N° 18 - ‘Aviv 5768 - Printemps  2008 27.Jun.2008

N° 18 - ‘Aviv 5768 - Printemps 2008

 

Dédiée à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de Mickaël ben Moshé haLévi - Gérard STRAUSS zal. Que Marlyse STRAUSS, son épouse, ait une longue vie en bonne santé, entourée de l’affection de ses enfants et de tous les siens.        

 

TENIR À TOUT PRIX POUR AVANCER VERS LA LUMIÈRE ! 

 

D.ieu a doté l’homme de dons extraordinaires. Ceux-ci sont tous connectés à son intelligence et en dépendent. Son agilité, son goût artistique, son discernement, sa capacité à conceptualiser, à construire, à s’exprimer, tout comme son intuition ou son imagination, tous varient d’un être à l’autre. Le jeune observateur est ahuri devant l’étendue des possibilités, des gammes de nuances, des diversités inouïes qui sont offertes à l’homme. Normes, règles ou formules, précisent des standards généraux qui sont admis en tant que références dans telle ou telle société. Malgré cela, tout concept peut-être perçu et compris de tant de façons. Prenons un exemple. La crise de l’économie mondiale est le résultat de dispositions politiques qui favorisent productions, modes d’échanges, flux monétaires ou fiscalité, au détriment d’autres choix, dans des environnements plus ou moins porteurs ou inspirés. Or certains y voient l’occasion unique -comme si telle était sa vocation- de différencier les faibles des forts. Peut-on soutenir une telle thèse ? Voyons ce qu’il en est et laissons nous porter, nous pourrons toujours rebrousser chemin si nous nous fourvoyons.  

 

Non pas qu’ils le soient dès le départ, les faibles, comme les forts, mais ils le deviennent. Les faibles y parviennent en baissant les bras. Ils se refusent à lutter et s’avouent vaincus devant l’adversité. Les autres vont devenir forts en affrontant la difficulté. Ils ne sont pas paralysés devant l’inconnu, qui n’est pas d’emblée considéré comme un adversaire, voire un ennemi. S’y mesurer les renforce. Ils gagnent en assurance, deviennent moins craintifs, plus téméraires. Un axiome prend forme, comme un principe : tout obstacle doit être dépassé, en le contournant ou en le franchissant. Dès lors, rien ne les arrête, et ils sont capables d’explorer, de défricher ou d’innover dans des domaines connus aussi bien qu’inattendus. Et bien souvent ils font des prouesses. Or les distinctions entre faibles et forts prennent leurs racines très tôt, depuis l’enfance et même la petite enfance. Quelle est la raison qui au départ favorisera tel enfant à l’inquiétude, à la peur, voire au découragement, et tel autre enfant à la sérénité, à l’assurance, à l’envie de découvrir et d’entreprendre ? C’est la confiance que ses parents, ses maîtres, tout éducateur, sauront insuffler en lui. S’il est constamment l’objet de critiques, de reproches, il sera inquiet, sur la défensive, craignant la sentence comme un couperet. S’il est encouragé et approuvé lorsqu’il entreprend, et félicité lorsqu’il se dépasse, il saura prendre appui sur l’estime de soi générée par la confiance placée en lui par son entourage pour aller de l’avant avec bonheur. Deux attitudes opposées font naître des comportements négatifs ou, au contraire, positifs. Le premier aura un gros handicap de départ. Il lui faudra des années de combat interne. Que de temps et d’énergies devra-t-il engager pour réparer ce qui a été abîmé en lui et apprendre à surmonter des épreuves ! Ses ailes ont en quelque sorte été coupées. Elles doivent repousser pour enfin le porter. Alors il n’aura plus peur d’aborder l’inconnu, de prendre des risques et d’innover. Ce thème émerge à nouveau (voir La Lettre de Dvar Torah n° 11) parce que le climat se durcit, la situation devient plus compliquée, tendue et moins facile tout autour de nous. La tendance naturelle est alors de se recroqueviller et de se protéger.  Pourtant, si nous ne réagissons pas nous risquons d’être dépassés, de perdre toute maîtrise, toute prise sur la conduite des événements. Diriger son bateau ou même sa barque, c’est autre chose que d’être agrippé à une planche en plein océan. Or le choix peut aussi dépendre de nous ! Il faut -simplement- se placer dans une situation où l’on peut vouloir. Puis-je vouloir ? Le puis-je vraiment ? Je veux ! (et je donne un grand coup de poing sur la table). Mais suis-je le seul à décider ? Suis-je le seul aux commandes ? Qui n’a pas entendu le dicton “Qui veut peut !” ? C’est vrai que nous sommes dépositaires et détenons une très grande force, un très grand pouvoir et que nous pouvons déployer une énergie inouïe. Plus l’homme avance en âge, moins il dispose d’énergie directe, physique. L’exemple du bébé de quelques jours est flagrant. Bien qu’il n’ait quasiment pas de muscles il se maintient facilement en l’air en agrippant de chaque main un index du pédiatre qui contrôle sa vitalité. Beaucoup plus tard l’énergie physique diminue pour être progressivement compensée, remplacée, par une plus grande activité cérébrale. Tout au long de la vie, l’homme fait l’apprentissage des mécanismes qui régissent la société. Il découvre aussi des rouages et des réseaux par lesquels influer des changements. L’homme se sert alors de cette connaissance pour agir ou faire intervenir. Le danger qui le guette est qu’il en vienne à croire qu’il est puissant, qu’il régit à son tour des hommes, des centres de décision, des pouvoirs. S’il se laisse prendre au jeu et s’y donne totalement, viendra le jour où il y aura des ratés et plus rien ne fonctionnera. L’huile manque-t-elle dans les rouages ? Des dents se seraient-elles brisées ? Son assurance, son estime de soi est affectée, ébranlée. Subitement, les repères ne sont plus bons, sans qu’il comprenne pourquoi. Le reste, on le devine. Que s’est-il passé ? C’est D.ieu, Hashem, qui était absent de ce schéma. L’homme ne lui a pas fait de place. Il ne s’est pas rendu compte que tout ce qu’il détenait lui venait d’Hashem. Depuis sa venue au monde, dont Hashem était partenaire avec ses parents (voir L.D.T n° 7). Depuis aussi l’époque de son éducation où Hashem était encore associé et présent, si une place lui était réservée. Nous avions vu que nos pensées sont directement dépendantes de la proximité que nous éprouvons à l’égard d’Hashem (voir L.D.T. n° 13). Ainsi ses parents, ses maîtres et tous ceux qui sont intervenus dans son éducation ont été inspirés par Hashem et l’en ont fait profiter, dans la mesure où ils ont effectivement sollicité Son aide. Le mérite de ses Pères a pu aussi être bénéfique et le protéger (voir L.D.T. n° 15).  

 

Revenons à la notion de volonté évoquée il y a un instant. Il est vrai que l’homme détient un pouvoir immense et qu’il est capable de déployer une énergie phénoménale. Cette énergie lui vient d’Hashem. S’il en est conscient et qu’il garde un lien avec Hashem, il est connecté à la source de cette énergie. Et tant que son lien avec Hashem persiste, l’homme est en mesure de déployer et de se servir de l’énergie qui lui a été confiée. Ce lien est d’autant plus fort qu’il s’attache à accomplir le Retsone Hashem = le désir, l’attente, la volonté d’Hashem. Il se manifeste à travers les Mitzvoth -prescriptions de la Torah- qu’Hashem nous a ordonnées d’accomplir tout au long de notre vie, jusqu’à 120 ans (voir L.D.T. n° 8). Lorsque l’homme vit pleinement les Mitzvoth, il se dote à chaque fois d’un capital de bénédictions qui le lie et l’attache à la source d’énergie dans laquelle il puise pour encore mieux accomplir le Retsone Hashem. Si, par contre, son lien avec Hashem est très ténu, ou qu’il n’est même plus ressenti, l’homme évolue sur un tout autre registre. Il n’est certes pas empêché d’agir, mais son action n’est pas celle qui est attendue de lui, selon le projet dont il est porteur et pour lequel il est venu au monde. Il se voit du coup privé de la bénédiction protectrice d’Hashem. La situation décrite plus haut est maintenant plus claire. La protection d’Hashem se traduit par bien plus que de l’huile dans les rouages ou la prévention d’un bris de dents. Sa bénédiction conduit à nous attacher à ce que tout ce qui émane de nous soit orienté pour répondre à Sa volonté. Ce qu’Hashem veut -et uniquement et toujours pour notre bien- est que nous accomplissions les Mitzvoth prescrites dans la Torah. Chaque pensée, chaque parole et chaque acte est alors en accord avec ce qui est permis et correspond à ce qui est attendu de chacun. Au contraire, si nous pensons mal, parlons mal et agissons mal, nous ne pouvons prétendre à la moindre approbation du Ciel. Mais Il n’interviendra pas pour nous freiner et nous empêcher de chuter. Toutefois des moyens pour faire le bien peuvent nous être retirés et confiés à de plus dignes que nous (voir L.D.T. n° 4). Nous rapprocher d’Hashem et vivre dans Sa proximité, c’est aussi rechercher la présence de ceux qui Lui sont proches, les côtoyer et les servir (Pirké Avoth 1-4 et 6-5). 

 

“‘Assé Lekha Rav : aies un Rav” dit encore Pirké Avoth (1-6 et 1-16). Chacun, quelque soit son niveau, se doit d’avoir un Rav auprès de qui demander conseil et des réponses à ses interrogations (voir L.D.T. n° 11). Et c’est le cas pour les Rabbins eux-mêmes, tous, même les plus grands ! Et lorsqu’une question vient, lorsqu’elle préoccupe, parce que l’on s’attache à faire bien et que l’on ne veut pas commettre d’erreur, alors rien n’est anodin, futile, sans justification. L’un des plus grands orateurs d’Eretz a raconté qu’il a demandé à son Rebbe s’il était bien d’acheter pour son fils qui allait se marier, tel appartement qui lui était proposé à un prix exceptionnellement bas dans son quartier. Son Rebbe lui dit qu’il ne fallait pas l’acheter parce qu’il était trop proche de sa propre maison. Son fils risquerait de s’y retrouver trop souvent et cela l’empêcherait de grandir avec sa propre famille. Heureux le Rav qui a pu recevoir la réponse de son propre Rav, grâce à laquelle il a pu préserver l’épanouissement de son fils et de sa famille. Etait-ce une question de bon sens ? Lorsque des intérêts -comme un prix exceptionnel- risquent d’affecter le jugement, un avis inspiré par l’amour du prochain permet d’atteindre le vrai et dévoiler à autrui le choix qui est le mieux pour lui. Cela est tout simplement impossible lorsque l’amour du prochain est absent, n’est pas pris en compte. Or l’amour du prochain est l’un des fondements de la Torah. Ce faisant, nous nous situons en accord avec ce qu’Hashem attend de nous. Sa bénédiction s’applique pleinement via le conseil du Rav qui a été consulté suite au souci de ne faire que le bien.  

 

Ces concepts pourraient être quelque peu ardus et hermétiques à qui évolue selon des modes de pensée ou des critères étrangers à la Torah. Il est fait appel ici à des valeurs qu’un monde qui ne se veut que rationnel ne peut connaître. Lorsque l’homme se limite à ce qu’il comprend, il est, en fait, très limité. Par contre, en vivant la Torah, et en acceptant des lois qu’il ne peut comprendre, il se place à un niveau bien supérieur. La compréhension de l’homme est, au départ, infime en comparaison de l’intention d’Hashem. En acceptant les lois ordonnées par Hashem, sans pour autant les comprendre, l’homme s’ouvre sur le niveau d’où émanent ces lois. Il se dépasse, il grandit et se rapproche de la sainteté. Cela n’est possible que lorsqu’il suit le cursus complet du vécu des Mitzvoth sans compromission. Une première étape permet d’arriver à une seconde et ainsi de suite, sans qu’il soit possible d’en sauter ou d’en éluder. Ainsi, la première de toutes, sur laquelle le Rav Shakh zatsal avait été interrogé à propos d’un juif qui était prêt à n’observer qu’une seule Mitzvah, il répondit : “Qu’il veille scrupuleusement à ne manger aucun aliment impur”. En clair, cela signifie qu’il s’interdise de manger du porc, du lapin, des crustacées, du caviar, du requin, de l’autruche, de la viande d’animaux permis non rituellement tuée puis salée et trempée dans l’eau, de consommer de la viande en même temps que des laitages, sans respecter les temps d’attente entre les deux ni la séparation des ustensiles et des vaisselles. S’il s’y attache et réussit, et pas seulement à l’intérieur de son foyer, mais partout et toujours, son cœur va s’ouvrir et il lui sera donné d’accéder -dans une grande lumière- aux étapes suivantes. “Ouvrez en vous pour Moi un espace de Teshouva, de repentir, de la taille d’un chas d’aiguille et J’ouvrirai pour vous des passages pour des chariots et des diligences” (Midrash Rabba, Shir HaShirim 5, 2). Si l’homme est fait de ce qu’il mange, la nourriture impure qu’il absorbe le rend impur, inapte, pour accéder à un autre niveau de sainteté où il est exigé d’être pur.  

 

Lorsque les temps sont durs, d’aucuns sont tentés de lâcher du lest, de vouloir être moins rigoureux et pensent ne pas pouvoir tenir. Se croiraient-ils moins forts ? L’épreuve est aussi un test. Qui est vrai, qui en veut, qui croit profondément, qui est intègre ? Leurs prières montent vers Hashem pour mériter Son soutien. Il le leur accorde toujours, même s’ils ne le perçoivent pas clairement ou de suite. Il s’agit ici de tenir à tout prix pour avancer vers la lumière.  

Bien à vous,    Ye’hiel-Yoël Gronner