre en compte et de tant nous donner. Chacun peut du reste le constater : lorsque l’on donne de manière désintéressée, on reçoit tant et infiniment plus que ce que l’on a pu donner. C’est ce qui se produit lorsque l’on accomplit les Mitzvoth. Non pas par crainte d’une sanction, mais par amour, pour réellement accomplir ce qu’Hashem attend de nous. Chaque Mitzvah nous purifie et nous rapproche de la sainteté. C’est ce qui se produit lorsque nous avons à cœur de les accomplir le plus parfaitement possible, dans les moindres détails. Qu’il s’agisse de la maîtrise de nos pensées lors de nos prières : notre intention est alors cohérente avec les mots que nous prononçons. Qu’il s’agisse de l’élan qui nous habite lorsque nous donnons de la Tsedaka -charité-. Lorsque nous recevons quelqu’un ou que l’on s’adresse à nous, il nous faut pouvoir être animés du bonheur de procurer le meilleur à notre prochain et non pas craindre d’être importunés. Lorsque je veux réellement être dans le vrai, et non pas dans l’erreur, je m’attache à un Rav, je l’interroge, je suis son enseignement et je m’engage à y être fidèle, quelque soit le prix. Tout comme je m’engage à ne faire que ce qui est permis et, par conséquent, je m’interdis de faire tout ce qui est interdit, comme par exemple ne pas manger Kasher ou profaner le Shabbath. Or, toutes les lois figurent dans la Torah. D’où l’obligation qui nous est faite de l’étudier. “Chaque Mitzvah nous purifie et nous rapproche de la sainteté”. Le texte de la Torah que nous étudions est la Parole Divine. Lorsque nous nous en imprégnons, nous nous purifions et faisons entrer la sainteté en nous. Et en même temps nous éprouvons un bonheur indicible. C’est ce qui se produit lorsque l’on interpelle le texte, lorsqu’on le “tourne dans tous les sens” pour arriver au Emeth -au sens vrai- au message qu’à voulu nous adresser HaKadosh Baroukh-Hou -l’Eternel- et qui a été explicité par les Géants de la Torah. Les Grands Commentateurs ont clarifié le texte avec des termes qui, pour être compris, ont besoin que nous atteignons un degré d’engagement et de pureté approprié. Lorsque nous y parvenons, nous nous sentons associés à l’œuvre de la Création. Et c’est un immense privilège ! Celui qui étudie a, de fait, un mérite phénoménal. Au-delà de ce qu’il éprouve, au-delà de ce que son étude provoque en lui, il participe réellement à l’œuvre de la Création, parce que par son étude il apporte la paix sur le monde ! Oui, son étude est porteuse de paix. Celui qui étudie en Yeshivah, au Kollel -pour les hommes mariés-, dans un Beïth Midrash, à la synagogue, ou même avec un compagnon d’étude chez-lui à la maison, contribue à ce que la paix règne sur le monde ! Comment est-ce possible ? Ici aussi il y a deux niveaux : personnel et collectif. Au plan personnel, en comprenant le sens des lois comme il se doit, je m’oriente forcément avec une intention claire de m’y soumettre et donc de ne faire que le bien, ce qui est permis. Or, ce n’est qu’en enfreignant l’interdit que les conflits naissent, pas en les respectant. Au plan collectif, cela relève de la sollicitude d’Hashem. C’est exactement ce que nous avons vu à propos de la Kedousha -sainteté, dans la Lettre n°21-. La Kedousha guérit et résout tous les maux. L’étude, menée dans une intention pure, est un acte de Kedousha. Au même titre que tous les autres actes de Kedousha, elle guérit et résout tous les maux. Et, de fait, l’étude amène la paix sur le monde. Le monde de la Kedousha n’est toutefois accessible qu’à ceux qui ont rempli quelques préalables nécessaires, comme de respecter les lois alimentaires –voir la Lettre n°18-. Manger Tareff -non Kasher- rend le cœur totalement hermétique, “bouché”, sourd, à la réceptivité de la Kedousha, à sa compréhension et donc à l’élévation qu’elle procure. Il est dès lors inutile de préciser davantage ce propos si le préalable requis -notamment de ne manger que Kasher- n’a pas été intégré. La Torah a ceci de particulier -et c’est une notion fondamentale et incontournable- qu’elle ne peut en aucun cas être l’objet de la moindre contestation ou remise en cause. On ne peut en accepter une partie et en rejeter une autre. Au Mont Sinaï, nous n’avions pas à choisir. Lorsqu’il nous a été demandé de la recevoir nous ne pouvions que dire OUI ! Dès lors, la réponse à notre question -fin de la Lettre n°21- : comment parvenir à préserver notre pureté et grandir en sainteté pour nous préparer au Matane Torah -au Don de la Torah- devrait maintenant être claire. On ne peut se bander les yeux et prétendre vouloir voir.  

 

En guise de rappel, envisageons un autre éclairage, complémentaire, qui est certainement connu de tous.  

 

La génération montante veut tout comprendre vite. L’époque l’impose et, apparemment, nous n’y pouvons rien. Très vite les jeunes acquièrent des réflexes qui leur permettent de naviguer sur la toile informatique, hélas, à leurs risques et périls. Parce qu’à vouloir toucher à tout et tout connaître, sans limites, on finit par se brûler. Or, on le sait, le feu détruit. Depuis longtemps nos Rabbanim en ont compris les dangers. Ils ont immédiatement alerté les parents pour qu’ils réagissent et protègent leurs enfants de ce nouveau fléau. Les enfants sont notre prolongement. D’une certaine manière ils justifient notre existence. Au point que nos ancêtres -et là nous retrouvons notre sujet- en ont fait nos garants pour perpétuer leur engagement -et donc le nôtre- à accepter toutes les lois de la Torah. C’était au Mont Sinaï il y a 3320 ans. Et cette garantie a été agréée par le Ciel. C’est dire que nos enfants nous sont chers et que leur valeur est appréciée et reconnue. Pourtant le savoir qui touche l’être au plus profond de lui-même ne peut s’acquérir en un instant. Ce savoir doit nous pénétrer pour que nous ayons une chance d’en être vraiment imprégnés. Donnons-nous réellement cette chance et décidons sincèrement de nous mettre à l’étude de la Torah. Nous ne pouvons demeurer ignorants sous prétexte que nous n’avons pas été initiés. Rabbi Akiva, lui-même, ne savait pas lire le Alef-Beïth -l’alphabet hébraïque- à 40 ans ! Cela ne l’a pas empêché de devenir l’un des plus Grands Sages de la Torah et donc l’un des plus grands hommes de tous les temps ! Nous avons reçu un héritage unique, grandiose. Des diamants sont posés sur le chemin et nous ne les ramasserions pas ? C’est vrai que pour être plus vite profitable, l’étude doit aller de pair avec une réelle volonté de vivre les Mitzvoth. Comme ce qu’ont fait nos ancêtres au Mont Sinaï. A tel point que plus vite j’intègrerai la pratique des Mitzvoth, de manière résolue et sans faille, et plus vite et plus franchement elles m’ouvriront au monde de la pureté et de la sainteté. Ceci c’est la Torah qui nous l’offre. C’est encore, ne l’oublions jamais, un immense cadeau d’Hashem. Découvrons-le et nous en apprécierons la valeur infinie. “Kol Haat’halott Kashott = tous les débuts sont difficiles”. Armons-nous de patience et de détermination en sachant qu’après l’obscurité vient la lumière. Rappelons-nous que tous les Beneï Israël ont reçu la Torah au Mont Sinaï et ont entendu la voix d’Hashem. Sa puissance nous a tous ébranlés au plus profond de nous-mêmes. Le Emeth -le vrai-, la Neshama -l’âme- qui sont en nous ont pu être mis à jour et dévoilés. Nous nous sommes alors engagés à servir Hashem et Lui seul. Ce ne sont pas des mots vains, sans conséquences. Si un serviteur hébreu refusait d’être libéré au bout de la 6ème année -comme la Torah le prescrit-, son maître le conduisait devant le juge. Là, muni d’un poinçon, il perçait l’oreille droite du serviteur en l’appuyant sur le montant de la porte, à l’emplacement de la Mezouza, où est écrit le Shema Israël -Ecoute Israël-. L’oreille qui a entendu la voix d’Hashem au Sinaï et qui, malgré cela, préfère servir un maître, doit être marquée d’un signe infâmant -Shemoth, Mishpatim, 21, 6 et Rashi, et Traité Kiddoushin’ 22b-. Tant un Juif doit rechercher à être libre pour pouvoir servir Hashem et uniquement Lui. Qu’il soit donné à nous tous qui avons entendu la voix d’Hashem au Sinaï de recevoir la Torah ! C’est le don le plus prestigieux que nous ayons reçu. C’est aussi le bien le plus précieux que nous possédons.  

 

Tout le Peuple a rendez-vous à Shavou’oth à Yeroushalayïm. L’agriculteur vient y offrir un panier rempli des plus beaux fruits, parmi les prémices de ses récoltes, prélevés sur les 7 fruits d’Eretz Israël. Il les offre au Kohen en déclarant qu’Hashem a réalisé sa promesse de leur donner la Terre d’Eretz Israël, et en exprimant toute sa reconnaissance pour tous Ses bienfaits. Il proclame le long périple parcouru depuis le temps où la famille de Yaakov a quitté Lavane l’Arami, est descendue en Egypte, y prospéra, s’y est multipliée, y fut asservie, puis délivrée, et le Peuple fut amené sur cette terre, qui ruisselle de lait et de miel, et qui a produit ces prémices -Devarim, Ki-Tavo, 26, 3 à 10-. Les pélerins venaient à Yeroushalayïm en famille, y festoyaient, se réjouissaient, et exprimaient toute leur gratitude envers Hashem.  

Cette année, nous fêterons Shavou’oth du dimanche 8 juin au soir au mardi 10 après l’apparition des 3 étoiles. C’est pour affirmer et donner un élan à notre engagement que nous veillons et étudions la Torah durant la première nuit de la fête. ‘Hag Saméa’h ! 

Bien à vous,    

 Ye’hiel-Yoël Gronner