N° 16  - ‘Horef 5768 - Hiver 2008 - suite 3 - 27.Apr.2008

N° 16 - ‘Horef 5768 - Hiver 2008 - suite 3 -

 

Dédiée à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de Rivka bath Léa aléa hashalom, épouse de Yits’hak MERALLI -qu’il ait une bonne et longue vie- rappelée auprès de ses Pères le 21 Kislev 5768. 

 

JOYEUX, RICHES ET HEUREUX ! 

 

Chaque jour, un nouveau miracle m’accueille au lever du lit. J’ouvre les yeux et je vois. Je pose un pied à terre, puis le second, je me redresse et je marche, je respire, j’ai conscience de ce qui m’entoure. En un mot, je vis pleinement, de tous mes membres, avec tous mes sens. Est-ce normal ? La veille, je m’étais endormi. J’étais absent et je ne sentais rien de ce qui se passait autour de moi durant mon sommeil. J’étais comme mort, à la différence près que je respirais. Mais je n’en n’avais point conscience. Et tout d’un coup, voilà que le monde prend forme. C’est un vrai miracle ! “Mais c’est naturel de se réveiller chaque matin !” Ah oui ? Sans compter ceux qui ne se réveillent pas, qui dit que lorsque c’est naturel ce n’est pas miraculeux ? “Mais dans ce cas le miracle serait partout, à chaque instant, il serait permanent ?” Effectivement, à chaque instant se produit non pas un, mais une multitude de miracles. Ce qui se passe pour chacun de nous, se déroule pour tous les hommes qui peuplent la terre, pour tous les animaux qui y vivent, comme pour toutes les plantes qui y poussent. Et la terre n’est qu’un élément du cosmos où chacun évolue selon un rythme et avec la précision d’une horloge atomique. Seulement on s’y est accoutumé et l’on a oublié Qui est derrière tout cela. C’est pour l’avoir constamment à l’esprit que nos Sages ont instauré une petite prière de remerciements que l’on prononce en se réveillant chaque matin : “Modé Ani Lefanékha Mélekh ‘Haï VeKayam SheHé’hézarta Bi Nishmati Be’Hémla, Rabba Émounatékha = Je T’adresse mes remerciements, Ô Roi vivant qui existe, pour Ta bonté d’avoir fait revenir mon âme en moi, grande est Ta loyauté”. Lorsque l’on sait d’où nous viennent tous ces cadeaux, jour après jour et à tout instant, nous ne pouvons éprouver qu’une reconnaissance sans borne. Nous nous sentons infiniment petits. De là naît un sentiment d’humilité particulièrement salutaire pour connaître notre place dans le monde et parmi nos prochains. Placé sous ce prisme, je ne peux décemment adresser la moindre complainte pour quelle raison que ce soit. Aucune d’elles n’est justifiée. Mieux, je ne peux que remercier et louer Hashem pour tout ce que je reçois de Lui. Il s’agit donc bien à chaque fois d’un cadeau ! Si seulement je pouvais ouvrir les yeux et le voir constamment. Oui, je suis riche ! Regarde tout ce qu’Hashem me donne ! Et Il nous donne à tous à chaque instant. Si seulement nous pouvions voir tout ce qu’Il nous donne, nous Le remercierions sans arrêt pour toutes Ses bontés. Naîtrait alors un sentiment d’infinie reconnaissance envers Hashem. Qui, dans ce contexte, oserait Le contrarier ? Qui serait assez ingrat pour enfreindre Ses commandements ? Qui pourrait être assez fou pour le faire sciemment ? “Mais je ne savais pas qu’il était interdit de...”. Oui, sinon on ne pourrait comprendre qu’un être si réfléchi puisse agir de façon si folle et inconsidérée. “Mais tant de gens tout autour de moi se conduisent comme moi...”. Certes, mais qui ne le déplore ? Beaucoup trop de gens ne savent pas et font donc “comme tout le monde”. Ils ne savent pas qu’ils sont différents, que le fait d’être Juifs implique une réserve et des devoirs particuliers. Les enfants de Noa’h -Noé- (voir Lettre de D.T. n°8) n’ont que sept prescriptions, tandis que nous autres Juifs en avons D.ieu merci bien davantage. Et nous remercions D.ieu de nous avoir privilégiés. Car, contrairement à ce que prône la société environnante, les “contraintes”, tout comme les limites, élèvent et font grandir l’être. Parce que je dois m’y conformer et je dois donc faire un effort pour y parvenir. Suis-je en adéquation? Une réflexion constante me permet de le vérifier. Dès lors, par souci de cohérence, pour être conséquent avec soi-même, personne ne peut laisser passer un instant sans vouloir s’attacher à découvrir ce que Hashem Veut de nous, de chacun d’entre nous, pour le vivre. La voie est tracée, en toute logique. Je n’ai pas d’alternative. Aussi me reste-t-il à rejoindre un lieu d’étude, m’attacher à une Communauté, à une synagogue, à un Rav et apprendre, apprendre, apprendre, et vivre pleinement mon étude ! Parce que c’est en étudiant la Torah et les préceptes qu’elle contient, et en les vivant, que l’on découvre ce qui est attendu de chacun d’entre nous. Lorsque nous prenons conscience que l’on nous fait du bien, immensément de bien, et sans arrêt, nous sommes nécessairement touchés et confus devant tant de générosité. “Qui suis-je pour tant mériter ? Je suis seulement le fils/la fille de mes parents qui ont mené leur existence avec sincérité, honnêteté, en s’attachant à ne faire de mal à quiconque. Au contraire, ils faisaient la charité et plus d’une fois ils accueillaient des pauvres à la maison, qui y prenaient des repas et quelquefois y dormaient”. En fait, ils ont eu de grands mérites à se conduire ainsi, alors que personne n’ouvrait sa porte aux étrangers. Il est écrit dans nos textes sacrés (Shemoth, Yithro, 20, 5 et 6) qu’une Mitzvah, une bonne action, a toujours des répercussions étonnantes qui peuvent profiter à nos descendants durant mille générations. A contrario, de mauvaises actions affectent directement, à D.ieu ne plaise, les enfants, petits-enfants et arrière petits-enfants de celui qui les commet. Au fil des générations, des influences étrangères ont pu amener à relativiser l’importance de l’accomplissement des Mitzvoth. Dans un milieu non juif on ne comprend pas pourquoi le commerçant Juif fermerait son magasin le Shabbath. Alors que c’est le jour de la plus grosse recette ! Et si le commerçant Juif n’a jamais vraiment compris quelle était la valeur du Shabbath, il n’est pas surprenant qu’il ne sache le garder et le respecter. Mais il ne sait pas alors combien sa vie se trouve du coup vidée d’une immense richesse : la Kedousha = la sainteté. “La sainteté, mais je ne sais pas ce que c’est !”. Ce n’est pas étonnant puisque la sainteté découle et ressort du respect des prescriptions, des limites, dictées par les Mitzvoth. Lorsque l’on vit la Torah, on éprouve une sorte de proximité avec le Créateur. Et cette proximité nous fait vibrer de joie, d’une joie très profonde qui parfois nous fait pleurer, de joie bien sûr. Nos textes sacrés nous disent que la Parnassah, les revenus qui nous sont attribués chaque année, est fixée pour chaque Juif à Rosh Hashana, le nouvel an, selon ses mérites. Or un Juif qui ne respecte pas les préceptes de la Torah, n’est guère méritant pour recevoir une Parnassah de qualité. De plus, s’il travaille le Shabbath, il s’octroie un revenu qui ne pouvait être prévu au titre de sa Paranassah puisque la Torah lui interdit de travailler le Shabbath. Dès lors, ce revenu acquis Shabbath est indu. Il lui sera en fait repris, que ce soit en dépenses de santé, en redressement fiscal, en dégât des eaux, en vol de matériels ou autres ennuis particulièrement désagréables. De sorte qu’il aura une perte triple : celle d’avoir perdu de l’argent, celle d’avoir travaillé pour rien, celle d’avoir enfreint l’ordre d’Hashem et perdu la Kedousha dont il aurait joui s’il avait respecté l’interdit de la Torah. Tout cela parce qu’il ne savait pas, ne savait assez fort, pour résister à l’appât du gain et ne pas imiter son entourage irrespectueux de la Torah. Même s’il fait don d’une partie de cet argent, ni lui, ni le “bénéficiaire” de ce don n’en tireront profit. Un jour, il y a une vingtaine d’années, un Rav reçut une somme d’argent qu’il soupçonnait avoir été mal acquise. Il le distribua néanmoins à ses élèves, mais en leur faisant part de ses craintes. Et effectivement, personne n’en profita. Tous eurent ce mois-là des ennuis, qui de machine à laver, de voiture, de dégât des eaux, de perte d’argent, et autres dépenses tout à fait inhabituelles. Certes, seul l’argent acquis en enfreignant le Shabbath est indû, pas celui provenant d’un travail accompli honnêtement les jours de la semaine. On raconte que le ‘Hafets ‘Haïm, Rosh Yeshiva à Radine en Lituanie et auteur du Mishna Broura, qui était durant le premier tiers du siècle passé probablement la plus grande autorité du Peuple Juif, refusait tout soutien d’argent d’une personne qui ne respectait pas Shabbath. Qui sommes-nous par rapport à lui ? Nous n’avons pas les yeux qu’il avait pour voir ce qui lui était caché. Hélas, d’aucuns pensent que la richesse matérielle prime sur tout. Qui donne la richesse, l’intelligence, la capacité de travail, le don, la volonté, la santé, le bonheur ? C’est Hashem qui donne tout cela ! Au même titre qu’Il nous permet de nous réveiller chaque matin, d’ouvrir les yeux, de voir, et de nous lever ! Et nous, comment Le remercions-nous ? Oui, comment ? Ne nous répondez pas, votre réponse ne concerne que vous. Nous ne nous soucions que de votre bonheur. Or celui-ci ne s’obtient qu’en vivant ce qui nous convient le mieux, ce qui est fait pour nous, ce qui correspond à notre nature : vivre selon les préceptes de la Torah. Oui, la Torah nous est aussi indispensable, à nous Juifs, que l’eau est indispensable aux poissons ! Cela n’est ressenti que lorsqu’on vit réellement selon la Torah. Or nous aurons fait un immense chemin sur la voie de ce qu’Hashem attend de nous lorsque nous l’aurons compris et commencerons à le vivre. Alors nous serons riches ! Qui est riche ? Pirkeï Avoth, les Maximes des Pères (4, 1) le disent : c’est celui qui est heureux de ce qu’il a, de sa part. Il n’envie ni la fortune, ni le champ, ni la femme d’autrui. Il est heureux de ce qu’Hashem lui a donné. Son cœur est empli de joie, d’une joie profonde, sérieuse, pleine de reconnaissance et de Kedousha, de sainteté. Et il remercie avec effusion le Créateur pour tous les bienfaits qu’Il lui a accordés. De sorte que l’homme, la femme, veulent ardemment Le remercier. Comment le peuvent-ils ? Rien de plus simple : faire ce qu’Il attend de nous ! En somme, accomplir les Mitzvoth, franchement, pleinement, totalement, avec la joie de réaliser la volonté d’Hashem ! Certains disent même : “Mitzvah Guedola Lihiyoth BeSim’ha Tamid = c’est une grande Mitzvah que d’être toujours dans la joie”. Lorsqu’on est heureux de vivre les Mitzvoth, parce qu’on sait que c’est pour Hashem, la joie est alors multipliée et plus profonde. Nos yeux rient et pleurent à la fois, parce que le moment que nous vivons est si intense, presque trop riche. Nous sommes touchés au plus profond de notre être. Nous atteignons l’âme. La communication avec Hashem se fait autrement, change de niveau. Pour en arriver là, il nous faut beaucoup prier, beaucoup remercier, faire beaucoup de bien, surtout pas pour soi, mais pour Hashem et pour notre prochain, au singulier comme au pluriel. Alors nous sommes riches, si riches que l’envie nous vient de donner, sans compter, pour que d’autres, le plus grand nombre, partagent la joie de servir Hashem. Il est un précepte selon lequel il faut toujours apprécier les actions d’autrui en les considérant de la manière la plus favorable. Le travers étant de critiquer, de trouver les manques et les défauts, bref de dénigrer. Ce travers mène à l’amertume, à la haine et à la discorde. A l’inverse, une appréciation favorable et toujours bienveillante, conduit à la concorde et à l’amour du prochain. On est heureux et on se félicite de la qualité de la relation avec autrui. On la reconnaît, on la cite en exemple, on provoque la sympathie, on favorise l’amitié, on fait des émules, et l’amour du prochain se répand dans la Communauté puis, au-delà, dans le Klal Israël.  

Voilà encore une grande occasion de remercier Hashem de nous avoir placés en tant que maillon d’une si belle chaîne. Qu’elle nous relie tous, nous soutienne et nous renforce, dans la joie !    Ye’hiel-Yoël Gronner