N° 19 - ‘Aviv 5768 - Printemps  2008 - suite - 29.Jun.2008

N° 19 - ‘Aviv 5768 - Printemps 2008 - suite -

 

“Lorsque la Torah est bien comprise, elle protège, met à l’abri, et illumine les yeux de tous ceux qui la vivent !” 

 

PESSA’H ! ENFIN PESSA’H !!! 

 

Chaque jour nous remercions et louons Hashem de nous avoir libérés de l’esclavage d’Egypte. Cela fait quelque 3320 ans de cela ! Le Peuple Juif y fut asservi durant 210 ans. Plus on s’éloigne dans le temps et plus ces 210 ans paraissent peu de choses... Pourtant, voilà 3320 ans que cette libération est omniprésente dans nos prières quotidiennes, dans notre histoire, dans notre vécu. Sans cette libération, nous ne serions pas là, ni ce que nous sommes ! N’est-ce pas suffisant ? Sans doute, mais comment comprendre que ce qui s’est passé est effectivement quelque chose de tout à fait primordial, d’essentiel, de capital et de fondamental ? Qu’est-ce qui peut l’être si ce n’est une naissance ? C’est à partir de cette libération d’Egypte que le Peuple Juif est né, a été constitué, s’est formé. Ce n’est effectivement pas rien, mais c’est encore trop abstrait. Et c’est vrai qu’il faut pouvoir en comprendre l’enjeu. Essayons d’en découvrir les repères clefs.  

 

Lors de son arrivée en Egypte, la famille de Ya’akov Avinou -le Patriarche Jacob- comptait 70 membres. 210 ans plus tard la Torah en décompte 600.000 hommes âgés de 20 à 60 ans. En ajoutant les femmes de la même tranche d’âge, plus les enfants de 0 à 20 ans et bien sûr aussi les plus de 60 ans, on évalue à quelque 10 millions les Beneï Israël -enfants d’Israël- qui sortirent d’Egypte. Tant que Ya’akov Avinou et les 12 Shevatim -Yossef et ses frères, enfants de Ya’akov, qui ont fondé les 12 tribus d’Israël- vivaient, les Egyptiens étaient bienveillants envers les Hébreux. Ce n’est qu’après leur départ de ce monde que peu à peu des contributions leur furent d’abord demandées, puis imposées, là aussi de façon graduelle, d’abord avec des égards, puis sans égard, puis par la coercition.  C’est 116 ans avant la sortie d’Egypte -selon d’autres sources, à la naissance de Miriam, fille d’Amram et de Yokhévèd, soit 86 ans avant la sortie d’Egypte- que les conditions de l’esclavage devinrent plus dures, puis insupportables. Toute opposition était violemment réprimée, tout nouveau-né mâle était d’office jeté et noyé dans le Nil. Des tortures morales accompagnaient un travail harassant, nuits et jours, tout le temps. Les hommes étaient chargés des tâches ménagères, tandis que les travaux des champs, de constructions et de terrassements étaient imposés aux femmes. Si les quotas n’étaient pas atteints, des enfants étaient placés dans les murs à la place des briques manquantes. Brimer et briser les familles des Beneï Israël étaient l’une des visées des tortionnaires. Maris et femmes étaient envoyés au loin pour qu’ils ne puissent plus se côtoyer et soient totalement épuisés s’ils se retrouvaient. Ils pouvaient être réquisitionnés à chaque instant par tout Egyptien. Leur temps ne leur appartenait plus, ils étaient mus comme des automates. Les Egyptiens se servaient d’eux comme s’il s’agissait de bêtes de somme disponibles à volonté. Un accident survenait-il ? Qu’à cela ne tienne : on remplaçait le blessé ou le mort, tant la main-d’œuvre hébreue était abondante. Notre esprit d’hommes dits “libres” est-t-il capable de se représenter la souffrance d’avoir à subir un régime de travaux forcés durant plus de 80 ans ? Quel horizon mental peut encore subsister après être passé par un tel laminoir ? Qui est-on ? Quelle histoire peut-on encore transmettre et pour quel devenir ? Le devenir d’une bête de somme est de finir à l’abattoir. Au contraire, n’y a-t-il pas lieu de s’étonner que l’esprit de Ya’akov Avinou et de ses fils ne se soit pas totalement dissous ?  C’eût été très vraisemblablement le cas si la tribu de Lévi n’avait pu jouir du statut de prêtres qui l’exemptait de toute servitude. Rien ne prouve cependant qu’elle ait pu insuffler quelques valeurs aux autres tribus, hormis par ses prières et par son étude. L’échelle d’impureté comprend 50 degrés. Les 4/5ème des Hébreux les avaient déjà atteints et ne pouvaient plus être sauvés. Les autres -1/5eme de l’ensemble- se trouvaient au 49ème degré d’impureté. Si rien n’était fait pour les en empêcher, ils risquaient de basculer dans le 50ème degré et de disparaître à leur tour. Il fallut une année entière pour faire revivre les consciences, réveiller l’identité, rétablir le lien avec l’histoire, avec l’héritage et avec Hashem. Cette année-là, c’était la dernière avant la sortie d’Egypte. Durant toute cette année, Moshé et Aharon ont tenté d’obtenir de Pharaon qu’il libère les Hébreux et les laisse partir pour servir Hashem. Par l’entremise de Moshé et Aharon, Hashem envoya dix plaies sur l’Egypte, l’une après l’autre, et seulement sur les Egyptiens. Les Hébreux, eux, ne furent pas affectés par elles. Au contraire, voyant qu’ils étaient protégés, les Egyptiens se mirent peu à peu à les considérer et même, parfois, à les courtiser. 

 

La Lettre de Dvar Torah n°5 relate plus en détail cette période cruciale de notre histoire. Pour mémoire, voici résumées les dix plaies :  

  1. Toutes les eaux -le Nil, les puits,etc...- se transformèrent en sang.  
  2. Les grenouilles pullulèrent partout jusque dans les entrailles.
  3. La poussière de la terre devint vermine.
  4. L’invasion des bêtes sauvages tua des hommes et leurs bêtes. 
  5. La peste atteint tous les animaux. 
  6. Les ulcères touchèrent les hommes et leurs animaux. 
  7. La grêle détruisit les récoltes et tua hommes et animaux. 
  8. Les sauterelles mangèrent toute la végétation restante. 
  9. Les ténèbres obscurcirent tout et interdirent tout mouvement.
  10. Tous les premiers-nés des hommes et des animaux périrent.

 

Il fallut donc ces dix plaies pour que Pharaon accorde enfin aux Beneï Israël le droit de quitter l’Egypte le 15 Nissane. Chacune de ces dix plaies était un événement extraordinaire. Il fallait frapper les esprits, les libérer de leur torpeur, de leur écrasement et de leur paralysie. Il fallait aussi que tous comprennent que Hashem peut tout et que rien, absolument rien, n’est hors de son pouvoir. Il fallut une année de miracles pour que les Hébreux -hélas seulement 1/5ème- renaissent et passent du statut d’esclaves à celui d’hommes libres. Une année pour, peu à peu, se convaincre et se pénétrer de la présence d’Hashem. Une année pour saisir qu’ils détiennent un devenir, que la vie ne se limite pas au temps présent, mais bien au-delà, au monde à venir. Qu’il leur était donné dès lors de discerner le bien du mal, qu’ils pouvaient choisir entre eux deux et donc qu’ils jouissaient d’un libre-arbitre. Que, du coup, ils devenaient responsables. Une année pour faire tout ce chemin, depuis les ténèbres de l’aliénation la plus profonde, jusqu’à la lumière éclatante du jour où ils allaient pouvoir choisir librement. Une année pour passer de la matérialité brute, totale, omniprésente, à la perception de l’esprit, de la spiritualité, qui émane de la présence d’Hashem. La révélation d’Hashem et de Son pouvoir, mais aussi Sa sollicitude envers les Hébreux, pénétra peu à peu les cœurs, en même temps que la crainte d’Hashem. Chaque famille sacrifia un agneau la nuit de Pessa’h. Cet acte -profession de foi- chassa l’impureté idolâtre des cœurs des Beneï Israël. L’agneau était une divinité pour l’Egyptien. Le sacrifier signifiait le rejet, le reniement, l’extirpation de ce qu’il représentait jusqu’alors. Les Hébreux avaient été forcés de fréquenter les Egyptiens.  Leurs valeurs et leurs dieux leur étaient “naturellement” devenus familiers. L’expulsion des valeurs essentiellement matérielles et idolâtres ouvrit aux Beneï Israël le chemin vers Hashem. Les Beneï Israël ne pouvaient plus rester en Egypte. Sur l’ordre d’Hashem, transmis par Moshé, ils quittèrent l’Egypte avec précipitation. Ils cuisirent leur pain sans que la pâte eût le temps de lever. Le ‘Hametz -le levain- qui fait lever la pâte, représente l’impureté attachée à l’Egypte, de laquelle chacun devait se défaire et se libérer. Les Hébreux partirent, tous animés d’une même volonté d’accepter l’ordre d’Hashem, bien qu’ils n’eurent pas le temps de se préparer au voyage. C’est ce qu’Hashem voulait : pas de calcul, pas d’appréhension, seulement la confiance et l’engagement dans l’action. Le Peuple naissait.  Il était en constitution et en mouvement. Cela ne s’est pas fait ni en un jour, ni sans récrimination, ni sans douleur.  Mais Hashem était toujours là pour apporter réponse, réconfort, assurance et apaisement. Combien de miracles fit-Il avant l’arrivée à la Mer Rouge et lors de sa traversée ? Tout était miraculeux. Les Hébreux avaient besoin d’être choyés. Pour eux, le temps était de recevoir et de se remplir de la sainteté d’Hashem. Ensuite, lorsqu’ils auront pris des forces, il leur sera demandé d’avancer par eux-mêmes, grâce à leur propre volonté et leurs efforts. La formation du Peuple Juif était en marche, vers le Mont Sinaï, pour y recevoir la Torah et la vivre. 

 

Depuis lors, chaque fête de Pessa’h nous donne l’occasion de revivre la sortie d’Egypte, de faire ce grand nettoyage pour extirper le ‘Hametz, le levain. Concrètement, il s’agit d’éliminer toute trace de produit levé, à base des 5 céréales (blé, épeautre, seigle, orge, avoine), perpétuant le geste de nos ancêtres qui ont cuit le pain sans le laisser lever pour sortir d’Egypte sans attendre. Concrètement, il s’agit aussi de combattre et d’affaiblir le Yétser HaRa, le mauvais penchant, en réduisant, voire en supprimant l’attrait du matériel qui rend l’esprit et le cœur impurs. Le Yetser HaRa pousse l’homme à acquérir, consommer et jouir, de tout, sans cesse. Si l’homme y succombe, il se ferme à toute quête d’Hashem, se bouche à la sainteté qui en émane et s’écarte du désir de respecter les prescriptions de la Torah. Extirper le ‘Hametz avant Pessa’h, c’est éliminer toute trace de levain et évacuer tout ce qui souille le cœur de l’homme. L’élimination de tout ce qui obstrue le cœur peut évidemment se prolonger tout au cours de l’année et durer toute la vie. Il sera alors donné de se rapprocher du niveau d’élévation qui fut atteint au temps du Matane Torah, du Don de la Torah, où tout le Peuple d’Israël était uni “d’un seul cœur”. La sortie d’Egypte était une urgence absolue. En la retardant, les Hébreux risquaient d’atteindre le 50ème degré d’impureté. Ils n’auraient alors pu être sauvés. L’intervention exceptionnelle d’Hashem a, de fait, aussi neutralisé le Yétser HaRa, “qui se trouvait bien en Egypte”. Depuis lors, il revient à l’homme -par sa volonté et son travail sur soi- à lutter pour contrer les visées sournoises et vicieuses de son Yetser HaRa, qui fait tout pour le détourner et l’empêcher de se rapprocher d’Hashem, Le servir et se remplir de Sa sainteté. Lorsque le Peuple d’Israël fait le Retson Hashem, accomplit ce qu’Hashem désire, il remplit sa vocation et l’engagement qu’il a pris au Mont Sinaï d’accepter la Torah et de la vivre. En étant Saint, le Peuple d’Israël sanctifie le Nom d’Hashem, proclame Sa Royauté sur le monde et devient le Peuple exemplaire, Mamlékhèth Kohanim VeGoye Kadosh, un Peuple de Prêtres et une Nation Sainte, pour l’ensemble des Nations. Toute l’humanité sera influencée, guidée et amenée à accomplir Sa volonté. Hashem règnera alors avec éclat sur toute la terre. C’est ce que nous attendons avec la venue de Mashia’h, que nous souhaitons ardemment, pour bientôt et de nos jours !  

 

Pour l’heure, Pessa’h approche ! Cette année, après Shabbath Hagadol, le Grand Shabbath, qui précède Pessa’h, la nuit du 19 avril nous célébrerons le 1er Séder et la nuit suivante, le 20, le 2eme Séder. Le jeudi 17 à la nuit on procèdera à la Bedikath ‘Hametz, l’inspection de tous les recoins de nos demeures, à la lumière d’une bougie, pour s’assurer qu’il n’y a plus de ‘Hametz caché. Ceux qui auront oublié de faire la Bedika pourront encore la faire le vendredi durant la journée. Le ‘Hametz sera brûlé ou détruit le vendredi 18 avril jusqu’à 12h23 (à Paris). S’il en restait, il faudra le détruire avant l’entrée de Shabbath. Au 2eme repas de Shabbath nous devrons manger de la ‘Halah et finir de la consommer avant 10h55 (à Paris). Toutes les miettes seront ramassées et jetées dans la cuvette des toilettes. L’annulation du ‘Hametz devra être faite le Shabbath avant 12h23 (à Paris) en prononçant la formule consacrée. Si du ‘Hametz devait rester en notre possession durant Pessa’h, il devra être vendu en notre nom par un Rav avant Pessa’h et nous n’aurons pas le droit d’y toucher jusqu’à la fin de Pessa’h. S’il n’a pas été vendu avant Pessa’h, il sera interdit à la consommation à jamais. On préparera le Séder avant Shabbath, sinon après Shabbath, mais pas durant Shabbath, ni le 2eme Séder durant le 1er jour de Pessa’h. Chaque Séder commencera seulement à la nuit. Une vaisselle Kasher pour Pessa’h est réservée pour les 8 jours de la fête. Le Séder est un moment où il nous est donné de bénéficier d’une très grande élévation spirituelle, comme celle que vécurent nos ancêtres. D’ailleurs chacun doit sentir au cours de chaque Séder qu’effectivement il sort d’Egypte. Revivre la sortie d’Egypte se fait en lisant la Haggada -qui en fait le récit et décrit tous les miracles qu’Hashem a réalisé pour nous- et en relatant ce qu’en rapportent les Commentateurs. Nous devrions la lire et raconter la sortie d’Egypte même si l’on se retrouvait tout seul au Séder. Nous aurons sur notre table un plateau avec 3 Matzoth -pain azyme- en souvenir du pain de misère qui n’a pas levé. Le Zero’a -os, de poulet ou d’agneau- y figure aussi. Il rappelle le sacrifice de l’agneau réalisé par chaque famille à la veille de la sortie d’Egypte. Le Maror -laitue ou raifort- herbes amères, rappelle l’amertume de l’esclavage. Le Beïtza -œuf dur-rappelle le sacrifice de ‘Haggiga en l’honneur de chaque fête (l’œuf symbolise aussi le deuil du fait que nous n’avons plus le Temple). Meï Méla’h -de l’eau salée- évoque les larmes de souffrances de nos frères esclaves. Le Karpass -céleri, verdure, radis...- est là pour susciter le questionnement des enfants. Le ‘Harosseth -mélange brunâtre, pouvant comprendre amandes, dattes, cannelle, pomme et vin rouge- évoque le mortier des briques de construction. Nous boirons 4 coupes de vin en étant accoudés, signe de la liberté recouvrée, en suivant le rituel du Séder. Elles rappellent les  4 coupes de vin citées dans le récit du rêve du maître échanson (Beréshith, Vayéshèv 9 à 13), prélude à la libération de Yossef et annonciateur, à terme, de la libération d’Egypte. Les Matzoth seront mangées en accompagnant les ingrédients pour lesquels seront dites des bénédictions durant le Séder. D’autres Matzoth et boissons pourront être consommées durant le repas. L’Afikomane, la seconde partie de la 2ème Matza sera mangée en étant accoudé, de préférence avant ‘Hatsoth -1h52, le milieu de la nuit-. Tous les détails du rituel de la Haggada sont importants. Chaque foyer doit en posséder au moins un exemplaire, de son rite, pour perpétuer avec fidélité la tradition de sa famille. Ceux qui le peuvent gagneront beaucoup à en étudier le texte avant la fête. Pessa’h Kasher VeSaméa’h !           Ye’hiel-Yoël Gronner