N° 20 - Aviv 5768 - Printemps  2008 - suite 2 - 07.Jul.2008

N° 20 - Aviv 5768 - Printemps 2008 - suite 2 -

 

“Lorsque la Torah est bien comprise, elle protège, met à l’abri, et illumine les yeux de tous ceux qui la vivent !” 

 

LE SENS DU SACRIFICE 

 

Les temps ont changé. Ce n’est plus comme avant.  L’homme n’est-il plus le même ? L’époque imprime-t-elle d’autres valeurs et d’autres comportements ? Les relations de cause à effet sont si fortes qu’on ne saurait dissocier l’homme de son époque. Un homme peut-il s’isoler et se fermer aux influences extérieures ? Il lui faudrait une très grande force de caractère. Ne risque-t-il pas de devenir marginal, voire asocial ? Le refus, ou la fuite, vis-à-vis de toute contrainte, signe une régression. L’état premier, régi par les instincts, nous envahit, au détriment de la maîtrise de nous-mêmes, appelée par notre réflexion. A l’opposé, les limites permettent d’avancer lorsque nous veillons à ce que nos actions cadrent avec les règles fixées. Plus que cela, les limites permettent de nous élever si nous nous attachons à parfaire nos actions dans le cadre des restrictions imposées. Seul celui qui s’engage de façon résolue et déterminée nous intéresse ici. Le plus souvent, il compose, se résout à un compromis, en se joignant à un groupe avec qui il partagera quelques valeurs essentielles. Pour le reste, il agira comme il pourra, selon ses convictions. Encore faut-il pouvoir partager. S’il juge que le minimum requis n’est pas trouvé, ou si la situation se dégradait, par exemple dans le cas d’une société par trop corrompue, l’homme n’aurait d’autre choix, nous dit le Rambam -Maïmonide, Mishné Torah, Hilkhoth Dé’oth 6, 1-, que de tout quitter, jusqu’à, s’il le fallait, partir s’isoler dans le désert. Est-il dégradant d’être asocial lorsqu’il s’agit de se protéger des souillures d’une société dépravée ? La ville de Sdom -Sodome- symbolisait la perversion, qu’il fallait fuir si l’on voulait demeurer intègre. Chaque choix implique un renoncement. Il représente un sacrifice. Loth, le neveu d’Avraham, n’avait pas voulu renoncer aux plaisirs et à l’abondance qu’offrait Sdom. Il les a préférés à la rectitude exigée de lui s’il souhaitait résider en Eretz Israël aux côtés d’Avraham. Avraham, lui, ne pouvait vivre que dans la droiture. Il en a mérité et a gagné d’être éprouvé au-delà de la limite de ce qui nous paraît supportable. Etait-ce l’épreuve la plus terrible qu’il eût à surmonter ? Avraham devait offrir son fils Yits’hak en holocauste à Hashem qui le lui ordonnait. La venue au monde de Yits’hak ne lui avait été accordée qu’à l’âge de 100 ans, tandis que Sarah en avait 90. Non seulement rien n’y était favorable, mais tout s’y opposait. 37 années s’étaient écoulées depuis sa naissance. Yits’hak était la postérité d’Avraham. Il était le vecteur par qui la promesse qu’Hashem avait faite à Avraham devait se concrétiser. C’est de Yits’hak que devait naître la nombreuse descendance, aussi nombreuse que les étoiles dans le ciel (Beréshith, Lèkh Lekha 5). Celle à qui la Terre d’Eretz Israël avait été attribuée en héritage. Si le sacrifice de Yits’hak avait eu lieu, sur quel fondement la croyance d’Avraham en Hashem aurait-elle pu tenir ? Qui n’aurait pas été ébranlé, n’aurait pas vacillé, vu sa foi remise en question ? Après trois jours de marche, Avraham et Yist’hak parvenaient au Mont Moria -là où les deux Temples seront plus tard érigés et où le 3ème le sera, nous l’attendons pour très bientôt !- avec un fagot de bois, du feu et un couteau, pour y sacrifier Yits’hak. C’était offrir son fils -sa chair et son esprit- à Hashem qui le lui demandait. Avraham s’était totalement effacé. Il avait renoncé à tout et n’existait plus pour lui-même. Tout son être était entièrement dédié pour accomplir la volonté d’Hashem. Sa main avait saisi le couteau. Elle était déjà levée au-dessus de la gorge de Yits’hak, lorsque l’Ange arrêta son geste : “Ne lui fais rien ! (pas même une égratignure)”. Combien Avraham avait dû lutter pour annuler l’appel intérieur à préserver son fils ? Tout son être et toute son énergie avaient été mobilisés pour accomplir la volonté d’Hashem. L’ordre de sacrifier Yits’hak était brutalement annulé. Son désir ardent d’accomplir ce geste se reporta sur un bélier empêtré par ses cornes dans des broussailles. Avraham le saisit et le sacrifia à la place de Yits’hak. La dixième épreuve -le test- qu’Avraham eut à surmonter était accomplie. Par elle, Avraham prouva son inconditionnel dévouement à Hashem. “Je te bénirai...” (Beréshith, Vayéra 17), les bénédictions adressées précédemment à Avraham par Hashem lui ont été alors définitivement confirmées. Yits’hak y fut -naturellement- associé (selon Rashi) parce que pour lui aussi le don de soi était total. Yits’hak aussi a tout accepté. Il n’a marqué aucune résistance, uniquement pour que la volonté d’Hashem soit accomplie. Il était totalement prêt à donner sa vie. Du même coup, Yits’hak acceptait l’idée qu’Israël soit fondé sans passer par lui ! Yits’hak aussi en sortit grandi. Or, dépasser cette épreuve lui était également indispensable pour accéder au niveau à partir duquel il allait pouvoir poursuivre son ascension et se réaliser. A l’évidence, sans cette épreuve, Yits’hak n’aurait pas été en mesure de remplir sa mission et le Peuple Juif n’aurait pu devenir ce qu’il est. Voilà l’enjeu de l’épreuve et où conduit le sens du sacrifice, celui d’Avraham et celui de Yist’hak. Un sens du sacrifice dont l’étendue et la grandeur nous échappent très certainement. Il y a l’engagement, il y a le geste, et il y a l’après-épreuve. Même si nous y étions nous-mêmes directement confrontés, ce ne serait très probablement pas à notre portée. Pouvons-nous nous mesurer au niveau d’Avraham et de Yits’hak ? Et pourtant, le récit de la ‘Akéda -la ligature- de Yits’hak sur l’autel au Mont Moria, tel qu’il est relaté dans la Torah, est l’un des tout premiers textes du rituel de la prière du matin. C’est par excellence l’enseignement fondateur de l’engagement et du renoncement, grâce auxquels nous sommes ce que nous sommes et ce vers quoi nous devons tendre : être prêts à nous donner entièrement pour Hashem. Le récit de la ‘Akéda est d’ailleurs presque immédiatement suivi par l’énumération des sacrifices quotidiens. Ceux-là même que nous devions accomplir, d’abord dans le Mishkane -le Tabernacle, après être sortis d’Egypte- puis au Beith Hamikdash -le 1er et le 2ème Temple à Yeroushalayïm-. Les sacrifices étaient offerts soit au nom de toute l’Assemblée d’Israël, soit à titre individuel, selon les circonstances. Kohanim et Léviim servaient d’intermédiaires. Or la composition des sacrifices, leurs caractéristiques et qualités précises, mais aussi le rituel minutieux de l’offrande, constituent des ‘Houkim -lois immuables ou ordonnances-. Tous les ‘Houkim doivent être observés de la façon la plus stricte. A défaut, il y aurait, ici, un risque de profaner le Nom d’Hashem, de rendre le sacrifice non recevable et d’être privé de son bénéfice, et d’entraîner une sanction pour qui commettrait la moindre infraction. Le propre d’un ‘Hok (singulier de ‘Houkim) est d’être donné sans explicitation, alors que sa signification n’est pas évidente. La compréhension de la raison ou du sens n’est cependant pas requise pour accomplir le ‘Hok. Les ‘Houkim ont certes tous été explicités à Moshé Rabbénou. Shlomo Hamélèkh -le Roi Salomon-, l’homme réputé comme étant le plus Grand Sage de tous les temps, les a tous compris, excepté le sacrifice de la vache rousse. Le Rambam a codifié, à partir de la Guemara, les règles qui régissent tous les types de sacrifices -’Ola, ‘Hattath, Asham, Shlammim- leur composition, mais aussi les conditions -de temps, de lieu, de position et d’orientation, d’association (vin, encens, huile, farine), de personne, de geste et d’intention- qui devaient prévaloir pour qu’il soient agréés. Le Rambam précise par ailleurs que bien que tous les ‘Houkim de la Torah aient été décrétés, il est bon que l’homme y réfléchisse et les scrute pour rechercher et en comprendre la signification (Mishné Torah, Korbanoth, Hilkhoth Temoura 4, 13). D’autant que tous ceux qui disent dans la prière du matin le passage des Korbanoth -sacrifices- avec cœur et ferveur, sont réputés les avoir accomplis et en tirent bénéfice (Traité Ta’anith, 27b - cité par le Aboudarham). Le service des Korbanoth ne peut se dérouler qu’au Beith Hamikdash à Yeroushalayïm. Depuis la destruction du 2ème Temple, ce sont les trois prières quotidiennes : du matin, de l’après-midi, et du soir, qui les remplacent, d’où leur importance extrême. Mais pour qu’elles bénéficient de la Présence Divine et jouissent de Son soutien, les prières doivent être faites avec un quorum d’au moins dix hommes. Les meilleures chances sont alors réunies pour qu’elles soient agréées.  

 

Ce sont les Sages de la Grande Assemblée qui, il y a plus de 2500 ans, ont fixé le rituel des prières. Ils étaient inspirés par le Roua’h HaKodesh -l’Esprit Saint-. Ainsi, il leur a été donné d’enseigner un exemple, insuffler des valeurs d’une force inouïe, engendrer en chacun de nous l’esprit du don de soi. En chacun de nous, cela signifie de génération en génération, sans discontinuer depuis la ‘Akéda, il y a 3683 ans. Le don de soi, c’est le renoncement pour accomplir le Tsivouye -l’ordre- la Mitsvah. Nous ne sommes pas tenus d’en connaître le sens pour nous élever vers Hashem. Mais nous grandissons si nous nous attachons à rechercher et à en comprendre la signification. Fidèles en cela, à l’esprit du vécu de Avraham, de Yits’hak, et de Ya’akov. Vient alors l’étape, le niveau, où il n’y aurait plus objet de renoncement. La question du renoncement -du sacrifice- ne se poserait même plus. Il n’y aurait plus d’opposition, de frein, à vouloir tout donner. Rien d’autre ne serait à gagner si ce n’est de tout donner pour Hashem. Il nous donne tant ! On l’a vu, il suffit de dire le rituel des Korbanoth avec cœur et ferveur lors de la prière du matin pour que cela nous soit compté comme si nous nous en étions parfaitement acquittés. Seul Hashem peut nous l’offrir ! 

Pessa’h est derrière nous et nous avons déjà traversé la Mer Rouge. Quelles sensations, quelles émotions avons-nous vécues ! A quelle élévation spirituelle sommes-nous parvenus ! Totalement dépendants d’Hashem, émerveillés par tout ce qu’Il a réalisé pour nous, alors que l’armée de Pharaon nous poursuivait pour nous ramener en Egypte ou, à défaut, nous anéantir. Ils ont été ballottés comme des brins de paille et engloutis dans la mer comme des barres de plomb. Quel fut notre mérite pour avoir été sauvés ? Celui de jouir du mérite des Pères : Avraham, Yits’hak et Ya’akov. Les Hébreux qui sortirent d’Egypte en sont les descendants. Hashem a promis de leur donner la Terre d’Eretz Israël en héritage. L’épreuve de la ‘Akéda l’atteste. La promesse d’Hashem faite à Avraham lui a alors été confirmée pour toujours. Un pas décisif venait d’être franchi en vue de sa réalisation. Il reste maintenant d’être à la hauteur et de gravir tous les échelons vers la pureté requise pour être aptes à recevoir la Torah au Mont Sinaï.  

 

50 jours séparent Pessa’h de Shavou’oth, la fête du Don de la Torah. Depuis le 2ème jour de Pessa’h nous faisons le compte du ‘Omer. Chaque jour nous ajoutons un jour au nombre de jours écoulés depuis l’offrande du ‘Omer, jusqu’au 49ème jour, veille de Shavou’oth. Le ‘Omer est une mesure d’orge que nous portions en offrande, d’abord au Mishkane, puis au Temple, dès le lendemain de Pessa’h, pour remercier Hashem de nous avoir accordé une nouvelle récolte. Chaque jour compte. Il n’y en a que 49 pour nous préparer entre Pessa’h et Shavou’oth et grandir dans le chemin d’Hashem. Et tout est pris en compte, tous les aspects de la vie. Bien entendu aussi la relation d’amour et de respect que nous devons à notre prochain. Cela est d’autant plus vrai que l’on a déjà atteint un niveau élevé. En cela les 24000 élèves de Rabbi Akiva ont failli. Ils furent décimés par une épidémie, pour la plupart entre Pessa’h et jusque vers Lag Ba’Omer, le 33ème jour du ‘Omer. Cette période est depuis lors empreinte de tristesse en souvenir de ce drame et de cette perte immenses. Les petits détails sont parfois bien plus importants qu’il n’y paraît. Tout a un sens et doit être pris en compte. Notre vraie élévation vers Hashem est aussi à ce prix.  

Les Hillouloth - jours anniversaires de la mort- de Rabbi Méïr, le 29ème jour du ‘Omer, et de Rabbi Shim’one BarYo’haï, le 33ème jour du ‘Omer, viennent rompre trois semaines sans fête ni musique. Rabbi Méïr et Rabbi Shim’one étaient de très grands Tanaïm, commentateurs de la Mishna, et des élèves de Rabbi Akiva. En nous rappelant d’eux et de l’immense lumière qu’ils ont apporté sur tout Israël, nous proclamons -dans la joie et l’allégresse- qu’une vie de Torah où l’on accomplit les Mitsvoth dans la Sim’ha -la joie-, est la vraie vie !  

Bien à vous,                   

Ye’hiel-Yoël Gronner 

 

Chaque concours même modeste à l’ordre de Dvar Torah nous est très précieux. Pensez-y ! Un reçu cerfa sera adressé.