n°  14 ‘Horef 576 - Hiver 2008  - suite - 27.Feb.2008

n° 14 ‘Horef 576 - Hiver 2008 - suite -

 

Dédiée à la mémoire et pour l’élévation de l’âme de Suzanne Sultana bath Esther aléah hashalom, épouse de Moshé ROUCHE zal, rappelée auprès de ses pères le 15 janvier 2008. 

 

S’IL-VOUS-PLAÎT, J’AI UNE QUESTION ! 

Voilà quelques décennies que le temps des bancs de l’école est derrière nous. Devons-nous pour autant cesser d’être interpellés et avoir l’esprit curieux pour essayer de trouver la bonne réponse ? Cela est connu de tous, plus on apprend, plus on connaît, et plus se découvre l’étendue de notre ignorance. Elle nous rend modestes et humbles. Mais à côtoyer de grands hommes, nous comprenons combien eux se conduisent avec humilité et combien nous en manquons. L’humilité rend l’homme grand. Nous sommes à l’opposé lorsque nous faisons preuve d’une assurance qui frise l’arrogance ou le mépris, et que nous manifestons de la colère envers autrui. Oui, cela nous abaisse et nous rend petits. Alors que nous nous  croyons grands ! En méprisant autrui nous nous sentons supérieurs à lui. Or, le garder pour soi, perdrait tout son charme... Si je n’exprime pas mon mépris envers quelqu’un, comment vais-je me valoriser ? Or je le dénigre et il me dérange. Donc, me dis-je, je dois l’abaisser, pour pouvoir exister et justifier ma supériorité ! Pourtant, nous le savons depuis Shlomo Hamélekh, le Roi Salomon, toute recherche de pouvoir n’est que vanité. Et malgré cela, des hommes se battent pour imposer une domination. Le pouvoir se prend toujours sur le compte d’autrui, pour s’élever et, par voie de conséquence, l’abaisser. S’il n’y avait aucun effet négatif envers autrui, on pourrait “hausser les épaules” et laisser faire. Mais engendrer une aliénation et une dépendance non désirées, subies, avec des pratiques dissuasives, voire coercitives, c’est tout simplement contraire à tout ce que la Torah nous enseigne ! Elle nous ordonne de ne servir qu’Hashem. Ni aucun régime, ni aucun être -excepté nos parents, nos Maîtres et le Roi d’Israël, sauf si leurs ordres contrevenaient à la Torah- et surtout pas quelqu’un qui ne se consacrerait pas à servir Hashem le plus parfaitement possible. Cela veut dire sans aucun écart, ni compromis, même pas des écarts de langage du type Lashone Hara. Même pas ou surtout pas ? Sait-on toujours hiérarchiser la faute, l’erreur, la Avérah ? Avérah Goréreth Avérah = une faute en entraîne une autre. Une mauvaise disposition de l’être le prédispose à commettre une seconde faute, qui l’entraînera encore plus bas. Un dicton ne dit-il pas : “qui vole un œuf, vole un bœuf” ? Et cela commence souvent par du Lashone Hara, une parole qui reflète la stricte vérité, mais dont la révélation causera un préjudice envers autrui. Elle n’est permise que dans un but constructif, pour enseigner un exemple à ne pas suivre, ou pour prévenir un dommage, ou encore pour mettre en garde contre une association défavorable. Tous les autres cas entraînent un tort totalement injustifié, qui n’amène pas le Shalom, la paix, mais plutôt la discorde, la mésentente, l’opposition, la haine et l’affrontement. Aharon Hakohen, le Grand Prêtre, était Ohèv Shalom VeRodef Shalom, il aimait la paix au point qu’il la poursuivait. Il n’avait de cesse que lorsque de bons sentiments régnaient entre les uns et les autres. Quelle joie et quelle gratitude envers le Ciel devait-il éprouver lorsqu’il y parvenait ! A l’inverse, quelqu’un qui “monte les uns contre les autres” -quelle que soit la manière dont il s’y prend- éprouve en réalité une immense souffrance. Il ne connaît pas, ou plus, le précepte “d’aimer son prochain comme soi-même !” Il s’enferme dans un cadre où l’amour ne peut être accordé que si l’on répond à des critères définis et rigides. Il se restreint. Il se meut selon une politique basée sur une idéologie. Son élan de bonté et de générosité est canalisé et tamisé. Il ne peut plus “donner vrai”. Cela passe par un filtre épais. Y a-t-il encore quelque chose en commun avec l’amour du prochain voulu par la Torah ? 

Si les circonstances ont voulu qu’une grande intelligence, un charisme et des moyens servent une telle démarche, celle-ci conduit à la manipulation, à l’envoûtement et à l’aliénation des sujets placés sous son influence. Cela rappelle le statut du Gourou chez les Hindous. Mais alors, où est l’indépendance qui doit animer tout Juif et lui permettre d’user de son libre arbitre pour choisir son chemin en toute liberté ? Mes actes doivent-ils être dictés, commandités, par une volonté et une persuasion extérieures ? Ou bien doivent-ils naître d’une conviction profonde, inspirée librement, avec laquelle je me sens en pleine harmonie ? Lorsqu’on exprime un jugement -négatif- sur autrui, il y a tentative -même involontaire- d’influencer notre interlocuteur. Le négatif détruit. C’est pour cela qu’il pose problème. Or l’influence en question ici n’est rien d’autre qu’une manipulation. Elle peut intervenir de diverses manières, et pas seulement par des mots. Des intonations de voix, une moue, un sourire, un plissement de paupières, de front, une façon de regarder, un mouvement de la main, de la tête, du corps, ou un silence, sont tellement éloquents. En somme, tout dépend du respect que je porte à autrui. Est-ce que je l’estime ? Suis-je vraiment convaincu que je n’ai pas le droit de l’influencer dans un sens négatif -pour qui que ce soit- parce que l’autre est une individualité indépendante qui ne m’appartient pas ? Si c’est bien le cas, je m’interdis tout geste qui risquerait d’infléchir son jugement de façon anormale, biaisée, en le privant des éléments “objectifs” -l’objectivité relevant d’Hashem- , vrais, pour qu’il puisse se faire sa propre opinion en toute indépendance.  

Imaginons quelqu’un qui veut faire rire, un rire léger, qui tranche avec le sérieux de l’instant. Imaginons de plus qu’il détient une ascendance, un pouvoir, sur lequel il s’appuie pour “forcer” l’adhésion. Si je trouve son rire incongru et même gênant, et que je me refuse à l’imiter, sa tentative à me faire rire échoue, comme une vague sur la grève, et je ne monte pas à bord de son rafiot percé. Bien des gens croient qu’ils doivent faire plaisir au point de se compromettre à accepter ce qui, avec du recul, est jugé intolérable. S’ils acceptent, ce sera naturellement au détriment de leur propre identité. Elle en sera affectée. À la longue, à défaut de correction, leur identité va s’affaiblir, s’effriter, s’effacer et, en définitive, manquer de ressort pour leur permettre de discerner librement, de façon autonome. Un autre être prendra corps, nettement subdivisé entre une partie superficielle et l’autre, profonde. Et si la partie superficielle s’étendait, ce sera au détriment du “moi”. Ce dernier sera ébranlé par cette dualité-rivalité. Si l’autonomie est mise à mal, toute la construction de l’identité risque d’être fragilisée. Les apports étrangers ne pourront être réellement intégrés et assimilés lorsqu’ils sont reçus sous influence, suite à une manipulation. A l’inverse, les apports extérieurs peuvent être totalement acquis, devenir miens, lorsque je les choisis et suis conquis. Cela implique de pouvoir être moi-même et d’être conséquent avec moi-même. Ce qui n’est pas réalisable lorsque je suis sous influence, manipulé. C’est comme pour une greffe. Soit il y a rejet, soit elle prend. Pour qu’elle prenne, il est préférable que l’apport extérieur soit de même nature, ait la même composition que le corps du receveur. À défaut, il faut préparer, travailler, transformer et adapter le terrain qui devra en quelque sorte secréter des substances pour accueillir et intégrer cette partie étrangère à soi. Sinon, ce sera bancal, fera souffrir et ne tiendra pas. La Torah a besoin d’être vécue pleinement et complètement. Que pourrait faire une personnalité composite, rafistolée, constituée d’apports non encore intégrés, dont on ne sait s’ils le seront ou si, au contraire, ils finiront par être rejetés ? Elle ne pourrait aller très loin. Le résultat serait en tout cas bien en deçà du niveau auquel on pourrait prétendre dans le cas d’une personnalité saine, équilibrée et entière. Sauf si, à force de travail et de ténacité, elle parvenait à réparer et à (re)construire. Est-ce jamais possible ? Il vaut mieux, ici aussi, prévenir que guérir. Mais au-delà de l’identité et de sa construction se trouve le rapport avec le Kadosh, le sacré. Quelle place laisse-je à Hashem ? Où en sont mes devoirs, ma responsabilité ? Si le rire -évoqué plus haut- voulait être provoqué dans un lieu saint, par exemple dans une synagogue au moment de la prière, la Présence Divine appelée par ma prière en serait tout d’un coup chassée ! Le rire -au même titre que toute autre distraction- auquel on voulait me faire adhérer et me détourner, aurait occasionné un ‘Hilloul Hashem, une profanation du Nom d’Hashem ! La profanation atteint tous les présents, quelle que soit leur opinion. Elle est d’autant plus grave que l’assistance est nombreuse. Alors que je viens là justement pour prier ! Au-delà d’une inversion d’intention, mon détournement d’Hashem et la profanation de Son Nom m’affaibliraient au lieu de me faire grandir ! Dès lors, le bénéfice procuré par le Minyane -le quorum d’au-moins dix hommes pour une prière en public- se trouverait remis en cause. Cette réflexion s’étend bien au-delà des limites du lieu saint qu’est la synagogue ! N’est-il pas écrit : “Soyez saints parce que Je Suis Saint” - Vayikra, Kedoshim 19, 2 ? Or Hashem est partout ! C’est donc que nous devons nous attacher à nous comporter avec sainteté partout ! Et certainement dans le cadre d’une synagogue et de tout lieu d’étude de la Torah.  

La question que nous nous sommes posée est maintenant claire. Comment est-ce possible que des personnes -et même s’il n’y en avait qu’une- puissent influencer leur entourage au point de l’amener à être si peu respectueux de la Présence Divine et du rapport à autrui, notamment dans un lieu d’étude et un lieu de prière ? Les éléments ci-dessus devraient peut-être contribuer à y répondre. 

Chacun est un sujet responsable, en propre, et vis-à-vis d’autrui. S’il est impliqué et engagé dans une vie de Torah et de Mitzvoth, il se sent ici concerné au plus haut point. Conscient de sa responsabilité, il se corrige et alerte son entourage pour qu’il devienne meilleur. Qu’Hashem, dans Son immense bonté, nous guide et nous assiste, pour que nous puissions toujours faire au mieux ce qu’Il attend de nous !  

 

Tou-BiShevath, le 15 Shevath, le Nouvel an des arbres est tout juste derrière nous. Un grand nombre de fruits a été dégusté en remerciant Hashem pour tous les bienfaits qu’Il nous accorde. Voir la L.D.T. (Lettre de Dvar Torah) n° 6, pp. 8-9. Quant à la fête de Pourim,  ce sera les 14 et 15 Adar beth - 21 et 22 mars. Nous nous réjouirons de ce que tous les projets funestes fomentés contre nous ont été “renversés” et où les Juifs ont reçu la Torah de plein gré. Merci de relire les L.D.T. n°1 page 2, et n°6 page 10. Avec nos meilleures pensées,            

 Ye’hiel-Yoël Gronner