N° 11  Aviv  5767 -  Printemps  2007 27.Jun.2007

N° 11 Aviv 5767 - Printemps 2007

 

Que le Maître du Monde soit loué d’avoir fait venir Maran HaGaon Rav STEINMAN shlita et Kedoushath Maran HaAdmour de GOUR shlita pour renforcer la Communauté ! ‘Hazak OuBaroukh à tous ceux qui ont contribué à réaliser ces trois prodigieux Kiddoush Hashem -tant à Marseille, à Lyon qu’à Paris- et à tous ceux qui y ont participé ! Puisse tout ce qui y a été transmis grandir en nous. Amen ! 

 

PETITE MISE AU POINT 

Où en sommes-nous par rapport au projet d’origine ? Jeter un regard sur les cinq années écoulées depuis le lancement de cette Lettre relève du travail du journaliste, du sociologue, pas encore de l’historien. Ce qui compte pour nous est le fait qu’elle est attendue par certains -qui sont peut être encore trop peu nombreux- et qu’elle vient susciter des questions et apporter quelques réponses. Et cela, malgré une écriture d’un abord encore difficile, trop exigeante pour le lecteur ? En dépit aussi de la très grande irrégularité de son édition. La raison ? Elle n’a pas encore reçue une place vraiment prioritaire dans notre agenda, du fait sans doute aussi de la pénurie de moyens matériels. Nous avançons donc comme au gré des flots, selon les possibilités, l’inspiration et ce que nous vivons. Mais cette Lettre est aussi devenue importante pour nous, un peu à la manière de celui qui donne et qui en vient à aimer celui qui reçoit. Et de fait vous nous êtes devenus proches et chers, bien que nous ne vous ayons probablement jamais rencontrés. Aussi, comme vous nous faites l’amitié de nous lire, nous poursuivons ici ce que nous avions annoncé en préambule de la Lettre n° 10. Est-il besoin de vous prévenir ? Nous ne cherchons pas à plaire et bien entendu pas à déplaire, mais d’abord pas à plaire. Forcément nous risquons de déplaire, mais encore une fois, nous ne le recherchons pas. Nous essayons seulement d’être honnêtes et le plus en accord possible avec les préceptes de la Torah. Dans notre monde, certains ne trouvent pas cela du tout facile. Mais y a-t-il quelque chose de bien qui soit facile dans la vie ? Aussi, nous sollicitons d’emblée toute votre indulgence. Si cela peut plaider en notre faveur, ayez simplement à l’esprit que notre intention est pour le bien. Et comme nous le disons à la fin de l’introduction de la plupart des cours que nous diffusons : “Que vous en retiriez le plus grand profit !” 

 

REFLET DE L’ÂME 

Le regard est vitreux, éteint, inexpressif. Au moins à cet instant, son propriétaire est ailleurs. Ce regard reflète-t-il un trop peu d’amour à l’égard de la personne croisée ? Est-ce une manière de transmettre un message en vue d’amener l’autre à réfléchir et à agir ? Exprime-t-il un désir de repli sur soi ? Serait-ce une façon de se protéger pour ne pas se disperser et préserver ses propres pensées ?  S’il est réellement concentré, cela se voit, le regard ne peut donc être inexpressif ! Est-il tout simplement plongé dans ses pensées, déconnecté de ce qui l’entoure ? On oublie que les yeux sont le reflet de l’âme. Des yeux sont parfois carrément baissés pour ne pas voir les nôtres. Est-ce un moyen de défense pour ne pas aborder le regard d’autrui ? L’autre est ignoré, non désiré ou refusé : les yeux disent qu’il n’existe pas pour l’autre ! Mais alors où est l’amour que je dois lui porter ? La Torah nous dit bien : “VeAhavta LeRé’akha Kamokha = tu aimeras ton prochain -ton frère juif- comme toi-même !”. Mon prochain ? Mais c’est celui qui me ressemble, qui est comme moi, qui partage mes idées et mes valeurs ! Si ce n’est pas le cas, il n’est pas mon prochain et je ne lui dois rien ! Pourtant, pourtant... les Patriarches nous enseignent le contraire !  Parmi eux, l’exemple d’Avraham Avinou est patent ! Ne courait-il pas au devant de tous pour les accueillir sous sa tente ? Ceux qu’il accueillait n’avaient pourtant pas les mêmes valeurs que lui. Une fois, l’un d’eux refusa tous les mets qu’Avraham Avinou lui proposa. Au bout d’une centaine d’offres, toutes repoussées, Avraham Avinou le chassa. Cet homme se plaignit à D.ieu qui demanda des comptes à Avraham Avinou, qui à son tour raconta que cet homme avait dépassé les limites du supportable. D.ieu dit alors à Avraham Avinou : si Moi Je le supporte, tu peux bien le supporter aussi. Ce Midrash (Rabba, Vayéra) a été entendu lors d’une leçon, donnée il y a une quinzaine d’années à la Yeshivah d’Epinay par Rav Heymann shlita. Dès lors, mon prochain n’est donc pas celui qui nécessairement me ressemble. A moins que le statut de prochain puisse être restrictif et, par exemple, n’être accordé qu’à ceux avec qui j’ai au moins une qualité de relation de tel niveau ? Mais ne sommes-nous pas en train de nous entourer de barrières comme si avant d’aller vers l’autre, il fallait d’abord nous protéger ? Est-il interdit de se protéger ? La rose a bien des épines, le hérisson des piquants. L’homme est sujet à influences. Aucune perception ne peut être sans effet. Ne doit-on pas refuser toute rencontre  potentiellement agressive ou qui nous exposerait à un danger lorsque nous pouvons l’éviter ? Et pourtant, si D.ieu, dans son immense bonté, nous a tous différenciés, n’est-ce pas pour que nous soyons justement distincts les-uns des autres ?  Et l’idée même de vouloir limer et raboter nos différences en vue de normaliser, d’uniformiser, reviendrait à porter atteinte au projet Divin qui a voulu que ces différences aient une raison d’être ! Ce n’est pas la dissemblance qui existe entre l’homme et la femme dont il est question ici, grâce à laquelle homme et femme deviennent complémentaires et s’épanouissent mutuellement en accomplissant le projet Divin. Il s’agit de la différence -banale- qui existe entre tous les êtres. Elle n’est pas seulement dans l’aspect physique de chacun, mais aussi dans sa manière de penser, d’apprécier, de discerner, de s’exprimer.  

 

GÉNIE PUR ET JALOUX POUR HASHEM 

Dans le désert du Sinaï tous n’étaient pas animés du génie et de la pureté de Betsalel qui a su comprendre le message Divin et construire le Tabernacle avec tous ses ustensiles (Shemoth, Vayakel 35, 30-35 et Vayakel 36, 1-3). Tous n’étaient pas jaloux de défendre l’honneur d’Hashem comme Pin’hass qui, au péril de sa vie, a su prendre l’initiative et laver l’affront de Zimri et transformer le ‘Hilloul Hashem, la profanation du Nom d’Hashem, en Kidoush HaShem, en sanctification du Nom, en Kvod Shamayïm, en honneur pour Hashem (Bemidbar 25, Balak 7-8 et Pin’hass 10-11). D.ieu merci les exemples ne manquent pas où des êtres d’exception ont su remplir leur rôle à la perfection, précisément au moment où il le fallait. Cela n’eût point été possible si les qualités qui les distinguaient avaient été limées et rabotées.  

 

RENTRER DANS LE MOULE 

Il est des êtres qui ne peuvent entrer dans aucun moule. Essayer de les y contraindre serait les briser. Briser leur lien interne avec le Émeth, le vrai, la vérité de ce qui les constitue, de la nature dont ils ont été dotés en venant au monde. Et quelqu’un qui a perdu le lien avec le Émeth, il est perdu, pour lui-même et pour tous. C’est comme le tuer, mais d’une manière “soft”, douce, sans éclat et sans que l’on constate un délit condamnable par les tribunaux civils. Si par bonheur il a encore en lui quelque ressort ou quelque force vitale pour vouloir résister et s’en sortir, il lui restera à faire appel à des thérapeutes. Ce n’est le plus souvent qu’au bout de longues années d’un travail douloureux sur soi que la reconnection avec le Émeth, sera possible. C’est long et difficile parce qu’il faut progressivement éliminer les conflits et reconstruire. Les conflits naissent de l’imposition d’un schéma inadéquat qui se heurte aux besoins de sa propre nature. Un schéma qui voudrait faire “rentrer dans le moule”. Le travail sur soi consiste à d’abord percevoir, puis identifier, puis délimiter, puis neutraliser, puis éliminer les conflits. Mais le travail sur soi c’est aussi et quasiment en même temps reconstruire. D’abord sur une base extrêmement peu stable et fragile. Cette base ne se consolide que très lentement au rythme de la retrouvaille avec le Émeth, son Émeth. Aussi, chacun d’entre nous, conscient des efforts exigés durant tant d’années pour éliminer et rebâtir -du fait d’une transmission inadéquate-, prendra garde et s’assurera absolument que ce qui est reçu correspond bien à ce qui convient. Dans Mishlé -enseignements à base d’exemples et de paraboles, du Roi Salomon (20, 6)- il est dit : “Eduque l’enfant -pour lui-selon son chemin, et lorsqu’il avancera en âge il ne s’en détournera point”. Son chemin désigne ici ses caractéristiques, sa composition propre, sa nature, celle -on vient de le dire- avec laquelle il est venu au monde. Tu peux et du dois le faire avancer et aller selon des valeurs claires pour le faire atteindre le niveau où il convient qu’il parvienne. Seulement il faut que tu te “décarcasses” un peu, même peut-être beaucoup. Sinon le prix à payer risque d’être extrêmement lourd : celui de le perdre, à D.ieu ne plaise.  

 

HEUREUX DE RÉUSSIR 

Un jeune couple qui attendait un heureux événement vint demander conseil au Rav pour l’éducation de l’enfant attendu. Ils lui demandèrent s’ils ne s’y prenaient pas trop tôt pour le solliciter. Le Rav répondit que ce sont leurs propres parents qui auraient dû venir demander conseil lorsque eux-mêmes les attendaient. Cette réplique a l’air d’une boutade. Il n’en n’est rien. Le Rav signifiait ici combien il fallait s’y prendre à l’avance tant l’éducation réussie est une exigence primordiale et en même temps si délicate à mener à bien -cette  histoire a été entendue de Rav Frankforter shlita-. Qui ne serait pas heureux de réussir ? Quel être sensé aurait une priorité plus grande que de s’attacher à transmettre le mieux qu’il peut à ses enfants ? Le mieux, c’est avant tout de l’amour, pas un schéma. Et de donner de l’amour réellement pour le bien d’autrui, non pour se faire du bien à soi-même, au nom d’un égoïsme enfoui, ou pour faire comme tout le monde, ou pour quelqu’autre bonne raison. A chacun de vérifier que l’enfant est effectivement heureux et qu’il s’épanouit. Il l’est dès lors qu’il grandit, qu’il affirme son caractère et qu’il devient indépendant, dans la joie ! Pourquoi dans la joie ? Parce que la joie s’identifie à la vie, contrairement à la tristesse (de vivre) qui se tourne vers la mort. La vie c’est être content, heureux. La mort c’est d’une certaine manière baisser les yeux, ou les avoir ternes, sans vie, inexpressifs. Si l’enfant ne s’épanouit pas, il nous faut consulter, demander l’avis d’une autorité dont la nature profonde est de rechercher le bien d’autrui. Et en fait, même si l’enfant grandit et s’épanouit sous nos yeux, il faut s’assurer que c’est bien le cas dans tous les lieux dans lesquels il évolue. Et pour cela il faut en parler, mais uniquement auprès de ceux qui respirent l’amour du prochain. Autrement on risque de retrouver un schéma, un stéréotype, et donc l’inadéquation, dans quasiment tous les cas. Ajoutons une remarque essentielle pour éviter toute confusion. “Entrer dans le moule” n’est en soi pas une mauvaise chose.  C’est même extrêmement souhaitable dès lors où cela correspond, où cela est compatible, avec les traits, la nature profonde de l’être. Un “moule” c’est un ensemble de règles et de barrières qui enseignent et dictent une manière de se conduire. Il a été mûrement réfléchi et éprouvé par de Grands Sages et des générations de Beneï Israël. Ce sont, de fait, des repères et des limites clairs,  modulables lorsque des circonstances l’exigent. Ces repères et limites évitent bien des errements et permettent au contraire d’aller directement au but et même très loin. Si l’être dispose des caractéristiques grâce auxquelles il peut “entrer dans le moule” et s’y soumettre, sans aller à l’encontre de lui-même, il aura tout à gagner à s’y plier. L’effort qu’il fera en ce sens fera alors partie de sa propre avancée. Mais il ne faut en aucun cas que “entrer dans le moule” soit contraire à sa nature. Il s’agit de toujours viser à promouvoir, jamais à aliéner ! toujours “donner des ailes”, ne jamais les couper ! 

 

LE BON SENS. 

Si vous avez un doute, ouvrez vos yeux et observez. Il y a des critères évidents. Ne jamais oublier que, D.ieu merci, chacun dispose de ses propres yeux pour voir et pour comprendre un certain nombre de choses par soi-même. Par conséquent, il est donné à chacun en propre d’apprécier et de discerner. Il y a une notion fondamentale qui doit guider chacun d’entre nous, c’est le bon sens. Que nous dit le bons sens ? Il tombe sous le sens que... De toute évidence et en toute logique, il me semble que cela se fait, ou bien que cela est tolérable, ou encore inacceptable. Spécialement dans notre relation avec notre prochain. Chacun doit pouvoir s’efforcer de formuler sa propre opinion, puis ensuite s’attacher à la vérifier et à la confronter.  En cas de doute ou pour des situations complexes, il gagnera à demander confirmation auprès d’une personne de confiance, compétente, qui respire l’amour du prochain. Il ne devra pas hésiter à demander qu’il lui soit expliqué, le cas échéant, la nature et l’origine d’une différence d’appréciation, pour qu’à son tour il apprenne et sache discerner et évaluer correctement. 

 

DÉCALAGE 

Les nouvelles générations manquent tellement de repères que bien des gens n’ont pas ou plus confiance en eux et hésitent même à se faire leur propre opinion sur des situations les plus simples et les plus banales. C’est le résultat du matraquage, de l’application de standards, de la réduction de l’être à un objet de consommation, et bien souvent d’une mise en moule inappropriée. Il ne leur a tout simplement pas été donné de grandir psychiquement au rythme et en harmonie avec leur développement physiologique. Ils voient, vivent des situations, mais n’expérimentent pas. Expérimenter c’est retirer de chaque moment un enseignement et l’intégrer -en soi- pour être prêt à s’en servir ultérieurement. C’est le processus qui permet de grandir. S’ils ne grandissent pas, c’est signe qu’ils sont déconnectés d’avec le Émeth. Ils sont dans un autre monde que dans le monde du réel. Ou plus précisément, leur perception du monde physique est bien là, claire et présente. Ils sentent le chaud, l’air, l’odeur, ils entendent le bruit, leurs yeux voient tout autour d’eux, mais leur esprit est ailleurs. Il y a un décalage entre le corps et l’esprit. Corps et esprit ne sont pas en phase. Je peux être bien debout, mais mon esprit “perd pied”. S’il sort du réel, un malaise se créer et peut entraîner à la longue des conséquences dramatiques, avec angoisses, dépressions, dysfonctionnements lourds, etc... L’image n’est pas gaie. Mais a-t-on le droit de se voiler la face ? Vous l’avez remarqué, nous ne sommes pas sur une pente ascendante vers une tendance meilleure, mais bien sur une pente qui apparemment descend vers moins de bien et plus de difficultés. Et cependant il nous faut prendre soin de nous-mêmes pour être à même d’aimer notre prochain. D’autant qu’il nous incombe de l’aimer en dépit du fait que nous ne nous aimerions pas nous-mêmes ! Un thème qui a déjà été évoqué en page 3 de “La Lettre de Dvar Torah n° 9”.  

 

RESTER VIVANTS 

Donc, non seulement il nous appartient de prendre soin de nous, mais nous en avons le devoir. Et à chacun de revoir et d’ajuster, s’il en est besoin, l’ordre de ses priorités. Nous n’insistons ici que parce qu’il s’agit de l’épanouissement de chacun, de la façon dont il va se préparer, ou être préparé, pour la vie. Et, ce qu’il va vivre, retentira sur l’ensemble de la Communauté. Nous sommes dès lors tous concernés ! Ne pas le voir, ne pas vouloir le considérer, c’est avoir une piètre opinion du rôle et de la responsabilité de chacun. Un “formatage” -programme pré-établi appliqué à chacun- serait déjà opérant en vue d’induire un comportement de mouton, de surcroît avec des œillères. Nous percevez-vous comme venant d’un autre monde ou d’une autre époque ? Tant mieux ! C’est signe qu’il est grand temps de se réveiller si l’on veut rester vivants ! Rav ‘Haïm Yits’hok Chajkin zatsal, élève du ‘Hafets ‘Haïm et Rosh Yeshiva d’Aix-les-Bains, a demandé peu avant de quitter ce monde qu’on l’enterre parmi les vivants et non parmi les morts. Notre vie ici bas dure au maximum cent vingt ans, durant lesquels il est donné à chacun de faire tant et tant de bonnes et grandes choses. Et c’est en fonction de la façon dont il aura vécu ici bas qu’il lui sera donné de vivre dans l’au-delà. Pirké Avoth -les Maximes des Pères- (4, 16) qualifie ce monde de vestibule, lieu de préparation pour le monde à venir. Ceux qui y auront une place, et nous voudrions préciser une place de choix, vivront éternellement la félicité que procure la proximité d’Hashem.  Ainsi, un Tsadik ne meurt pas.  Son esprit continue à influencer ses élèves qui suivent son exemple et perpétuent ses actions. Son esprit protège aussi, et particulièrement ceux qui vivent à proximité du lieu de sa sépulture. A un tel point que bien des communautés ont veillé à ce que tel Tsadik soit enterré dans leur cimetière et non ailleurs ! Les bienfaits du Tsadik sont ressentis à tout moment dans la vie de chacun, s’il est “branché” ou en phase avec son enseignement. S’il se situe dans la même ligne de pensée, avec les mêmes valeurs, dans le même esprit de sainteté qui habitait le Tsadik. 

 

EN HARMONIE 

Sans “forcing” pour être quelqu’un d’autre que soi-même. Nous sommes alors en relation directe et authentique avec notre fond vrai, émanation du Émeth d’Hashem. C’est un appel à la vie ! Dès lors, nos yeux pétillent et nous sommes heureux et comblés dans notre relation avec notre prochain. On peut alors lui donner tout l’amour dont notre cœur déborde. Comme une source qui coule parce qu’elle a besoin de se déverser. En somme, on se fait du bien en donnant, en éprouvant du bien pour autrui. C’est une conséquence, pas le motif originel du don. Si a contrario on se prive de faire du bien, pour toutes sortes de raisons, on se frustre, on crée un manque et une distanciation avec le Émeth, avec lequel on ne “colle” plus, on n’est plus en harmonie. Si quelqu’un en arrive à s’opposer à des actions visant le bien, c’est signe qu’il souffre. Et naturellement on souffre pour lui. On voudrait tant pouvoir l’aider. Mais son esprit est si loin du nôtre qu’on ne sait comment communiquer. Est-il besoin de citer le Rav Schakh zatsal : “Chaque Avrekh Kollel -homme marié se consacrant entièrement à l’étude de la Torah- doit dégager une partie de son temps pour rapprocher ceux qui sont éloignés de la Torah” (propos rapporté durant les Hespédim -oraisons prononcées après le décès-). Pourquoi y a-t-il des pauvres au plan matériel ? Pour qu’il soit donné le mérite à tous ceux qui ne sont pas sans ressources de faire Tsedaka, donner la charité et rétablir l’équité. Pourquoi y a-t-il des pauvres au plan spirituel ? Pour que d’autres réalisent la Mitzvah de les faire revenir sur le chemin d’Hashem et “les fasse goûter à la vraie vie” selon l’expression de Rav Zvi Chajkin shlita. Ce qui est d’ailleurs aussi faire Tsedaka. 

 

S’ABSTENIR 

Lorsque notre relation avec autrui est dictée par des concepts idéologiques et politiques, elle n’offre qu’une place restreinte à l’amour du prochain tel que la Torah nous demande de le vivre. Notre  attitude n’est plus Lishema -pour elle-même, menée d’une manière désintéressée- puisque orientée et canalisée. L’expression de l’amour du prochain est ici limitée par des considérations étrangères. Celles-ci s’opposent en général à une attitude entièrement bienveillante, indispensable pour qu’une relation épanouie avec autrui prenne corps. “Reçois chacun avec un visage accueillant -qui reflète les meilleures dispositions-” nous dit Pirké Avoth -les Maximes des Pères- (1, 15). En cas de désaccord sur des actions à mener, il peut y avoir débat d’idées et échanges d’arguments, dans un climat où règne un profond sentiment de respect mutuel. Par contre, lorsqu’une opposition est exprimée sans appel, ou pire, si des actions sont menées pour contrer celles qui ont été engagées par la personne avec laquelle je suis en désaccord, nous nous situons dans un cas de figure bien différent. Il ne s’agit plus ici d’un débat d’idées, ni même d’un combat d’idées, mais d’une attitude qui, en définitive, va porter atteinte à l’intégrité de celui qui s’est attaché à promouvoir et à conduire ces actions. Or, il y a lieu de tout faire pour ne pas heurter ou blesser quiconque. Au point que, s’il y a un risque de causer le moindre tort, il vaut mille fois mieux s’abstenir. A moins, bien entendu, que les actions en cause visent à porter préjudice envers autrui. Chaque situation n’est-elle pas composée de deux éléments indissociables et complémentaires : le fond et la forme ? Ignorer la forme -qui peut se traduire par le ton amical ou non du langage, le sentiment respectueux ou non envers notre interlocuteur, etc...- c’est refuser que s’instaure un esprit d’amour entre les hommes. Celui que la Torah demande pourtant à tous les Beneï Israël de pratiquer à chaque instant. 

 

ENTRE SOI ET SON PROCHAIN 

Le respect de la prescription d’aimer notre prochain comme nous-mêmes fait partie des 613 Mitzvoth que nous sommes tenus d’accomplir, selon les circonstances (voir la Lettre de Dvar Torah n° 8 pages 1 à 5). Chaque observateur des faits sociaux saisit que notre Communauté traverse une période extrêmement cruciale.  D’un côté les mariages mixtes -que nous en soyons tous épargnés- constituent une hémorragie à la fois détestable et extrêmement dangereuse qui fragilise terriblement la Communauté. A l’opposé, D.ieu merci, de plus en plus nombreux sont ceux qui s’attachent avec ferveur au respect du Shabbath, aux règles de la Kasherouth, aux lois de la pureté familiale et, bien entendu, à l’étude de la Torah. Ils fécondent, renforcent notre Communauté et la rendent plus heureuse.  Mais alors, nous ne comprenons pas comment, par ailleurs, certains, parmi ceux qui s’attachent au respect des Mitzvoth, peuvent déconsidérer l’importance de la qualité de la relation Ben Adam La’Havéro, entre soi et son prochain. Cette relation est tellement fondamentale ! Elle est la base et le ciment de toute existence conforme à l’esprit de la Torah. Il y a la relation Ben Adam LaMakom, entre l’homme et Hashem, concrétisée par le respect de toutes les Mitzvoth, accomplies pour servir Hashem, notamment par la prière, le respect du Shabbath, la Kasherouth, etc... Et il y a la relation Ben Adam La’Havéro, celle qui nous lie avec notre prochain. Toutes deux font partie d’un ensemble et sont  essentielles et indissociables. L’une sans l’autre, c’est comme un corps sans âme. Et de fait, une existence où la relation vis-à-vis du prochain serait pauvre et déficiente, révèlerait un corps où l’harmonie entre le physique et l’esprit serait rompue. Une analogie peut être faite entre la façon dont l’individu gère sa vie intérieure, et celle dont il gère sa relation avec son prochain. Au plan personnel, une grande angoisse ou une forte frayeur, s’accompagne très souvent de troubles physiques tels que éruption cutanée, maux de tête, aigreurs d’estomac, enflure d’un membre,  palpitations, angine, grande transpiration, etc.... Cela varie vraiment d’une personne à l’autre. Par contre, plus elle en est consciente, plus elle peut établir un lien direct entre ces troubles et son angoisse et agir pour que le calme et la sérénité intérieurs soient restaurés au plus vite.  C’est un système de signes d’alerte offert à chacun de nous par Hashem. De même, au plan relationnel, seule une approche heureuse s’avère être source de paix, de sérénité et d’épanouissement. En somme, une sorte de plénitude porteuse de Kedousha, de sainteté. De très grandes chances sont offertes à tous ceux qui vivent dans un climat de bonne entente, sans énervement, ni colère, dans le respect et avec l’amour d’autrui, de réaliser leur potentiel et d’accomplir encore mieux la volonté d’Hashem. Dans le cas contraire, on ne cesse de se plaindre et d’émettre des reproches. Tous en souffrent et en sont affectés. Cela revient, au-delà du déni d’une partie de la Torah, à refuser une partie essentielle de l’immense cadeau que nous a fait Hashem en nous offrant la vie.  

 

TU CHOISIRAS LA VIE 

Or la vie est une “affaire” extrêmement sérieuse. Parce que les enjeux sont “de taille”. Si seulement nous savions les mesurer comme il convient ! Que ne ferions-nous davantage attention à chacun de nos gestes, à chacune de nos actions, à chacune de nos paroles et même à chacune de nos pensées ? Dans Devarim, Nitzavim 29, Moshé Rabbénou réunit tout le Peuple le jour de sa mort, avant l’entrée en Eretz Israël. Il adressa au Peuple, au nom d’Hashem, l’injonction : “OuBa’hareta Ba’Hayïm” (Nitzavim 30, 19), et tu choisiras la vie pour que tu vives, toi et tes descendants ! Le Peuple avait à choisir entre la malédiction, attachée au refus d’accomplir les Mitzvoth, et la bénédiction qui résulte du respect des Mitzvoth. Malédiction ou bénédiction, les conséquences sont diamétralement opposées. Certes, mais ces conséquences ne concernent pas seulement tout le Peuple présent ce jour-là, mais bien aussi tous leurs descendants ! C’est d’ailleurs ce qui ressort de Devarim, Nitzavim 29, 14, confirmé par Rashi. Or, leurs descendants d’aujourd’hui, c’est nous-mêmes ! Et à travers nous, ce sont nos enfants et tous nos descendants qui sont concernés ! Dès lors, notre vie ici bas et celle dans l’au-delà, mais aussi celle de nos enfants et de tous nos descendants, dépend de notre relation profonde et sincère dans l’accomplissement de toutes les Mitzvoth.  Celles Ben Adam LaMakom et celles Ben Adam La’Havéro qui font ensemble partie d’un tout indissociable. L’amour du prochain nous est dicté par Hashem. Son accomplissement relève donc aussi de Ben Adam LaMakom. 

 

BON ET VRAI 

Le sujet est à peine effleuré. L’essentiel, dans un premier temps, est peut être d’avoir interpellé. Serait-ce comme une graine qui va germer et donner de beaux fruits ? Seulement si nous lui accordons tous nos soins, puisque l’avenir, notre avenir à tous, est aussi entre nos mains. Qu’Hashem Veuille que ce message soit uniquement bon et uniquement vrai, et qu’il en soit retiré le meilleur par le plus grand nombre. 

 

DU NOUVEAU À DVAR TORAH 

Conséquence obligée de la révolution numérique, nous sommes parvenus, grâce à l’aide d’Hashem, à produire en CD MP3 - après l’avoir réalisé pour les cours de la collection “Parashah et Midrash” de Rav Frankforter shlita - tous les cours du Grand Rabbin de France Yossef ‘Haïm Sitruk shlita de la collection “Le Retour” précédemment sortis en 9 coffrets de 18 cassettes. Ainsi chaque coffret de 18 cassettes est maintenant condensé en 2 CD MP3, que vous pouvez charger dans votre ordinateur et copier sur votre baladeur MP3, ou écouter directement dans votre autoradio MP3-RW. Sachez cependant qu’aucune copie n’est autorisée en dehors de la manipulation évoquée ci-dessus. Autrement ce serait du vol. Nous avons tout fait pour que la qualité d’écoute soit exceptionnelle et pour que l’acquisition de ces CD soit accessible à toutes les bourses. Le catalogue ci-joint donne toutes les indications pour acquérir tous les CD produits par DVAR TORAH. Excellente écoute à tous et à très bientôt ! Et si vous sentez que nous sommes dignes de votre confiance pour que vous participiez activement à ce que nous essayons de réaliser pour l’ensemble de la Communauté, soyez les bienvenus, Beroukhim Habaïm et Tiskou LeMitzvoth ! Bien à vous,                  

 Ye’hiel-Yoël Gronner